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Continuer la lectureLa difficile reconversion vers le recyclage de l’usine Renault Flins
Le lancement à marche forcée de Refactory, l’activité d’économie circulaire à l’usine Renault de Flins, a occasionné des retards et des problèmes de qualité.
« Ça démarre doucement. » Chez Renault, à Flins (Yvelines), ils sont quelques-uns à s’inquiéter : la transformation de la plus ancienne usine d’assemblage du groupe en un site novateur consacré au recyclage et au reconditionnement automobile prend plus de temps que prévu. L’arrêt de la production de la Zoé, effectif au 30 mars prochain, signera bien la fin de la fabrication de voitures neuves sur ces lignes qui ont vu sortir tous les succès populaires de la Régie (R5, 4L, Clio, Twingo…). Mais les nouvelles activités dédiées à l’économie circulaire peinent à prendre le relais. Le site compte 2 400 salariés et intérimaires, bien loin des 3 700 employés en novembre 2020, lorsque la reconversion a été annoncée. « Rien n’indique que l’usine comptera bien 3 000 salariés en 2030, comme la direction le prévoyait il y a trois ans, craint un représentant du personnel à Flins. Du fait d’un manque d’activité, l’emploi se retrouve dangereusement fragilisé. »
Reconditionnement de voitures, réparation de véhicules lourdement accidentés, recyclage des batteries… Multifonction, le site a une mission : offrir une seconde vie aux automobiles et réduire l’empreinte écologique du groupe Renault. L’usine réceptionne des véhicules de 4 à 5 ans d’âge, repris par les concessionnaires contre la vente d’un modèle neuf, ou des voitures d’occasion de toutes marques envoyées par des loueurs ou des opérateurs de location longue durée… Les équipes proposent alors un devis pour une remise en état complète : s’il est accepté par le concessionnaire, le travail est engagé, pour une remise à neuf bouclée en 8 jours en moyenne.
Mais voilà, si l’idée semble d’avenir, l’exécution n’a rien d’évident. D’une part, sur un marché de l’occasion fortement ralenti, les arrivages ne sont pas toujours aussi nombreux qu’attendus. De l’autre, les équipes doivent apprendre à travailler autrement. « Des monteurs ont eu une formation de deux ou trois mois seulement pour devenir mécanicien ou carrossier, alors que ces qualifications s’acquièrent en CAP sur deux ans, soupire un représentant des salariés. Les moyens n’ont souvent pas été au rendez-vous, c’est une des raisons des problèmes de qualité rencontrés par la Refactory au démarrage. »
Résultat, toutes les activités patinent un peu. À commencer par le reconditionnement automobile, appelé « Factory VO » en interne. L’affaire tourne avec deux équipes aujourd’hui, soit 170 salariés. Elle devait au départ en mobiliser trois, avec environ 300 ouvriers. « Le peu de travailleurs aujourd’hui actifs sur cette production subit même des périodes de sous-régime », remarque le délégué syndical. De même, le recyclage de moteurs et de boîtes de vitesses, transféré depuis l’usine de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) fermée en 2022, devait occuper 300 collaborateurs à Flins. Seuls 150 sont aujourd’hui sur le site. Pour sa première année d’exercice, Factory VO a enregistré 22 000 véhicules reconditionnés. Un résultat certes honorable mais très en dessous des objectifs : le site de Flins est calibré pour « produire » 45 000 véhicules par an. En interne, beaucoup jugent désormais que ce seuil ne sera pas atteint en 2025 comme prévu. Malgré tout, la direction de l’usine se veut rassurante. Elle a indiqué aux équipes que de nouveaux contrats avaient été décrochés dernièrement pour assurer la montée en charge. Et précise à l’Informé : « Nous avons adapté la capacité de production au flux entrant de véhicules d’occasion. Sur l’ensemble des activités, nous sommes en ligne avec les prévisions initiales. »
Lancée début septembre, la réparation de véhicules lourdement accidentés (« Bodywork Factory »), destinée aux gestionnaires de flottes d’entreprise et aux sociétés d’assurance, démarre doucement. La direction prévoyait 3000 véhicules recyclés en première année. Mais l’objectif a été revu à la baisse, à seulement 400 exemplaires d’ici janvier, afin « de ne pas reproduire les erreurs de Factory VO », selon la CFE-CGC de Flins. « Le démarrage avait été trop rapide, cela avait provoqué des problèmes de qualité, indique un responsable en interne. L’entreprise a dû revoir sa copie afin de garantir un parfait état des voitures en sortie d’usine. ». Son premier véhicule recyclé a été livré au client la semaine dernière. En 2025, ce sont 25 000 exemplaires qui devront être traités chaque année.
Reste le recyclage de batteries. Il débute à peine. « Les premières piles de Zoé arrivent pour être reconditionnées et réutilisées dans d’autres véhicules », indique Florent Vandenborne, délégué syndical CFE-CGC à Flins. La remise en état des anciens robots de production ainsi que l’activité dans l’hydrogène (Hyvia) commencent tout juste elles aussi.
Mais la direction demeure optimiste. Aujourd’hui, « 87 % du personnel de Flins est repositionné sur un nouveau métier lié à la transformation de l’usine vers l’économie circulaire », se félicite un porte-parole de Renault, qui rappelle l’effort massif consenti par le groupe sur la formation depuis 2020. « Il faut seulement le temps que le personnel s’habitue à ses nouvelles tâches, veut croire Florent Vandenborne. Flins était parti pour fermer et la nouvelle direction, avec à sa tête Luca de Meo, a pris des engagements forts pour apporter de nouvelles productions. Pour l’instant, ils sont respectés ». Le site pourrait s’enrichir à l’avenir d’autres activités comme la production de nouvelles pièces d’emboutissage ou de tôlerie.