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Continuer la lectureUne ancienne fonderie Renault en piste pour produire des obus pour l’Ukraine
Spécialisée dans les pièces de moteurs automobiles, la Fonderie de Bretagne, près de Lorient, pourrait fabriquer des enveloppes d’obus pour Thales. Les discussions avec la DGA ont démarré.
Un coup de pouce inattendu. Une ex-usine de Renault en Bretagne pourrait profiter de « l’effort de guerre » engagé en faveur de l’Ukraine pour remplir son plan de charge. D’un côté, la Direction générale de l’armement (DGA) du ministère des armées cherche à reconstituer les stocks, réduits par les livraisons d’armements et de munitions à l’armée ukrainienne. De l’autre, la Fonderie de Bretagne, vendue en novembre 2022 par Renault au fonds allemand Callista Private Equity, traque de nouveaux marchés pour équilibrer ses finances et assurer son avenir. Car, si Renault s’est engagé lors de la cession à lui commander des volumes jusqu’en 2026, les pénuries de composants électroniques bloquent ses lignes de production et affectent, par effet ricochet, ses sous-traitants.
Entre les deux, le député du Morbihan, Jean-Michel Jacques (Renaissance), a décidé de jouer les entremetteurs. Ancien infirmier des commandos marine, il siège depuis 2017 à la commission de la défense de l’Assemblée nationale. Rapporteur de la dernière loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, l’élu a commencé à faire le lien entre la DGA, Thales, qui cherche à accroître ses capacités d’obus de mortier de 120 mm (sur des véhicules) et de 80 mm (par des fantassins), et la fonderie bretonne.
À l’issue d’échanges préliminaires, une première réunion est prévue le 10 juillet entre ces différents acteurs, selon nos informations. Ils doivent déterminer la capacité technique de l’usine à fondre les enveloppes des obus ainsi que l’ampleur des investissements nécessaires à un tel projet. « Il n’est pas encore écrit que cela se fera, tempère un proche du dossier. L’exigence de technicité des obus est très élevée. Les nouveaux propriétaires de l’usine n’ont pas de réticence particulière, mais il faut que le montant des investissements nécessaires pour adapter les moyens de production ne soit pas excessif. ». En cas de succès, le projet marquerait une nouvelle étape dans la relocalisation des activités de souveraineté. Dans l’artillerie, les Forges de Tarbes sont déjà revenues à la production des obus pour les canons Caesar après l’avoir abandonnée. Eurenco a aussi achevé en février dernier la relocalisation de la production des poudres propulsives pour obus de gros calibre sur son site de Bergerac (Dordogne).
Pour l’industriel breton et son actionnaire allemand, il s’agit là de diversifier son carnet de commandes, menacé. L’entreprise, basée à Caudan près de Lorient, produit des éléments de fonderie bruts et usinés pour l’industrie automobile, comme des boîtes de vitesse et des pièces pour les moteurs. Mais le secteur de la fonderie est en crise depuis de nombreuses années avec des fermetures à répétition (Société aveyronnaise de métallurgie à Rodez, Fonderies du Poitou dans la Vienne), dues à la concurrence internationale comme à la montée en puissance des motorisations électriques, beaucoup moins gourmandes en pièces de fonderie (30 kg utilisés, quatre fois moins que pour les modèles thermiques). Résultat : la fonderie cherche de nouveaux débouchés au-delà de ses contrats historiques avec Renault et BMW. « L’entreprise vient de remporter un marché pour la production de supports de corps de pompe avec l’allemand KSB et elle est en phase de tests pour produire des pièces pour un machiniste agricole », affirme une source interne. Elle emploie aujourd’hui 290 salariés, contre 350 en 2019.