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Transports - Auto

En vue du tout-électrique, Stellantis sabre dans ses effectifs en France

La transition du groupe vers l’électrique s’accompagne d’une baisse drastique des effectifs. Notamment en France, où les équipes ont diminué de 6 % depuis la fusion Peugeot-Fiat en 2021.

CEO of Stellantis Carlos Tavares poses following the presentation of the Jeep Avenger 4Xe Concept, on the first day of the 2022 Paris auto show on October 17, 2022. (Photo by Eric PIERMONT / AFP)
CEO of Stellantis Carlos Tavares poses following the presentation of the Jeep Avenger 4Xe Concept, on the first day of the 2022 Paris auto show on October 17, 2022. (Photo by Eric PIERMONT / AFP) ERIC PIERMONT / AFP

La cure d’austérité se poursuit chez Stellantis. Depuis la fusion entre Peugeot-Citroën (PSA) et Fiat-Chrysler (FCA) en janvier 2021 - et malgré un bénéfice record engrangé l’an passé (16,8 milliards d’euros) - les effectifs du constructeur dégringolent, notamment en France. « Le nombre de salariés dans l’Hexagone a baissé de 15 % en quatre ans pour arriver à 37 000 environ aujourd’hui », s’alarme un délégué syndical central. En intégrant les collaborateurs du réseau de distribution et des activités bancaires, comme le fait la direction, l’effectif total atteindrait désormais 44 000 personnes, « en baisse de plus de. 6 % sur deux ans », calcule un responsable syndical. Engagé dans une chasse aux coûts superflus pour « rendre abordables » dès que possible ses modèles 100 % électriques, le directeur général Carlos Tavares a décrété une cure d’austérité qui touche la France comme le reste du monde (cf. encadré).

« Les plans de départs volontaires se sont succédé depuis le rachat d’Opel en 2017 et la fusion avec Fiat, indique un responsable syndical. Les doublons et triplons se sont multipliés et les salariés se retrouvant sans poste sont fortement incités à quitter l’entreprise.  » Mais les départs sont de plus en plus difficiles à déclencher. Selon nos informations, sur le plan de 2 600 suppressions de postes annoncé en mars 2022, seulement 1 000 ruptures conventionnelles étaient signées début mars. La direction du constructeur en espérait 1 300 sur un an et avait mis sur la table une incitation financière supplémentaire pour les 1 000 premiers départs afin d’accélérer le mouvement. « On sent plus de frilosité, confirme un membre de la direction de Stellantis. Il ne faut pas négliger le climat économique et géopolitique qui est marqué par l’incertitude. Cela a un impact sur le choix de vie que représente un départ volontaire. »

Pour tenir les objectifs, le groupe dirigé par Carlos Tavares n’hésite pas à utiliser les grands moyens. « Les salariés reçoivent, plusieurs fois par semaine, des e-mails pour les inciter au départ, rapporte Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale CFDT. Sont calées directement dans l’agenda des salariés des réunions d’information sur les conditions financières du plan de départs, sur les entreprises qui recrutent ainsi que des sessions d’accompagnement à la rédaction de son CV. Cette pression indirecte est très forte et les salariés n’en peuvent plus. » «Cela confine au harcèlement, ajoute un autre responsable syndical. Et comme ces e-mails sont envoyés à tous les salariés, ils contribuent à démotiver les équipes, y compris les nouveaux arrivés ».

Sont en particulier visés les « cols blancs », les techniciens et cadres dans les usines ou les services tertiaires comme aux sièges du groupe à Vélizy et Poissy. La pression y est particulièrement forte : les deux sites, qui comptent plus de 10 000 collaborateurs, doivent se rassembler en février 2024 dans un campus flambant neuf à Poissy taillé pour en recevoir 8 000. Pour des salariés habitués à la gestion paternaliste de la famille Peugeot, le choc est rude.

« Stellantis ne fait pas de plan de licenciements comme Ford, les départs sont uniquement volontaires, répond un porte-parole. Mais face à la concurrence des constructeurs chinois sur l’électrique, le groupe a besoin de s’assurer qu’il reste hyper-compétitif. La stratégie reste de dégager des profits pour investir dans l’électrification et le software : c’est un plan de 30 milliards d’ici 2025 qui a été fixé en 2021. »

La baisse globale des effectifs masque aussi des recrutements, rendus nécessaires par l’acquisition des nouvelles compétences (logiciel, data, électrification). « La nouvelle direction des softwares doit ainsi réunir, à terme, plus de 4 500 ingénieurs et on forme énormément de salariés à ces nouveaux métiers, assure un porte-parole. Le groupe est en pleine transformation.  » Pourtant, ces recrutements s’effectueraient au détriment des autres directions « tertiaires », qui s’affaiblissent, selon les représentants du personnel.

Chacun juge qu’à terme les usines seront fortement impactées. En interne, on table sur une baisse de 15 % à 20 % des effectifs avec la bascule vers le tout-électrique en France, annoncée pour 2030. Car la nouvelle production est moins complexe et compte moins de pièces que pour le thermique. Elle crée certes de nouveaux postes, notamment autour des nouvelles lignes d’intégration des « pack batteries » aux châssis, mais les besoins seront beaucoup plus limités.

Les usines de Valenciennes et Metz, spécialisées aujourd’hui sur les boîtes de vitesse de véhicules thermiques, devraient être parmi les plus touchées, de même que la fonderie de Charleville. L’impact sera particulièrement fort à partir de 2024-2025. Néanmoins, certains salariés concernés pourraient rejoindre volontairement les nouvelles JV que Carlos Tavares a créé dans l’électrique (ACC, Emotors, e-Transmissions) avec d’autres d’industriels. Le mouvement a déjà commencé. Mais « ces transferts de contrats de travail hors du périmètre du groupe ne se chiffrent qu’à quelques centaines aujourd’hui, l’impact sera beaucoup plus massif dans deux ans quand ces structures en cours d’installation tourneront à plein régime », indique un délégué syndical central.

L’Italie aussi est touchée

La France n’est pas un cas isolé. Les effectifs mondiaux de Stellantis se sont allégés de 17 000 personnes en 2021 puis de 10 000 en 2022, baissant de 9 % en deux ans. Avec des activités industrielles dans 30 pays, le groupe aux 14 marques n’emploie plus que 272 000 salariés fin 2022, dont 142 000 en Europe. En Italie, le bastion de Fiat, Alfa Romeo et Maserati, un accord a été signé en février pour supprimer 2 000 emplois d’ici la fin de l’année sur les 47 000 que compte l’industriel dans la Botte. Au total, 7 000 postes y ont été supprimés depuis la fusion, faisant payer un lourd tribut aux équipes de l’ex-FCA. Et le bilan pourrait s’alourdir dans les usines transalpines : une nouvelle charrette de 1 000 nouveaux départs serait déjà en réflexion, selon plusieurs sources internes.