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Continuer la lectureAccord Renault-Nissan : pourquoi tout s’accélère
Longtemps freinée par des personnages clé autour de Makoto Uchida, PDG de Nissan, la nouvelle Alliance devrait être scellée cette semaine. Le résultat d’un étonnant alignement des planètes.
Cette fois, la route semble totalement dégagée. Après des mois d’atermoiement, le projet stratégique de renouvellement de l’Alliance entre Renault et Nissan, annoncé en février, « sera réglé dans les jours qui viennent », nous assure une source au fait du dossier chez le constructeur français. Selon Les Échos, la décision de Nissan d’investir dans Ampere, la future entité de Renault qui produira ses véhicules 100 % électriques, pourrait même être entérinée ce jeudi lors d’un conseil d’administration. Le résultat d’un étonnant alignement de planètes dont l’Informé vous livre les détails.
Le 27 juin dernier, le soulagement est total au siège de Renault, à Boulogne-Billancourt. À près de 10 000 km de là, Nissan vient d’officialiser, à la suite de l’assemblée générale annuelle qui s’est réunie à Yokohama, le remaniement de son board. Exit les administrateurs les plus hostiles au projet de renouvellement de l’Alliance, qui doit rééquilibrer les positions des deux constructeurs automobiles. Malgré des difficultés de dernière minute au sein du haut management de Nissan, Ashwani Gupta, le directeur des opérations du groupe japonais et membre de son conseil d’administration, quitte sèchement toutes ses fonctions dans le groupe. Idem pour Masakazu Toyoda, ancien haut-fonctionnaire du puissant ministère de l’industrie nippon (Meti). Mieux, c’est un Français, Bernard Delmas, ancien dirigeant de Michelin en Asie, qui devient le nouvel administrateur indépendant référent. « C’est un peu un deuxième Jean-Dominique Senard », le président du conseil d’administration de Renault, sourit un bon connaisseur des deux hommes.
Enfin, Hari Nada, tout-puissant artisan de la chute de Carlos Ghosn en 2018, serait également évincé, selon plusieurs sources. Il avait déjà été rétrogradé en 2022 du poste de vice-président à celui de conseiller spécial. Dernièrement, ses pouvoirs lui auraient été retirés, après la mise en cause du PDG, Makoto Uchida, à propos d’une surveillance excessive de son ancien numéro deux Ashwani Gupta. « Il est maintenu dans le groupe grâce à ses relations avec ministère japonais de la justice, essentielles tant que le dossier d’accusation de Carlos Ghosn n’est pas clos. Mais ses pouvoirs sont réduits, il est exclu de tous les sujets », précise une source au fait du dossier.
Résultat ? A la direction de Nissan, il ne reste plus grand monde pour freiner les négociations sur la nouvelle Alliance comme sur les projets communs dans la production de nouveaux modèles. « Le monde toxique qui était au board comme au management, a dégagé, souffle un haut placé chez Renault. Plus rien ne s’oppose à un accord. »
Sauf surprise, donc, Renault réduira sa participation au capital de Nissan de 43 % à 15 % et, en échange, le constructeur de Yokohama investira dans Ampere. Le niveau de cette prise de participation stratégique sera fixé lors de l’entrée en bourse d’Ampere : c’est cette opération qui permettra de valoriser l’entreprise et d’indiquer quelle sera la part du capital qui sera détenue par Nissan (« jusqu’à 15 % », avait indiqué Makoto Uchida en février) et celle plus réduite qui sera acquise par Mitsubishi. La cotation doit être lancée en fin d’année ou début de 2024, au moment où les conditions des marchés financiers seront les plus favorables. Une valorisation de 10 milliards d’euros est évoquée.
Le sujet de la propriété intellectuelle serait aussi aplani : Nissan accordera bien à Ampere, sous certaines conditions, des droits d’utilisation de ses brevets sur la voiture électrique, développés dans le cadre de l’Alliance. Celle-ci, que beaucoup avaient vue moribonde depuis l’éviction de Carlos Ghosn et la prise de distance sur les projets communs, se retrouverait ranimée avec la prochaine finalisation d’un accord. Certes, les termes du nouveau contrat de mariage seraient moins favorables à la marque au Losange que les anciens accords Rama (Restated Alliance Master Agreement), qui régentent l’alliance franco-japonaise depuis 2002. Mais ils apporteraient au Français une bouffée d’air frais bienvenue pour consolider son projet Ampere comme pour remplir les plans de charge de ses usines avec des modèles Nissan (à l’instar de la future Micra électrique qui sera produite à Douai à partir de 2026).