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Transports - Auto

Les remous chez Nissan tournent au profit de Renault

Ce mardi 27 juin, après l’éviction du numéro 2 de Nissan, Ashwani Gupta, et d’un administrateur, Masakazu Toyoda, Renault verra son poids renforcé au board du constructeur japonais.

Makoto Uchida, PDG de Nissan, et Jean-Dominique Sénart, le président de Renault et de l’Alliance
Makoto Uchida, PDG de Nissan, et Jean-Dominique Sénart, le président de Renault et de l’Alliance TAKERU TSUIZZUKI / The Yomiuri Shimbun via AFP

Rivalités, enquêtes internes et démission : Nissan traverse une crise de gouvernance profonde… Et son partenaire Renault ne peut que s’en réjouir ! Ce mardi 27 juin, le PDG de Nissan, Makoto Uchida, présentera lors de l’assemblée générale des actionnaires le nom de son nouveau numéro deux. Celui-ci succédera à Ashwani Gupta, le puissant directeur des opérations et administrateur du groupe, qui quitte officiellement toutes ses fonctions. Son départ est une victoire pour les partisans d’une relance de l’Alliance fondée il y a 24 ans entre le constructeur nippon et son homologue français. Car, bien qu’ayant commencé sa carrière chez Renault avant de gravir tous les échelons au sein de l’Alliance, le dirigeant était devenu un des freins les plus importants au projet. Il s’opposait à l’entrée au capital de Nissan dans Ampere, la nouvelle filiale tout électrique de la marque au losange, ou encore au partage de propriété intellectuelle avec le constructeur français.

Quatre ans après sa nomination à la tête du groupe nippon, Makoto Uchida veut finaliser l’accord annoncé le 6 février avec Renault. Quitte à écarter pour cela ses rivaux. « Ashwani Gupta connaît le business de l’automobile sur le bout des ongles, Il était devenu très dur en affaires, défendant bec et ongles les intérêts de son entreprise, souffle une source proche du dossier. Il s’est retrouvé dans la position que Carlos Tavares chez Renault à l’époque Ghosn : celle d’un numéro deux qui a l’étoffe d’être numéro un. » En mars, le PDG aurait diligenté une enquête interne à son encontre, selon Reuters, après que des accusations de harcèlement ont été portées contre lui. Un moyen qui lui aurait servi à obtenir la tête d’un adjoint qui ne cachait plus qu’il contestait son leadership et notamment les concessions que Uchida aurait acceptées pour finaliser un deal avec Renault. « Ce n’est jamais facile d’avoir un numéro deux brillant quand on n’a soi-même pas effectué toute sa carrière dans l’industrie automobile », persifle une source au fait des négociations chez le partenaire français.

Un second départ imminent fait aussi les affaires du constructeur tricolore. Celui d’un autre administrateur, Masakazu Toyoda, très puissant au sein de la compagnie et tout aussi prudent sur la relance de L’Alliance. Ce haut fonctionnaire qui a fait toute sa carrière au ministère japonais des finances et de l’industrie (Meti) était perçu comme la courroie de transmission entre la direction du constructeur automobile et l’administration nipponne. Président du comité des nominations au board de Nissan, il avait joué un rôle déterminant dans l’arrestation du français Carlos Ghosn le 19 novembre 2018. Réservé sur l’Alliance, Toyoda aurait fait l’objet, selon le Financial Times, d’une enquête interne, suspecté d’avoir outrepassé ses simples fonctions d’administrateur pour interférer avec la direction opérationnelle. Son départ a été entériné par le comité des nominations, avec le vote de Jean-Dominique Sénart, le président de Renault et de l’Alliance.

Ce dernier apparaît aujourd’hui comme le grand bénéficiaire de cette ambiance de crise. Car, selon les résolutions présentées à l’Assemblée générale des actionnaires, Ashwani Gupta et Masakazu Toyoda, ne seront pas remplacés au board de Nissan, qui passe de 12 à 10 membres. Le poids relatif de Renault au sein du conseil augmente donc, passant de 2 administrateurs sur 12 à 2 sur 10 (sans compter Bernard Delmas, un Français considéré comme indépendant mais qu’on ne peut suspecter opposé à Renault, tant cet ingénieur a évolué depuis 1979 chez Michelin, présidé par Jean-Dominique Senard).

A contrario, le nombre d’administrateurs nommés par Nissan passe de 3 à 2 et l’éviction de Toyoda renforce le camp des pro-Alliance. « Makoto Uchida a les mains libres pour nommer un nouveau directeur des opérations qui ne conteste pas ses choix et sa stratégie, juge un proche des discussions chez Renault. À l’issue de ce règlement de comptes, nous n’avons plus qu’un seul interlocuteur chez Nissan alors qu’avant cela partait dans tous les sens. C’est certain que cela va faciliter le projet Ampere [dont Nissan doit acquérir jusqu’à 15 % du capital et qui doit être mis en Bourse à la fin de l’année].“  Avant d’ajouter : ” Pour autant, les relations s’étaient déjà nettement clarifiées depuis l’annonce de l’accord de février dernier, où le PDG de Nissan avait gagné l’accord du board pour relancer l’Alliance ». Un optimisme que tempèrent plusieurs observateurs du dossier. « Il y a certes une bascule du pouvoir du côté de Renault, mais pour la suite tout dépendra de l’attitude des administrateurs indépendants qui ont la majorité au board », rappelle une source proche des négociations.