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Continuer la lectureRetranscription des débats grâce à l’IA : le Sénat sélectionne deux finalistes
La chambre haute a lancé un appel d’offres pour sélectionner une société française d’intelligence artificielle générative. Le duo devrait être départagé d’ici peu.
Le Sénat passe à l’ère de l’intelligence artificielle générative (IA). D’ici janvier ou février au plus tard, l’institution va retenir une solution technologique pour retranscrire automatiquement par écrit et synthétiser les débats tenus entre élus dans l’hémicycle ou au sein des différentes commissions. L’appel d’offres lancé en décembre dernier comme l’avait révélé Acteurs Publics touche à sa fin. Parmi cinq prétendants initiaux, deux entreprises ont été retenues pour la phase finale, a appris l’Informé. Il s’agit de Magic Lemp et de La Javaness qui devront être départagées d’ici peu. « Ce projet de traitement de la voix est très complexe à mener, estime Alexandre Martinelli, Pdg de La Javaness. L’IA doit s’adapter à de nombreux contextes très différents lors des débats qui peuvent porter aussi bien sur des sujets économiques, sociétaux ou encore environnementaux avec des discussions souvent très techniques dans les domaines de la santé ou de l’énergie par exemple. »
Le projet n’est pas très rémunérateur : il rapportera au gagnant un maximum de 660 000 euros au total sur trois ans, moins que le contrat de la bibliothèque numérique Gallica remporté par La Javaness par exemple pour permettre une description par écrit d’images et leur indexation dans un moteur de recherche. Il est pourtant stratégique puisqu’il touche directement aux lois de la Nation, des textes qui ne souffrent d’aucune imprécision ou de la moindre erreur. « Il peut y avoir des informations trop compliquées à saisir comme des acronymes souvent utilisés lors de débats mais aussi les traits d’humour. L’IA doit distinguer alors ce qui est trop complexe à traiter pour elle », précise Raphaël-David Lasseri, Pdg de Magic Lemp. Enfin, une autre difficulté doit être résolue même si elle est bien moindre que les précédentes. « Il y a bien souvent beaucoup de bruits ambiants lors des séances même s’ils sont moins forts que ceux de l’Assemblée Nationale », ajoute Alexandre Martinelli.
À cela s’ajoute aussi une autre contrainte liée à la souveraineté du pays. Les deux finalistes se sont engagés à utiliser des grands modèles de langage (LLM) qui ne soient pas extra-européens et ont développé les leurs. Une ligne déjà défendue par le président de la République, Emmanuel Macron, qu’il a rappelée récemment dans une interview à Variety : « Nous devons développer des modèles linguistiques qui correspondent à nos références (...) Il y a beaucoup de biais qui peuvent être créés dès le départ dans ces modèles. » De même, l’infrastructure utilisée doit être, elle aussi, souveraine. Hors de question d’utiliser les serveurs de Microsoft, Google ou Amazon pour faire fonctionner les algorithmes.
En dehors de ces considérations techniques, il a aussi fallu rassurer les équipes du Sénat concernant l’impact de cette technologie sur les métiers de rédacteurs. Bien souvent, l’automatisation permise par l’IA est présentée comme un moyen de faire des économies en supprimant des postes. « Ce n’est pas du tout le cas ici, assure Raphaël-David Lasseri, Pdg de Magic Lemp. Bien au contraire. L’objectif est de libérer du temps et de leur enlever de la tension sur des flux quotidiens à traiter. Ils resteront les garants des textes qui sont ensuite, pour certains, publiés au Journal Officiel. »
Ces analystes rédacteurs, une quarantaine de personnes, sont rattachés à la direction des comptes rendus et répartis sur trois pôles : compte rendu analytique officiel (CRA), compte rendu intégral (CRI) avec restitution de tous les propos des orateurs en séance publique et, enfin, le compte rendu écrit détaillé des réunions de commissions. « La solution retenue devra répondre aux caractéristiques de ces trois pôles, indique Bertrand Follin, directeur général des missions institutionnelles du Sénat. Des échanges ont lieu chaque semaine avec nos équipes. L’idée est aussi de permettre de retranscrire près de 30 % des débats en commission qui ne le sont pas aujourd’hui faute de moyens. »
Comme l’IA fait des erreurs, la surveillance humaine reste essentielle. D’ailleurs, les sénateurs eux-mêmes ont émis une réserve dans leur appel d’offres avant la fin du processus. Au cas où aucune technologie ne donnerait satisfaction, ils se réservent « la possibilité de mettre fin au partenariat avec l’ensemble ou avec l’un ou l’autre des partenaires ». Mais Bertrand Follin reste optimiste, jugeant les progrès réalisés par les deux sociétés satisfaisants. « Cette technologie va avoir un impact sur les métiers de rédacteurs qui vont évoluer, voilà pourquoi les ressources humaines suivent également ce chantier de près, ajoute-t-il. Le savoir-faire que nous développons pourra être utilisé ailleurs, à l’Assemblée Nationale, bien sûr, mais aussi pourquoi pas, pour classer les amendements [près de 1900 ont été déposés pour l’examen du projet de loi de finance 2025 ndlr]. » La création d’une charte est également à l’étude.