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Vidéosurveillance algorithmique : la start-up Neuroo en difficulté

Connue pour son système d’analyse des images en temps réel grâce à l’intelligence artificielle, la jeune pousse, installée près de Rouen, vient d’être placée en redressement judiciaire, malgré des contrats passés avec plusieurs municipalités.

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FREDERIC SCHEIBER / Hans Lucas via AFP

Son IA de détection d’incident ne l’avait pas vu venir. La jeune pousse Neuroo a été contrainte de se placer en redressement judiciaire cet été, a appris l’Informé. Cofondée fin 2020 par Yassir Karroute, la start-up a développé une technologie d’analyse d’images permettant d’augmenter les capacités d...

Mais le chiffre d’affaires, basé sur la vente de licences logicielles, tarde à décoller. Il était proche de 660 000 euros l’an dernier quand l’ensemble des dettes arrivées à échéance s’élevaient, elles, à 1,5 million d’euros. Le tribunal de commerce de Rouen a donc constaté son état de cessation des paiements le 8 juillet dernier. La jeune société, qui compte 11 salariés, « n’a pas réglé ses salaires pour la somme de 37 082 euros (en juin), ses charges sociales et fiscales pour la somme de 475 484 euros et ses fournisseurs pour la somme de 949 736 euros ». Pour autant, le juge consulaire a estimé que le redressement restait possible. « Son logiciel intéresse de nombreux clients et elle a obtenu hier 400 000 euros de commandes d’un investisseur ».

Comment expliquer cette situation ? Joint par l’Informé, Yassir Karroute accuse un contexte difficile pour sa start-up. D’abord une période post-covid morose financièrement. Ensuite, le cadre réglementaire de l’usage de la vidéosurveillance algorithmique introduit par la loi du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques aurait engendré beaucoup de confusions et de peurs dans les collectivités. » Par prudence, plusieurs villes ont mis leur projet sur pause, notamment Aulnay-sous-Bois, précise-t-il. Elles n’utilisent plus ces produits tant qu’elles n’ont pas une meilleure visibilité sur la conformité ». Enfin, à cela, s’est ajoutée la crise énergétique. « Une grande partie des budgets municipaux alloués à la sécurité a été gelée pour absorber ces coûts », estime l’entrepreneur.

Mais une autre mauvaise nouvelle a frappé la jeune pousse. Le 18 août 2025, le tribunal administratif de Rouen lui a refusé le versement d’un crédit d’impôt recherche (CIR) de 311 487 euros, au titre de l’année 2023. « Ce fut le coup de grâce », se souvient Yassir Karroute. La société avait sollicité de l’administration fiscale le paiement de cette somme, mais sans produire tous les justificatifs nécessaires. Selon la juridiction, elle s’est contentée d’alléguer le « temps passé par son personnel » sur ses divers projets, alors que le Code général des impôts exige un niveau de détails bien supérieur. En l’occurrence les dépenses de personnels peuvent être prises dans l’assiette du calcul du CIR à condition d’être directement et exclusivement affectées aux opérations de recherche. « Ce crédit d’impôt recherche nous a été refusé la seconde année suite à un audit de la Direction de Région Académique à la Recherche et l’Innovation (DRARI), qui n’est pas parvenue à valider les jours-hommes auprès de nos scientifiques. Nous n’avons pas de chercheurs à proprement parler, mais des ingénieurs, dont le métier est de pousser l’état de l’art de la recherche en vue de son industrialisation ». La société a fait appel.

Le cofondateur se veut confiant. « Au bout du compte, l’entreprise est devenue rentable, pas comme on voudrait, mais elle flotte. On cumule cependant une dette et un passif conséquents », ajoute Karroute. La start-up se retrouve face à plusieurs pistes. « Les enjeux aujourd’hui sont de négocier avec nos créanciers une porte de sortie (étalage ou écrasage de la dette, etc.). Une autre issue sera d’arriver à trouver un financement pour repartir sur de bonnes bases sur l’IA et la défense. La dernière option sera celle d’être racheté ». Sur le terrain de la sûreté humaine, ses yeux sont aujourd’hui tournés vers l’étranger. « Nous avons arrêté de vendre en France et commençons à attaquer le marché indien, sud et nord américains. Nous avons par exemple un pilote de reconnaissance faciale avec la police de Bogota, pour lutter contre les cartels. Quand elle sera autorisée en France, nous voulons être la première société à proposer une telle solution ». En matière de défense, la société travaillerait aussi avec un acteur français de premier plan dont elle préfère pour l’instant taire le nom. En plein cœur de la procédure collective, « c’est lui qui a injecté 400 000 euros en moins de 48 heures, car nous avons un projet avec eux ».

Vidéosurveillance algorithmique : un bilan mitigé, une extension censurée
L’expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique (VSA) avait été autorisée par le Parlement en 2023 afin de détecter huit types de situations à risques durant les JO et les grandes manifestations culturelles (concerts, etc.). Le premier bilan s’est avéré mitigé. L’expérimentation se « traduit par des performances techniques inégales, très variables en fonction des opérateurs et des cas d’usages, des contextes d’utilisation, ainsi que des caractéristiques techniques et du positionnement des caméras », selon un rapport d’évaluation. La technologie fonctionne bien pour détecter une intrusion dans un périmètre de sécurité, mais le nombre d’erreurs de détection est « particulièrement élevé en cas de recours à une caméra très en hauteur et destinée à détecter des objets abandonnés ». Qu’importe, le gouvernement a tenté de pérenniser ce dispositif jusqu’en 2027 en glissant un amendement dans la loi relative à la sécurité dans les transports. Mais cette disposition, considérée comme un cavalier législatif, a été censurée par le Conseil Constitutionnel le 24 avril dernier. Plusieurs associations telles qu’Amnesty International ou la Quadrature du Net s’opposent encore et toujours à cette technologie qu’elles jugent attentatoire aux libertés individuelles. Cette dernière a souligné que le gouvernement souhaitait lancer une nouvelle expérimentation de deux ans dans le cadre du projet de loi sur les Jeux olympiques d’hiver de 2030, dont l’examen à l’Assemblée nationale devrait être prévu à la rentrée.