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Continuer la lectureRapport sur la « pornocriminalité » : le site Jacquie et Michel attaque le Haut Conseil à l’Egalité
Le HCE vient de rajouter plusieurs droits de réponse à son rapport contre la pornographie en ligne. L’instance est aussi visée par plusieurs procédures lancées par le site Jacquie et Michel.
Les 214 pages du Haut Conseil à l’Egalité ne sont décidément pas passées inaperçues. Dans un rapport sur la pornocriminalité publié en septembre dernier, l’instance fustige le milieu du X en ligne, coupable selon elle de multiples atteintes à la dignité humaine et à la loi. Son étude soutient que « 90 % des contenus pornographiques présentent des actes non simulés de violences physiques, sexuelles ou verbales envers les femmes ». Ces dernières y seraient « caricaturées des pires stéréotypes sexistes et racistes », tout en étant « humiliées, objectifiées, déshumanisées, violentées, torturées ». Le HCE, qui appelle à l’adoption de plusieurs mesures fortes et concrètes pour mettre « fin à l’impunité », ne se prive pas de mettre en cause plusieurs personnes. Une plume aventureuse qui l’a obligé à publier bon gré mal gré quatre droits de réponse et lui vaut une série de procédures lancées par Jacquie et Michel (J&M).
Il faut dire qu’au fil de ces pages, Michel Piron, fondateur du site pornographique, mis en examen en 2022 pour des faits allégués de complicité de viol et de traite d’être humain, en prend pour son grade. Avec d’autres hommes, dixit le HCE, il est accusé par plusieurs femmes d’avoir imposé « des pratiques sexuelles parfois extrêmement violentes, lors de tournages pornographiques à destination du site Jacquie et Michel ». Dans son droit de réponse, Piron réfute avoir incité quiconque « à réaliser des scènes sexuelles sans le consentement des actrices, l‘acte sexuel n‘ayant strictement aucune importance pour la diffusion des films de sa société puisque seuls comptaient l‘ambiance, le scénario de départ et la bonne réalisation technique ».
Trois procédures lancées par Jacquie et Michel
Mais selon nos informations, le fondateur de J&M et la société ARES, éditrice du site, ne se sont pas contentés d’un courrier : ils ont également décidé d’attaquer en justice l’instance rattachée au Premier Ministre. Défendus par Me Nicolas Cellupica, ils lui reprochent d’abord une publication tardive de ce droit de réponse, équivalente à un refus. Au fil de leur citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris, ils relatent que leur courrier était parvenu le 17 novembre 2023 mais n’a été publié que très récemment sur le site gouvernemental, bien au-delà des trois jours prévus par la loi. Ils ont aussi fait constater que le site officiel ne respectait pas les mentions légales : le portail omettait, au moment de la publication de ce rapport au fort impact médiatique, d’indiquer le nom de son directeur de publication, ce qui, aux dires de l’avocat, a rendu beaucoup plus complexe la mise en œuvre du droit de la presse. L’oubli a été depuis corrigé, mais le HCE reste visé par la plainte au parquet du tribunal judiciaire de Paris. Enfin, Michel Piron et sa société ajoutent une « demande indemnitaire préalable » pour violation de la présomption d’innocence. Ils sollicitent chacun l’insertion d’un encadré rappelant ce principe mais aussi 50 000 euros en réparation du préjudice moral, le tout sous la menace d’une action devant les juridictions administratives. Dans le rapport, le site Jacquie et Michel est notamment accusé d’incitation à la haine raciale par l’usage de l’expression « black » associée à l’une des catégories de vidéos pour adultes. La plateforme est également mise à l’index pour incitation à commettre des violences sexuelles sur mineures, pour une « vidéo représentant une personne apparaissant mineure dont le titre indique qu’il s’agit d’une jeune fille « novice » ». Au passage, leur avocat estime que l’étude souffre de problèmes méthodologiques. Elle a été rédigée conjointement par l’ensemble des membres de la commission « Lutte contre les violences faites aux femmes ». Or, Céline Piques, rapporteure et membre de cette commission, est aussi engagée dans l’association Osez le Féminisme, qui a été partie civile dans l’affaire qui a éclaboussé le fondateur Jacquie et Michel. Même chose pour Claire Quidet, membre de la commission et présidente de l’association Le Mouvement du Nid, également impliquée dans ce dossier. Contactés, la première association et le HCE n’ont pas répondu à nos questions. Le Mouvement du Nid s’est dit incapable en l’état de nous faire une réponse, n’ayant pas connaissance du contenu de ces écritures.
Droits de réponse de Xnxx, XVideos et du Parti Pirate
D’autres droits de réponse ont été publiés, cette fois sans suite judiciaire connue. Il y a d’abord celui de Stéphane Pacaud, à la tête de deux des grands sites pornos,Xvidéos et Xnxx, puis ceux de leurs éditeurs respectifs, les sociétés WebGroup Czech Republic et NKL Associates. Ils contestent en chœur la citation, par le Haut conseil, d’un article publié en 2021 dans Journal du Dimanche, racontant en substance que Pacaud aurait transformé en usine à porno un immeuble acheté en République Tchèque pour y organiser de nombreuses « pratiques extrêmes ». Le principal intéressé dément : selon lui, ces écrits ont été formulés « sur la seule base de propos recueillis par un journaliste auprès des sources anonymes dépourvues de fiabilité, notamment de concurrents ayant un intérêt à tenter de ternir ma réputation, et sans que m’ait été donnée l’opportunité de faire valoir mon point de vue ». Les deux sociétés contestent la présence de contenus manifestement illicites qui auraient été intentionnellement mis en ligne sur leurs pages, tout en vantant l’efficacité de leur modération. Me Kami Haeri, leur avocat, n’a pas souhaité nous répondre.
Le dernier droit de réponse concerne enfin le Parti Pirate. Comme déjà relaté par l’Informé, le parti politique a été épinglé par le HCE pour s’être opposé, au titre du droit à la vie privée et du refus de censure, à la régulation d’Internet même s’agissant de la lutte contre la pédopornocriminalité. Des accusations très graves. Défendu par Me Ronan Hardouin, le PP explique dans son courrier publié dans le rapport s’être surtout opposé à un projet de règlement européen visant à obliger les services en ligne « à fouiller automatiquement tous les chats, messages, e-mails et stockages en ligne privés à la recherche de contenus suspects, de manière générale et sans distinction », pour ensuite signaler ces contenus illicites aux autorités. « Ce système se base sur une intelligence artificielle opaque sans garantie de fiabilité pour briser le secret des correspondances de toute personne. Il ne peut emporter notre adhésion et encore moins sur un sujet aussi crucial que la protection de l’enfance », répond le Parti, qui comme les autres, n’avait pas été auditionné en amont de ce rapport.