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Continuer la lecturePatrick Drahi envisage ouvertement la vente de BFM et RMC
Lors d’une conférence ce jeudi devant les investisseurs, les dirigeants ont ouvert la voie, pour la première fois, à une cession des activités médias d’Altice France. Ils veulent réduire l’endettement d’un tiers.
Tout est à vendre chez Altice ou presque, même BFM et RMC. C’est ce qu’a déclaré ce jeudi l’état-major du groupe lors d’une conférence à New York avec les investisseurs organisée par la banque Goldman Sachs. Assis à côté de Patrick Drahi, Dennis Okhuijsen, conseiller d’Altice France, a listé les diff...
Il s’agit d’un changement de taille concernant les activités médias, car jusqu’à présent leur cession était exclue, à en croire Patrick Drahi. « Nos médias ne sont pas en vente pour le moment, même si nous avons été approchés. Vendre nos médias ne figure pas dans le plan, mais nous restons ouverts », avait-il déclaré début août lors d’une conférence avec les analystes obligataires. Rebelote il y a deux semaines. Cette fois, le PDG d’Altice France, Arthur Dreyfuss, à qui le Figaro demandait si BFM était à vendre, avait répondu : « Non. Nous aimons BFM et tout notre pôle média. Début août encore, Patrick Drahi a été très clair. Ils ne sont pas à vendre. »
Selon le Figaro, le milliardaire attendrait une offre d’au moins 2 milliards d’euros pour ses médias. Une somme très importante au regard des performances actuelles des chaînes et radios. Cela représenterait 20 fois l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) enregistré l’an dernier soit 109 millions d’euros (+4,9 %), sur un chiffre d’affaires de 351 millions d’euros (+5,5 %). Mais les résultats du premier semestre 2023 sont en baisse, avec un recul de 20 % de l’Ebitda (à 40 millions d’euros) et de 4 % du chiffre d’affaires, en raison du marché publicitaire tendu en période d’inflation. Altice avait racheté BFM et RMC en 2015 à Alain Weill, pour 688 millions d’euros, plus un complément de prix de 50 millions auxquels s’ajoutent les investissements dans les nouveaux studios.
« Un tel prix de 2 milliards d’euros ne répondrait pas seulement à une logique financière, car l’acquéreur achète aussi un pouvoir d’influence considérable », indique une source proche.
PereiraGate : le résumé de l’affaire et de nos révélations
Le Portugais Armando Pereira a cofondé Altice en 2002 avec Patrick Drahi. Il s’est ensuite associé aux différentes aventures du polytechnicien (Altice USA, Sotheby’s…). Il est resté actionnaire de ces différentes sociétés via un mécanisme opaque de fiducies. Devenu bras droit de Patrick Drahi, avec la haute main sur les achats, il a fait pression sur les fournisseurs pour obtenir des prix moins élevés.
Mi-juillet, Armando Pereira a été arrêté puis mis en examen au Portugal pour “blanchiment et corruption”. Les enquêteurs l’accusent d’avoir imposé chez Altice des prestataires détenus par ses amis, qui en retour lui reversaient de l’argent ou des avantages en nature.
Face au scandale, l’opérateur télécoms a suspendu au moins une quinzaine de cadres proches d’Armando Pereira, en invoquant parfois des justifications baroques.
Altice martèle depuis que la fraude présumée est “circonscrite” à un faible pourcentage des achats. En réalité, les prestataires amis d’Armando Pereira sont présents dans quasiment tout l’empire Drahi: chez SFR et BFM en France, chez Altice USA, en Allemagne, en République dominicaine, et même chez Sotheby’s.
Surtout, Patrick Drahi répète qu’il ignorait tout des agissements de son ami de 30 ans. Comme l’Informé l’a révélé, l’audit interne et externe avaient pourtant multiplié les alertes sur le contrôle des achats, la comptabilité, la détection de la fraude, les déclarations des conflits d’intérêts… Les pratiques étranges d’Armando Pereira étaient aussi dénoncées par les syndicats. Enfin, notre enquête a montré que Patrick Drahi lui-même ou ses proches collaborateurs avaient eux-mêmes connaissance d’une bonne partie des pratiques étranges d’Armando Pereira. Le patron d’Altice a pourtant continué de confier des missions au Portugais et des commandes à ses fournisseurs amis.
L’affaire a refermé le marché de la dette pour Altice, désormais contraint de céder des actifs pour trouver de l’argent frais. Les dirigeants du groupe ont même évoqué une cession de BFM.
Reste à savoir qui serait prêt à payer autant. LVMH a démenti être intéressé. Le Figaro a évoqué un intérêt de Xavier Niel (actionnaire de l’Informé) et de Rodolphe Saadé. Mais, selon nos informations, le patron de CMA CGM serait plus que réticent à débourser autant. Contacté, l’armateur n’a pas souhaité faire de commentaires.
Début août, lors d’une conférence avec les analystes financiers, Patrick Drahi a dit vouloir désendetter son groupe « quoi qu’il en coûte ». Selon nos informations, les dirigeants d’Altice ont dévoilé ce jeudi un objectif ambitieux : réduire l’endettement de la filiale française d’un tiers en un an. Sachant que la dette nette s’élève à 24 milliards d’euros, cela implique de faire rentrer 8 milliards d’argent frais. La cession en cours des data centers à Morgan Stanley rapporterait au mieux 1 milliard d’euros, selon les Échos. Reste alors à trouver le solde. Mercredi à Londres, le dirigeant fondateur n’a pas exclu une sortie totale de la France, c’est-à-dire une vente de SFR et des médias.
Cette fièvre vendeuse s’explique par la situation délicate d’Altice. Mi-juillet, le cofondateur Armando Pereira a été mis en examen pour « corruption et blanchiment ». Il est soupçonné d’avoir imposé des fournisseurs appartenant à ses proches en touchant, en retour de l’argent ou des avantages en nature.
Depuis, la valeur de la dette du groupe s’est effondrée. Comme l’explique Ludovic Phalippou, professeur à Oxford : « La dette d’Altice France s’achète aujourd’hui à la moitié de la valeur à laquelle elle a été émise. Ainsi, vous pouvez acheter aujourd’hui pour 50 euros une obligation remboursable dans 4 ans d’un montant de 100 euros, et qui est rémunérée à un taux de 8 % par an. Autrement dit, si Patrick Drahi émettait de la dette aujourd’hui, il devrait payer près de 30 % de taux d’intérêt. Le marché de la dette lui est donc actuellement fermé, et il ne peut donc pas emprunter pour rembourser ses prochaines échéances. Il n’a donc pas le choix, il doit vendre des actifs, et beaucoup » . Dennis Okhuijsen l’a lui-même reconnu jeudi : « avec le coût de la dette actuel, nous ne pouvons pas refinancer [notre dette] à un coût attractif. ».
Reste à savoir si la promesse sera cette fois tenue. Car Patrick Drahi jure depuis longtemps de désendetter la France, mais sans le faire, bien au contraire. Depuis au moins 2020, il a fixé comme objectif de faire descendre la dette à 4,5 fois l’excédent brut d’exploitation (Ebitda). Or ce ratio a au contraire augmenté de 4,9 à 6,3 sur la période. Ce qui n’est pas du goût des agences de notation. « Ce décalage avec l’objectif affiché soulève des questions sur la politique financière de la société, ainsi que sur sa capacité et sa volonté de se désendetter », pointe Standard & Poor’s.
Certes, la filiale française a déjà fait rentrer beaucoup de cash en cédant ses bijoux de famille : pylônes, fibre... Las ! Cet argent n’a pas servi à réduire la dette, mais surtout à verser des dividendes : 7 milliards d’euros entre 2019 et 2021. A la grande fureur de Standard & Poor’s qui pointait : « la dette nette n’a pas diminuée significativement. Elle est passée de 30,9 à 29 milliards d’euros entre 2017 et 2020, malgré 10 milliards reçus de cessions d’actifs. L’intérêt de l’actionnaire passe avant celui des créanciers ».
Selon le Monde, le polytechnicien a mandaté des banques d’affaires pour la quasi-totalité de ses actifs : Lazard et BNP sur SFR, Lazard sur la filiale portugaise, Morgan Stanley et Goldman Sachs sur la filiale en République dominicaine et la régie publicitaire Teads.
Pour mémoire, le natif de Casablanca avait déjà essayé de vendre dans le passé Portugal Telecom, Teads, la République dominicaine ou encore Suddenlink aux États-Unis, mais sans aboutir, faute d’offres suffisamment attractives. Mais aujourd’hui la situation a changé…
Contacté, le porte-parole d’Altice n’a pas répondu à l’heure où nous publions cet article.