Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

En plein scandale Armando Pereira, le patron des boutiques SFR s’en va

Cyrille Trollat a démissionné officiellement de son plein gré. Mais en interne, beaucoup font le lien avec l’affaire qui éclabousse actuellement le groupe de télécoms.

Photo
Nathan Alliard / Photononstop

« Il n’y aura jamais de chasse aux sorcières dans cette entreprise », ne cesse de répéter Arthur Dreyfuss, le PDG d’Altice France, depuis que le PereiraGate a éclaté mi-juillet. Pourtant, les départs se succèdent. Dernier en date : Cyrille Trollat, directeur commercial omnicanal (télévente, digital e...

Le texte ne fait aucun lien entre ce départ et le scandale actuel. Il est pourtant difficile de ne pas y penser. D’abord, Cyrille Trollat était considéré par beaucoup comme un proche d’Armando Pereira. Ensuite, les boutiques de SFR sont au cœur des soupçons dans l’affaire qui éclabousse le groupe de télécoms depuis quelques semaines. Elles ont passé d’importantes commandes auprès d’au moins quatre prestataires portugais détenus par des complices présumés d’Armando Pereira : le cabinet d’architectes Ventura & Partners (qui avait élaboré le nouveau concept mis en place dans 150 boutiques), Tirion (qui avait rénové les magasins), CMA (qui avait fourni les tenues des employés) et Winprovit (société informatique qui gère l’affichage électrique des étiquettes et des écrans). Des partenaires aujourd’hui suspendus par SFR. Pour rappel, l’ex-bras droit de Patrick Drahi est accusé d’avoir imposé chez Altice des fournisseurs appartenant à ses proches, qui lui reversaient en retour de l’argent ou des avantages en nature. Le n° 2 déchu a été mis en examen par la justice portugaise pour « corruption et blanchiment ».

Âgé de 41 ans, Cyrille Trollat travaillait pour Altice depuis 2015. Il a été payé par Altice Management International SA, la structure suisse qui rémunère les plus hauts cadres du groupe. En 2021, les patrons du géant de télécoms avaient prévu de lui céder un bout du capital de SFR Distribution. Officiellement, l’objectif était d’inciter Cyrille Trollat à dégager des bénéfices. Le prix de vente était particulièrement bas : 160 000 euros pour 30 % du capital d’une société réalisant 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Consulté sur ce projet, le CSE avait demandé une expertise indépendante justifiant cette valorisation, mais Cyrille Trollat avait refusé. Finalement, les élus avaient émis un avis négatif, jugeant les explications de la direction « peu crédibles », et l’accusant de « dissimuler le but réellement poursuivi par cette opération », sans plus de précision. L’opération, qui devait être finalisée au 1er semestre 2022, n’a pas abouti. Peut-être à cause des révolutions de palais successives qui ont agité l’opérateur à l’époque et ont coûté à Cyrille Trollat son poste de directeur général de SFR Distribution en avril 2022… Une fonction qu’il retrouvera finalement cinq mois plus tard, après le limogeage de tout l’état-major de SFR et le grand retour d’Armando Pereira en tant que « conseiller ». À en croire certaines sources, c’est bien l’intervention de l’autodidacte portugais qui lui a permis de récupérer son fauteuil.

Son frère, Gabriel Trollat, travaille aussi pour Altice, aux achats depuis 2014, d’abord au siège à Genève, ensuite chez SFR depuis 2018, où il s’est occupé des terminaux mobiles puis fixes. Il a lui aussi été rémunéré via Altice Management International SA.

Pour mémoire, SFR a déjà annoncé en interne le 2 août le départ de Tatiana Agova-Bregou, qui entretenait une « relation intime » avec Armando Pereira, selon les enquêteurs portugais. Elle travaillait pour Altice depuis 2010, et était rentrée au comité exécutif de SFR en 2019, chargée des contenus, des acquisitions et des partenariats, notamment de l’achat des droits audiovisuels.

Publiquement, Altice n’a annoncé que deux suspensions. Celle de Yossi Benchetrit d’abord, gendre d’Armando Pereira. Entré chez Altice au service de l’audit interne, il a été chief operating officer d’Altice Portugal jusqu’en 2013, puis directeur des achats d’Altice NV, et enfin d’Altice USA, où il s’occupait aussi de la programmation des chaînes. Il était en parallèle président du conseil d’administration de la filiale en République dominicaine.

Deuxième suspension officielle, celle d’Alexandre Fonseca, qui a travaillé, à partir de 2012, pour les filiales portugaises d’Altice (dont il a été le patron entre 2017 et 2022), avant d’être promu en 2022 codirecteur général (co-CEO) d’Altice Europe, et enfin président du conseil d’administration d’Altice USA il y a cinq mois.

Mais il y aura sans doute d’autres départs. On s’interroge notamment sur l’avenir d’Olivier Sansane, directeur des achats de terminaux de SFR puis d’Altice Europe. Selon les enquêteurs portugais, il aurait touché indûment deux millions d’euros pour acheter une propriété à Paris. Même questionnement sur le futur d’Anthony Maatouk, directeur général de Geodesia (ex-ERT) et précédemment responsable du compte SFR chez Huawei.

L’enquête portugaise cite deux autres dirigeants impliqués dans l’affaire mais qui ont aujourd’hui quitté le groupe. D’abord, Hakim Boubazine, parti fin 2021 : rentré chez ERT en 2013, il a ensuite intégré les filiales d’Altice en République dominicaine et aux États-Unis pour finalement en devenir directeur opérationnel. Ensuite, Luis Alveirinho : rentré en 2016 chez Altice Portugal, il finira directeur technique, avant de quitter le groupe en avril 2021.

Contactés, Cyrille Trollat s’est refusé à tout commentaire, tandis que SFR, Gabriel Trollat, Olivier Sansane et Anthony Maatouk n’ont pas répondu.

Mise à jour  : selon le Monde, les frères Trollat ont un lien familial avec Armando Pereira : ce sont les cousins de son gendre Yossi Benchetrit.