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Continuer la lectureSFR : ces alertes sur Armando Pereira que Patrick Drahi a ignorées
Bien avant l’éclatement du scandale, les représentants du personnel n’ont cessé de dénoncer les pratiques étranges d’Armando Pereira auprès des dirigeants d’Altice. Sans jamais être écoutés. Suite de notre feuilleton sur le sulfureux entrepreneur portugais.
« J’ai été trahi et trompé par un petit groupe d’individus… C’est un choc et une énorme déception… » Le 7 août dernier, Patrick Drahi a enfin réagi au scandale qui touche son groupe de télécoms et de médias depuis mi-juillet. Au coeur de l’été, son ex-bras droit, Armando Pereira, a été mis en examen par la justice portugaise pour « corruption et blanchiment ». Il est accusé d’avoir perçu des avantages indus de la part de plusieurs fournisseurs d’Altice détenus par des complices. Mais, au sein de SFR, les dénégations du patron fondateur n’ont guère convaincu. Car bien des salariés avaient constaté, depuis le rachat de l’opérateur français par Altice en 2014, l’apparition de nombreux nouveaux fournisseurs, en général de nationalité portugaise, aux prestations souvent médiocres, et parfois plus chers. Si beaucoup dans l’entreprise s’en étonnaient, comment les dirigeants ont-ils pu ne pas se poser de questions ?
Les interrogations des équipes sont pourtant remontées, haut, et régulièrement. De nombreuses alertes sur les étranges pratiques d’Armando Pereira ont été lancées au fil des années par les syndicats, notamment lors de réunions du comité d’entreprise (CE), puis du conseil social et économique (CSE), comme en attestent les procès-verbaux consultés par l’Informé. Mais, face à ces multiples interpellations, les dirigeants du groupe présents à ces réunions - Patrick Drahi, Michel Combes, Alain Weil, les DRH…- ont toujours défendu l’autodidacte portugais, en fournissant des justifications qui apparaissent aujourd’hui lunaires.
PereiraGate : le résumé de l’affaire et de nos révélations
Le Portugais Armando Pereira a cofondé Altice en 2002 avec Patrick Drahi. Il s’est ensuite associé aux différentes aventures du polytechnicien (Altice USA, Sotheby’s…). Il est resté actionnaire de ces différentes sociétés via un mécanisme opaque de fiducies. Devenu bras droit de Patrick Drahi, avec la haute main sur les achats, il a fait pression sur les fournisseurs pour obtenir des prix moins élevés.
Mi-juillet, Armando Pereira a été arrêté puis mis en examen au Portugal pour “blanchiment, corruption et fraude fiscale”. Les enquêteurs l’accusent d’avoir imposé chez Altice des prestataires détenus par ses amis, qui en retour lui reversaient de l’argent ou des avantages en nature.
Face au scandale, l’opérateur télécoms a suspendu au moins une quinzaine de cadres proches d’Armando Pereira, en invoquant parfois des justifications baroques.
Altice martèle depuis que la fraude présumée est “circonscrite” à un faible pourcentage des achats. En réalité, les prestataires amis d’Armando Pereira sont présents dans quasiment tout l’empire Drahi: chez SFR et BFM en France, chez Altice USA, en Allemagne, en République dominicaine, et même chez Sotheby’s.
Surtout, Patrick Drahi répète qu’il ignorait tout des agissements de son ami de 30 ans. Comme l’Informé l’a révélé, l’audit interne et externe avaient pourtant multiplié les alertes sur le contrôle des achats, la comptabilité, la détection de la fraude, les déclarations des conflits d’intérêts… Les pratiques étranges d’Armando Pereira étaient aussi dénoncées par les syndicats. Enfin, notre enquête a montré que Patrick Drahi lui-même ou ses proches collaborateurs avaient eux-mêmes connaissance d’une bonne partie des pratiques étranges d’Armando Pereira. Le patron d’Altice a pourtant continué de confier des missions au Portugais et des commandes à ses fournisseurs amis.
L’affaire a refermé le marché de la dette pour Altice, désormais contraint de céder des actifs pour trouver de l’argent frais. Les dirigeants du groupe ont même évoqué une cession de BFM.
Conflit d’intérêts
D’abord, selon nos informations, les représentants du personnel n’ont cessé d’alerter la direction sur une série de fournisseurs liés à Armando Pereira. À commencer par ERT, une société détenue en secret par le n° 2 d’Altice. SFR a eu recours à cette entreprise de déploiement de réseaux dès son rachat par Patrick Drahi. Dès 2017, les syndicats ont pointé la mauvaise qualité de ce prestataire et de ses filiales (Icart, Rhôn’Telecom…) : « manque de professionnalisme… pas compétents… résultat low cost pour le client… », peut-on lire dans le compte rendu de réunions. Un délégué CFDT ajoute : « Armando Pereira est patron de SFR et actionnaire des sociétés prestataires. […]. Il s’agit d’un problème d’éthique. Il n’est pas possible d’avoir des intérêts à la fois chez SFR et chez les prestataires. Il existe nécessairement un conflit d’intérêts ». Une représentante CFE CGC abonde : « le conflit d’intérêts doit être écarté des contrats des prestataires ». Toujours en 2017, le CE de la division réseau dénonce, dans une résolution « un transfert d’activités de plus en plus prégnant de SFR vers ses fournisseurs, qui appartiennent notamment aux actionnaires du groupe. Derrière ce transfert d’activités, se caractérise une volonté d’ignorer l’intérêt social de SFR ». Allusion transparente à Armando Pereira, second actionnaire d’Altice après Patrick Drahi.
Mais Altice ne tient aucun compte de ces critiques et confie de plus en plus de tâches à ERT. Il rachète même les parts d’Armando Pereira dans ERT en deux étapes (51 % en 2016, puis les 49 % restants en 2018).
Fournisseurs complices
Le natif de Guilhofrei, après avoir empoché 305 millions d’euros lors de cette opération, a ensuite mis en place un système plus sophistiqué. Selon les enquêteurs portugais, il a imposé une série de fournisseurs détenus par des complices, qui lui reversaient en retour de l’argent ou des avantages en nature. SFR a ainsi passé commande à une dizaine de prestataires « amis ». À plusieurs reprises, les représentants du personnel ont été intrigués par ces choix. Mais face à leurs interrogations, la direction a toujours vigoureusement défendu les décisions prises.
Ainsi, fin 2021, le portugais IT Center, appartenant à des associés d’Armando Pereira, est choisi via un appel d’offres pour assurer le support bureautique. Une élue CFDT demande alors si « l’appel d’offres est réellement sincère ou de pure forme, pour justifier le choix d’IT Center ? » Peu après, deux délégués UNSA ajoutent que « le gain du marché par IT Center était attendu », étant donné « sa proximité avec SFR ». Ils veulent comprendre pourquoi seulement deux entreprises (IT Center et l’ancien prestataire Consort) ont été invitées à postuler. Réponse de Frédéric Landry, directeur des systèmes d’information du service client ? L’appel d’offres « a été lancé en toute transparence », et « limité à deux sociétés pour ne pas alourdir à l’excès la charge de travail des équipes achats »… Un autre syndicaliste UNSA s’étonne que cette société ait été choisie malgré « les problèmes rencontrés » avec elle sur d’autres prestations.
Peu après, SFR confie un contrat de maintenance à IT Center, cette fois sans mise en concurrence. De quoi surprendre les représentants du personnel. Le DRH de la division réseau, Didier Jauliac, leur rétorque simplement que l’entreprise n’est pas tenue de passer des appels d’offres.
Un syndicaliste UNSA déplore alors que, dans le choix des fournisseurs, « la recommandation provient généralement du plus haut niveau », et déplore « le rôle des actionnaires ». Mais le DRH du réseau le renvoie sèchement dans ses buts : « les opérationnels n’ont pas leur mot à dire sur le CV des intervenants », rappelant que, dans une entreprise, ce sont les actionnaires et les dirigeants qui décident. Face à un élu CFDT qui s’interroge sur les liens avec IT Center, le DRH du réseau assure qu’ « à sa connaissance, il n’existe aucun lien capitalistique entre le groupe Altice et IT Center ».
Plus tard, un autre représentant du personnel UNSA dénoncera une nouvelle fois les choix d’ERT et d’IT Center : « ces fournisseurs externes sont manifestement très proches de certains dirigeants. SFR est obligée de travailler avec eux. Ils remplacent des fournisseurs compétents et disposent de peu de compétences, ce qui entraîne une dégradation de la qualité. »
Mais il y a plus étrange encore. Quand un employé de SFR n’est pas content du travail fourni par IT Center, « il lui est demandé de noter les incidents, mais de ne pas les signaler ou se plaindre », pointe un élu UNSA. La relation avec le prestataire semble même inversée, selon lui : quand la société portugaise n’est pas satisfaite d’un salarié SFR, « IT Center procède à une escalade auprès du haut management », et le salarié « se fait taper sur les doigts. » L’élu conclut : « ce management par la peur est inquiétant. »
À ces critiques, le DRH du réseau répond qu’IT Center fournit déjà Portugal Telecom, qui en est « satisfait ». Avec une logique imparable, il ajoute que « les actionnaires n’ont pas intérêt à recourir à des entreprises et des personnes qui ne feraient pas bien le boulot ».
Rebelote fin 2022. SFR confie des prestations informatiques à Winprovit, une autre société portugaise qui, selon l’enquête, appartient aux complices d’Armando Pereira. Là encore, une élue CFDT s’interroge sur les motivations de ce choix. Le directeur des systèmes d’information de la branche entreprise, Grégory Quéré, lui répond que Winprovit a été recommandé par Portugal Telecom, qui a « fait des commentaires très positifs à son égard ». Insistante, la syndicaliste CFDT demande si Winprovit a été « imposé par la direction du groupe, ou librement choisi par M. Quéré ». Ce dernier prétend alors que Winprovit « ne lui a pas été imposé », tout en reconnaissant qu’il « n’a pas encore donné entière satisfaction ».
Commissions sur les commandes à Huawei et Cisco
Mais ce n’est pas tout. Selon les enquêteurs, Armando Pereira avait aussi mis en place un autre circuit, cette fois avec Huawei et Cisco, les deux principaux fournisseurs d’Altice. L’opérateur télécoms, au lieu d’acheter directement les équipements aux deux constructeurs, les achetait plus cher à des intermédiaires appartenant aux complices du cofondateur d’Altice. Ce tour de passe passe aurait même bénéficié de complicités internes au sein des deux fabricants. Chez Cisco, le responsable du compte SFR Olivier Duquesne aurait reçu des « avantages indus » et serait associé avec un complice d’Armando Pereira dans une société immobilière portugaise. Chez Huawei, des interrogations pèsent sur le commercial chargé du compte SFR, Anthony Maatouk, qui a fini par être recruté par Altice en 2021.
En France, SFR achetait donc tout ou partie de ses produits Huawei à la société portugaise JSC, détenue par des complices présumés d’Armando Pereira. Là encore, ce circuit étrange a intrigué les syndicats. En 2018, un élu CFDT demande clairement « pourquoi SFR passe par JSC comme intermédiaire unique », et « si SFR a fortement conseillé à Huawei de travailler avec JSC ». Mais le représentant de la direction (le directeur de l’architecture réseau) dit l’ignorer…
« Omerta »
Toutefois, critiquer les fournisseurs choisis par « Armando » restait un exercice périlleux. Les salariés ont été marqués par un épisode intervenu en 2015, un an après le rachat par Patrick Drahi. À l’époque, le polytechnicien vient aussi de racheter Portugal Telecom. Et SFR décide alors de s’approvisionner auprès de l’opérateur portugais pour ses OLT (optical line termination), ces équipements installés au bout d’un réseau en fibre optique. Un employé s’interroge alors sur ce choix… mais SFR décide de le mettre à la porte. Les syndicats se mobilisent et finalement la direction renonce. « Ce salarié a été convoqué en vue d’un licenciement parce qu’il avait posé des questions sur la stratégie de l’entreprise. C’est l’exemple du management de la terreur qui s’illustre au sein de l’entreprise depuis la reprise par Altice », déplore ensuite un élu UNSA, remettant au PDG Michel Combes un dossier sur ce cas.
En 2018, une résolution du CCE dénonce « des actes d’interventionnisme de M. Pereira qui souhaitait faire procéder à des licenciements de salariés de SFR “posant trop de questions” sur des prestataires dont l’un des actionnaires se trouvait être M. Pereira lui-même, créant un sentiment de terreur et empêchant le fonctionnement normal d’une entreprise ».
Nouvelle illustration en 2020. Cette fois, un chef de service chargé de l’ingénierie des sites dans la branche réseau décide de lancer un appel d’offres pour un projet lié aux datas centers. Une mise en concurrence pas franchement du goût d’Huawei, qui s’en émeut auprès de la direction de SFR. L’appel d’offres est alors annulé, et le contrat attribué de gré à gré au constructeur chinois. Surtout, le chef de service est licencié, officiellement pour ne pas avoir respecté les bonnes pratiques en matière d’achats. Il saisit alors le conseil des prud’hommes de Paris, qui indique que finalement, un accord avec l’employeur est intervenu. « Il y a eu un accord “ sous la table ” entre SFR et Huawei afin de donner le projet », dénonce alors un représentant UNSA. « Des salariés ont été licenciés pour avoir osé dénoncer le comportement inacceptable de certains fournisseurs et tenter de défendre les intérêts de SFR », abonde un autre. Un troisième ajoute : « un climat de peur s’instaure par un management de la terreur concernant la relation client fournisseur. Dès qu’un salarié a parlé, il s’est retrouvé à la porte ».
Face à ces critiques, le DRH du réseau, Didier Jauliac, reste, comme à son habitude, droit dans ses bottes : il répond que les salariés doivent « respecter les consignes », rappelant leur « lien de subordination avec leur employeur ».
Résultat ? La question des fournisseurs est vite devenue taboue. Dès 2017, un élu CFDT déplore une « omerta ». Une représentante CFE CGC ajoute : « aucun salarié du réseau ou du système d’information ne sait s’il peut élever le ton avec un prestataire de crainte d’être licencié ».
Finalement, quand le Pereira Gate a éclaté il y a un mois, SFR s’est empressé de suspendre toute commande auprès d’une dizaine de fournisseurs, dont ceux cités précédemment : IT Center, Winprovit et JSC. Puis, le 2 août dernier, Arthur Dreyfuss (PDG d’Altice France) et son bras droit Mathieu Cocq (PDG de SFR) se sont présentés devant le CSE central. Ils ont fait part de leur « sidération » et affirmé qu’ils ne pouvaient pas savoir que tous ces fournisseurs appartenaient aux complices du n° 2 déchu du groupe. Les délégués syndicaux leur ont alors rappelé leurs alertes sur certains fournisseurs comme IT Center, et le renvoi de ce salarié qui avait osé « faire un appel d’offres »… Mais les deux dirigeants n’ont présenté ni excuses, ni regrets pour avoir ignoré ces alertes durant toutes ces années.
Contactés, les porte-parole de SFR et d’Huawei, les avocats d’Armando Pereira et le chef de service licencié n’ont pas répondu.
La loi de Pereira
Armando Pereira dictait sa loi non seulement dans le choix des fournisseurs, mais pas seulement. Les salariés ont dénoncé ses méthodes brutales quasiment depuis l’origine. En 2017, une déclaration commune du CCE dénonce «un management par la terreur” et des “règlements de comptes d’une violence inouïe”. Les syndicats demandent un changement d’attitude à Armando Pereira, qui leur répond: “si des salariés ne partagent pas cette nouvelle stratégie et cette nouvelle organisation, alors ils sont libres de quitter l’entreprise”.... Assis à ses côtés, le pdg Michel Combes prend sa défense et explique qu’Armando Pereira “a pu être insatisfait de voir que ses ordres n’étaient pas suivis d’effets ou tardaient à être mis en oeuvre”...
Un an plus tard, Florinda Pereira, la soeur d’Armando, obtient le licenciement de deux employés de boutiques SFR dont elle n’avait pas apprécié l’attitude. Suite à cela, le CCE adopte une résolution: “Il est grand temps que M. Pereira redescende sur terre, se souvienne qu’il n’est en rien le ‘monarque de droit divin’ qu’il prétend être. Les salariés du groupe SFR ne vivent pas en autocratie ! Ils n’ont pas à venir au travail la peur au ventre de croiser un membre de la famille Pereira… SFR est devenue une entreprise à la main de dirigeants imbus de leur personne, déconnectés de toute réalité et sans aucun respect pour les salariés... Le CCE entend solennellement alerter la direction et les actionnaires sur les impacts en termes d’image de marque et économique.»
Patrick Drahi, interpellé lors d’une réunion ultérieure sur ces deux licenciements, défend son bras droit. Il déclare que, si sa propre soeur était mise en cause, il aurait d’abord tendance à la croire… De même, le nouveau PDG de SFR Alain Weill assure en 2019 avoir “une confiance absolue” dans ce collègue aux méthodes musclées.
Gestion occulte ?
Chez SFR, une autre bizarrerie intriguait tous les salariés: si Armando Pereira était aux commandes, c’était le plus souvent sans titre officiel. En particulier, l’autoritaire portugais n’a jamais été mandataire social de la société, excepté durant une courte période de huit mois (octobre 2017 à mai 2018).
Lorsqu’en 2018, les élus lui demandent en CCE pourquoi il a rendu son mandat, l’intéressé explique qu’il “n’est plus résident français” (il était résident suisse, comme Patrick Drahi). La direction réclame ensuite que cette réponse soit supprimée du procès-verbal, une étrangeté de plus que les syndicats refusent. De toutes façons, cette explication n’était pas crédible, car l’un n’empêche pas l’autre… La véritable raison est sans doute ailleurs. Le natif de Guilhofrei voulait peut être réduire l’impôt payé dans l’Hexagone, et/ou échapper aux obligations légales pesant sur les mandataires sociaux. En effet, en droit français, lorsqu’une entreprise passe un contrat avec une société appartenant à un mandataire social, cet accord doit faire l’objet d’une convention dite “réglementée”, approuvée par les commissaires aux comptes et les actionnaires... En pratique, SFR n’a jamais passé aucune convention réglementée concernant Armando Pereira.
Quoiqu’il en soit, cette situation inhabituelle a régulièrement été dénoncée par les élus. En 2017, une résolution du CCE pointe : “Il est intolérable qu’une partie de la stratégie et des relations avec les équipes puisse être pilotée par un homme dont les représentants du personnel ne connaissent ni le statut, ni les fonctions opérationnelles. La transparence s’impose”. L’année suivante, une déclaration du CCE juge “inadmissible qu’un des actionnaires puisse intervenir dans la gestion quotidienne des équipes, sans mandat clair et sans aucune responsabilité juridique dans une véritable gestion de fait”. Puis une résolution du CCE “demande à ce que la gouvernance opérationnelle soit affichée et clairement expliquée pour comprendre qui décide”. Patrick Drahi répond aux élus qu’Armando Pereira “donne les orientations et arrête les décisions” en matière de télécoms.
Le dirigeant a finalement été doté d’un titre officiel durant quelques années. En 2017, il devient “directeur général délégué” de SFR, soit n° 2 après le PDG Michel Combes. Le CCE déplore alors : “c’est par une fictivité juridique que M. Pereira dépendra hiérarchiquement de M. Combes”. En 2018, il devient “directeur général opérationnel” et membre du comité exécutif, avant de disparaître à nouveau de l’organigramme officiel en 2019.
A défaut d’apparaître lui-même, Armando Pereira a placé de nombreux proches au plus haut niveau de l’état major. Son gendre, Yossi Benchetrit, a été directeur des achats d’Altice NV, maison mère de SFR. François Vauthier, considéré comme le « fils qu’il n’a pas eu », a été directeur financier de SFR de 2016 à 2019. Tatiana Agova-Bregou, avec qui il entretenait une “relation intime” à en croire les enquêteurs, était chargée des contenus, des acquisitions et des partenariats, et était rentrée au comité exécutif en 2019. Même sa soeur, Florinda, a été recrutée comme chargée d’accueil dans une boutique…
En 2017, la CFDT dénonce donc en CSE “un processus de décision parallèle aux structures organisationnelles et managériales, processus dont Armando Pereira est l'un des acteurs directs et qui implique tout un réseau de proches qui quadrillent l'organisation dans les principaux points stratégiques de la société”. Niant l’évidence, Armando Pereira prétend alors ”n’avoir procédé à aucune nomination de proche au sein du groupe de près ou de loin”. Il dément toute organisation parallèle, tout comme Michel Combes, qui participe aussi à la réunion.