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Continuer la lectureLSA, L’Usine Nouvelle, le Moniteur… un rapport pointe les risques de l’IA chez Infopro Digital
Alors que l’éditeur a déployé ChatGPT et un outil maison dans les rédactions, un cabinet de conseil mandaté par les élus du personnel vient de rendre ses conclusions.
L’intelligence artificielle revient à la charge dans les rédactions du Moniteur et du groupe GISI, éditeur des magazines l’Usine Nouvelle, LSA ou encore l’Argus de l’assurance. La direction a réactivé les outils d’IA générative (IAg) mis en pause suite à une décision du tribunal judiciaire de Créteil du 15 juillet 2025. Les deux modèles utilisés, ChatGPT et un outil maison, Digi, permettent de transformer de l’audio en texte (speech to text), de réaliser des synthèses ou résumés de documents, mais aussi de proposer des titres pour les articles web. Dans un référé, la justice avait ordonné la consultation du comité social et économique (CSE) avant tout déploiement de cette nouvelle technologie, dès lors que l’IAg est susceptible de modifier les conditions de travail (article L2312-8 du Code du travail). Cette étape majeure, qui avait été ignorée par la direction dans un premier temps, vient de s’achever le 1er décembre. À son terme, les CSE de Gisi et du Moniteur ont rendu un avis défavorable considérant que le management a fait fi des recommandations présentées dans un rapport d’expertise du cabinet Addhoc Conseil, demandé par les élus des deux branches.
Une résolution tirée de ce document, dont l’Informé a pris connaissance, pointe pourtant de nombreuses carences dans la conduite du projet, avec trois sujets d’inquiétudes : un défaut d’information sur la stratégie, un manque d’étude d’impact sur l’IA générative et des mesures d’accompagnement insuffisantes. Mais il avance aussi plusieurs pistes pour avancer sur ce dossier avec davantage de consultations, une participation des équipes dans la conception du projet, une meilleure communication et un renforcement des mesures d’accompagnement ainsi qu’une politique de prévention des risques psychosociaux (RPS). En réaction, les élus réclament notamment qu’une expérimentation soit menée sur une période de six mois, « sans objectif de productivité immédiat », ou encore la négociation d’un accord collectif sur l’IAg, avec en particulier une clause de non-licenciement liée à cette technologie, pour une période à définir.
Si les salariés sont globalement favorables à utiliser cette innovation, ils affichent aussi « un fort sentiment d’insécurité, de stress et de dévalorisation », alimenté par un manque de dialogue constructif avec la direction. « Ils craignent majoritairement pour l’avenir de leurs métiers », indique la pièce interne. Pour les élus, les dirigeants « abordent cette révolution technologique sous le seul angle des gains de compétitivité interne, sans donner de vision stratégique et de vision moyen et long terme aux salariés ». Le rapport regrette aussi que les usages exacts et les personnes concernées par cette innovation n’aient pas été identifiés, tandis qu’aucun retour d’expérience n’a été présenté sur les outils déjà déployés. « Les journalistes craignent significativement de voir leur rôle se réduire à celui de simple contrôleur de l’IA (...), dégradant ainsi l’intérêt de leur métier ». En outre, de leur opinion, les questions éthiques ne sont pas abordées et les éléments juridiques apportés, notamment sur le respect du droit d’auteur, sont jugés insuffisants.
« Sur les trois demandes que nous avions en matière de formation, de création d’une charte et de clauses de revoyures, seule la première a été entendue, regrette un élu. Or, nous voyons que des suppressions de postes sont déjà à l’œuvre en raison de l’IA : 6 à 7 emplois dans l’informatique au sein de la filiale IPD ». À cela s’ajoutent des inquiétudes sur « des postes de secrétaires de rédaction non remplacés dans certains titres automobiles (ETAI). En réalité, la direction cherche à réduire la masse salariale et à améliorer la rentabilité du groupe grâce à l’IA », ajoute-t-il.
Un autre élu souligne que la balle est désormais dans le camp des salariés. Un tract pour les informer va être distribué ce jour et une assemblée générale devrait se tenir dans les prochaines semaines ou à la rentrée de janvier au plus tard. « Même si la direction ne veut pas d’une charte, rien ne nous empêche d’en élaborer une avec les équipes », conclut-il. Contactée, la direction n’a pas répondu à nos sollicitations.