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Acculé par les impayés, le fondateur de Qwant ferme sa nouvelle start-up Altrnativ

Le service de navigation sécurisée sur Internet lancé par Eric Léandri vient d’être placé en liquidation judiciaire. Au même moment, il s’affichait à Davos pour promouvoir son autre société basée aux Émirats arabes unis.

Eric Léandri, fondateur du moteur de recherche Qwant, a été poussé hors de sa société en 2020 par la CDC.
Eric Léandri, fondateur du moteur de recherche Qwant, a été poussé hors de sa société en 2020 par la CDC. ERIC PIERMONT / AFP

Eric Léandri commence très mal l’année. Le fondateur du moteur de recherche Qwant, poussé dehors par la Caisse des dépôts en 2020, connaît une nouvelle déconvenue. Sa start-up française, Altrnativ, a été placée en liquidation ce 20 janvier en raison de nombreux impayés, a appris l’Informé.

Visiblement peu affecté, le dirigeant aujourd’hui installé à Abu Dhabi (Émirats arabes unis), s’est rendu à Davos au même moment pour faire la promotion de son autre société, Aleria, soutenue par le conglomérat émirati International Holding Company (IHC) du cheik Tahnoon bin Zayed al-Nahyan. Pendant qu’il s’affichait tout sourire dans les couloirs du célèbre Forum économique en Suisse, participait à une table ronde et signait des contrats devant les photographes, ses créanciers à Paris - des fournisseurs et des actionnaires floués - faisaient grise mine. Malgré de nombreux procès gagnés contre lui, ils ont perdu plusieurs millions d’euros dans Altrnativ et certains soupçonnent Léandri d’avoir transféré les technologies et du personnel au Moyen-Orient.

Créée en 2020, la jeune pousse promettait de préserver l’anonymat des particuliers et des entreprises sur Internet contre un abonnement mensuel tout en assurant la sécurité de la navigation (une sorte de VPN). Pour ce faire, elle s’appuyait sur deux brevets du CEA et des partenaires dont Nvidia ou encore Sipartech, l’opérateur d’infrastructure européen. Grâce au soutien de ce dernier et celui de Map Iberia Investments, la start-up avait levé un million d’euros à son lancement. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

Dès 2022, un article de Politico jette le trouble et dévoile des activités cachées de cybersurveillance menées par Altrnativ pour le compte de grands groupes comme LVMH ou Dassault Aviation. Pour ce dernier, il est décrit dans des documents internes à la jeune pousse qu’elle doit « enquêter sur un employé et deux candidats d’origine nord-africaine » pour « trouver des traces d’éventuelles collusions avec des services de renseignement étrangers ». La société compte également comme client le fabricant de sous-marins Naval Group, pour lequel elle doit « rechercher les sources d’une fuite issue d’une réunion portant sur un méga contrat franco australien de sous-marins à 56 milliards d’euros — contrat dont l’annulation par l’Australie a déclenché une crise diplomatique sans précédent entre les deux pays ». Eric Léandri se défend et évoque des missions de renseignement uniquement réalisées grâce à des sources ouvertes (Osint) ainsi que de simples tests. L’affaire tombe au plus mal car le dirigeant souhaite alors remplacer l’américain Palantir, soutenu par la CIA, auprès de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Au lendemain des attentats du Bataclan de 2015, le renseignement français avait recouru dans l’urgence aux technologies américaines pour collecter et analyser de grandes quantités de données, de quoi susciter des critiques sur la souveraineté de la France.

Exposés, Leandri et son entreprise ne sont pas sélectionnés en 2023 (Palantir a même resigné un contrat de trois ans avec la DGSI jusqu’en 2028). Une (grosse) tuile de plus alors que les comptes dérapent déjà : faute de revenus suffisants, Altrnativ n’arrive pas à financer son développement et accumule de nombreux impayés. Malgré près de quatre millions de chiffre d’affaires sur son dernier exercice, la start-up affiche des dettes de 4,1 millions d’euros.

En 2025, elle est finalement attaquée en justice par plusieurs fournisseurs et actionnaires, dont la société de conseil Orcinus Orca Consulting, l’éditeur de logiciels Cegid mais surtout son partenaire Sipartech qui se plaint d’une énorme ardoise de 3,2 millions d’euros.

Devant le tribunal des activités économiques de Paris, la société de Léandri se défend et invoque ne pas avoir payé car les services promis par Sipartech n’auraient pas été « opérationnels ». L’opérateur estime de son côté avoir bien mis à disposition l’accès internet « pour 52 sites pour une période de 24 mois » ainsi que la « location de 2 baies pour la même durée ». Et, surtout, il avance n’avoir jamais été averti de problèmes particuliers. La justice donne raison à Sipartech soulignant qu’Altrnativ « n’a émis aucune contestation ou réclamation avant le 10 novembre 2023 soit 18 mois après la fin du déploiement et 1 an après la réception des premières factures rééditées ». Le magistrat condamne la jeune pousse à verser 3,2 millions d’euros en novembre dernier. Mais faute d’avoir l’argent, la société se place en cessation de paiements un mois plus tard jusqu’à sa liquidation en janvier. Pour le juge, le verdict est sans appel : son « redressement ne peut être envisagé (...) en raison d’un passif trop important avec la condamnation de justice ».

Eric Léandri continue, lui, de développer son autre entreprise d’intelligence artificielle basée sur « le contrôle des données », Aleria, depuis Abu Dhabi. Son discours porte toujours sur la souveraineté numérique mais les intérêts de la France ont été remplacés par ceux des Émirats arabes unis. Contacté, il n’a pas donné suite à nos sollicitations.