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Intelligence artificielle : DeepMind (Google) s’attaque au français AlphAI

Soutenue par l’Éducation Nationale et Bpifrance, la start-up tricolore incubée au CNRS veut apprendre aux élèves le fonctionnement de l’intelligence artificielle. Mais la filiale de Google, à l’origine d’AlphaGo, ne l’entend pas de cette oreille.

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JONATHAN RAA / NurPhoto via AFP

Thomas Deneux ne pensait pas croiser un jour le fer avec Google. Le fondateur de la start-up tricolore Learning Robots s’est attiré, sans le vouloir, les foudres d’une des plus célèbres filiales du moteur de recherche, DeepMind. Cet ingénieur de recherche à l’Institut des neurosciences Paris-Saclay (NeuroPSI) du CNRS propose depuis plusieurs années aux collégiens et lycéens d’entraîner des mini-robots, des Waveshare produits en Chine, à s’orienter tout seul dans une course. D’abord hésitantes, les machines apprennent peu à peu à éviter les obstacles grâce à l’intelligence artificielle. Un moyen de faire comprendre les règles de l’apprentissage par renforcement aux jeunes générations.

À première vue, pas de quoi effrayer l’empire Google, qui ne commercialise pas de machines de ce type. Pourtant, la multinationale américaine reproche au petit Frenchy d’avoir baptisé son robot et son logiciel pédagogique AlphAI.  « Nous avons reçu un courrier d’avocats nous demandant de ne plus utiliser cette marque et de l’abandonner » , précise Thomas Deneux. La raison ? DeepMind la considère beaucoup trop proche d’AlphaGo, son programme devenu célèbre en battant pour la première fois le champion mondial du jeu de Go en 2017 grâce à l’IA. L’appellation de la start-up française « pourrait conduire le public à croire que vous êtes lié ou associé à DeepMind, ou que vous travaillez en partenariat », avance Google dans sa missive.

La jeune pousse tricolore, soutenue dans son développement par des aides de l’Éducation Nationale et de Bpifrance, a bien tenté de se défendre devant l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI). Après tout, le mot alpha est une lettre grecque utilisée de longue date dans l’informatique pour décrire la toute première version d’un programme. Mais son argumentaire n’a pas convaincu et la demande d’enregistrement de la marque a été rejetée. Interrogé, DeepMind a indiqué être « satisfait que l’INPI ait rejeté la demande d’enregistrement de la marque déposée par Learning Robots l’année dernière. Nous n’avons pas engagé d’autres actions depuis lors et ne prévoyons pas de le faire ».

L’entreprise souligne avoir utilisé le préfixe Alpha dans de nombreuses avancées grâce à l’IA et protégé plusieurs noms (AlphaChess, AlphaZero, AlphaShogi…). Une manière de sécuriser ses activités grand public, même si c’est bien à destination des professionnels qu’elle muscle son offre : elle s’est ainsi rapprochée de grands groupes pharmaceutiques afin de développer de nouveaux médicaments plus rapidement grâce à l’intelligence artificielle. Une nouvelle structure, Isomorphic Labs, s’est déjà associée en début d’année avec le suisse Novartis et l’américain Eli Lilly.

Du côté de Learning Robots qui vient de lever plus de 150 000 euros auprès, notamment, de Yes Invest (Yvelines Essonne Saclay Invest), l’avenir se complique. « Je ne sais pas quoi faire. Se pourvoir en appel coûte cher, indique Thomas Deneux. Or, la marque AlphAI est déjà bien ancrée dans le monde de l’éducation en France et il est difficile d’en changer. Je ne comprends pas la démarche de Google. Aujourd’hui, Il communique surtout sur Bard, concurrent de ChatGPT, mais plus du tout sur AlphaGo. »

Pour l’instant, le dirigeant n’a pas modifié sa marque mais essaie toutefois de mettre davantage en avant Learning Robots. Son offre équipe déjà plus de 250 lycées et collèges avec plus de 2000 robots déployés avec son logiciel. Il continue d’être intégré à d’autres machines - comme Thymio, créé par l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) ou le mBot - mais il a aussi été perfectionné afin de former des étudiants en master et des salariés en entreprise. « Nous travaillons déjà avec un grand groupe de luxe », conclut Thomas Deneux.