Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

The Joke : le comedy club de Baptiste Lecaplain au cœur d’une rude battle

Un ancien compère du célèbre humoriste revendique la paternité du concept du théâtre. Il estime en avoir été évincé.

Photo
Courdji Sebastien / ABACA

« Le Comedy Club chic de la capitale » : c’est ainsi que se définit sur son site The Joke, établissement ouvert à Paris au printemps 2022. À l’époque, tous les articles de presse à ce sujet présentent unanimement le lieu comme « la salle de stand-up de Baptiste Lecaplain ». Même si dans les faits, le club appartient à Prodvocation, la société du manager de l’humoriste Aslem Smida, c’est bien l’image de Lecaplain qui est mise en avant pour promouvoir le lieu. Dans un reportage sur BFM, l’humoriste présente d’ailleurs « son » comedy club. La recette n’est pas nouvelle : Kev Adams avec le Fridge, Shirley Souagnon avec le Barbès Comedy Club et bien sûr Jamel Debbouze avec le Jamel Comedy Club ont déjà ouvert la danse. Mais un an et demi après son ouverture, The Joke est toujours l’objet d’une intense bataille entre la société propriétaire du théâtre et un certain Yacine Hanifi qui clame avoir été dépossédé de son concept par l’humoriste. L’Informé dévoile les dessous de cette brouille.

Pour tout comprendre, retour en 2016. Yacine Hanifi organise pour la première fois dans un bar parisien un show de stand up qu’il nomme The Joke. Il y fait notamment jouer son frère humoriste, Youness. De soirées en soirées, la machine s’emballe : proposés dans différents cafés de la capitale, les plateaux The Joke sont un succès et accueillent de nombreuses stars du stand up comme Panayotis Pascot, Djimo ou encore Fary. En 2018, Yacine Hanifi contacte Baptiste Lecaplain pour lui proposer de participer à l’une de ses scènes. L’humoriste accepte, et le courant passe bien entre les deux hommes, qui deviennent proches.

À tel point que, quand Hanifi cherche un partenaire pour monter son propre comedy club à Paris, il pense immédiatement à son nouvel ami, enthousiaste lui aussi. Entre alors dans le jeu Aslem Smida, manager de Lecaplain. Les trois compères trouvent un lieu adéquat dans le quartier de Châtelet en plein centre de Paris et se mettent en recherche de financement. L’idée de départ est de s’associer à trois : l’humoriste et son manager à hauteur de 40 % respectivement, et Yacine Hanifi à hauteur de 20 %. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : « les banques démarchées refusent le projet tel quel », se souvient Smida auprès de l’Informé. Finalement, c’est lui-même qui investira en fond propre pour créer le club, via son entreprise Prodvocation. Il est prévu qu’Hanifi gère le lieu et sa programmation, pour une rémunération de 2 000 euros par mois ainsi que 5 % du chiffre d’affaires du bar. Le statut de gérant mandataire est envisagé un temps, mais Hanifi sera finalement payé en facture sous le statut d’autoentrepreneur. Le rôle de Lecaplain est quant à lui d’incarner le club.

Point de bascule

Après quelques retards de chantier, l’établissement finit par ouvrir en avril 2022. Un mois d’ouverture et de rodage plus tard, une soirée de présentation à la presse est organisée. Alors que les relations sont déjà bien tendues entre Smida et Hanifi, cet évènement cristalise leurs désaccords. Les jours précédents, Hanifi note un « comportement bizarre » de son collègue, « comme s’il essayait de [le] pousser à bout ». De son côté, Smida reconnaît un état de nervosité dû à l’ouverture et aux coûts supplémentaires du club engendrés par les retards. « Avant la soirée d’ouverture, nous avons eu une discussion où je lui ai dit que financièrement, je pouvais encore tenir trois mois, mais que si nous n’étions pas à l’équilibre en juillet, soit je me retirais soit je vendais une partie de mes parts », indique le manager de Lecaplain.

Lors de la soirée en question, Hanifi se sent mis de côté, peu reconnu pour son travail. « Lors du discours d’Aslem Smida, j’étais sous le choc, se souvient l’intéressé. Il a mentionné mon nom à la fin, au milieu des gens qui avaient  ’contribué au projet’ ». C’est la goutte de trop pour Hanifi, et le point de départ d’une bataille sur tous les fronts.

« Le stand-up rapporte beaucoup d’argent : ça fait tourner les têtes»

Pour médiatiser l’affaire, Yacine Hanifi va parler de l’affaire sur le plateau de Cyril Hanouna lors de l’émission TPMP. Sur Instagram, les deux frères Hanifi publient aussi des stories sur l’affaire ainsi que des vidéos résumant leur version de l’histoire, mettant directement en cause Lecaplain. Immédiatement, ce dernier les attaque en justice pour faire retirer le contenu litigieux. Si la Cour d’appel de Paris lui a donné raison en novembre dernier dans le cas des posts de Youness, elle l’a débouté contre ceux de Yacine deux mois avant. Selon nos informations, un pourvoi en cassation est prévu dans cette dernière affaire.

Il n’est pas difficile de comprendre l’obstination de Lecaplain : l’artiste tient à sauvegarder son image dans le milieu fermé des humoristes parisiens. « Tout le monde a entendu parler de cette histoire », nous souffle un habitué des plateaux de stand up. Certains ont même décidé, au début, de boycotter le Joke, en soutien aux frères Hanifi. « Le stand-up rapporte beaucoup d’argent : ça fait tourner les têtes. Si la réalité de cette affaire est celle que décrit Yacine, c’est très triste pour l’état du stand up français », juge une pointure du milieu.

Sur le volet juridique, il a d’abord poursuivi la société Prodvocation devant le conseil de prud’hommes pour être reconnu comme salarié, sans succès. Son avocat Nicolas Rebbot, nous indique avoir « lancé une nouvelle procédure au fond pour atteinte au droit de Monsieur Hanifi relativement à l’exploitation frauduleuse de la marque THE JOKE PARIS par M. Smida et sa société Prodvocation ». Ce dernier l’a déposée en janvier 2022 à Institut national de la propriété intellectuelle (INPI). « Je lui avais dit que j’aimerais être avec lui lors du dépôt, mais il l’a fait dans mon dos », affirme Hanifi, qui avait déjà tenté de l’enregistrer - à l’époque sans succès - en 2017.

De son côté, Smida récuse toute malice : « Le dépôt de la marque était à l’ordre du jour d’une réunion où Yacine était présent. C’est donc malhonnête de dire qu’il n’était pas au courant, d’autant qu’il a ensuite reçu le PV de la réunion par mail avant que le dépôt ne soit fait. » Le manager de Lecaplain a également porté plainte contre Hanifi : selon lui, avant de quitter définitivement le comedy club, ce dernier aurait « emporté la caisse ».

Un an et demi après son ouverture, The Joke se porte bien, à en croire son propriétaire. « On est content, on a appris à fidéliser les gens ». Le lieu part toutefois avec un désavantage significatif face à ses concurrents : il ne vend pas d’alcool. « Nous sommes en train de voir comment acheter une licence », indique à l’Informé Aslem Smida. De son côté, Yacine Hanifi peine à avaler la pilule et entend utiliser tous les recours possibles. « Cette histoire m’a traumatisé. Ce qui me dégoûte, c’est que des personnes malveillantes profitent de la naïveté des jeunes artistes ou des jeunes producteurs qui ont des idées » confie Hanifi, qui organise encore des spectacles et espère toujours ouvrir, un jour, sa propre salle.