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Continuer la lectureLe comte de Bouderbala vs. Edgar-Yves : battle de gros sous entre comiques
Alors que le Comte de Bouderbala était devenu producteur d’Edgar Yves, les choses ont mal tourné. Devant le conseil des prud’hommes de Paris, les deux humoristes se réclament mutuellement des dommages et intérêts.
Drôle de scène pour une battle d’humoristes. En cet après-midi de septembre, Le comte de Bouderbala et Edgar-Yves Monnou ont choisi de s’affronter… au conseil des Prud’hommes de Paris. Engagés dans un face-à-face judiciaire, les deux comiques se réclament mutuellement beaucoup (beaucoup) d’argent. Plusieurs centaines de milliers d’euros, sans rire. Pourquoi ? En 2020, le premier, vedette du stand up, est devenu le producteur du second et les choses ont mal tourné. L’Informé a assisté à l’audience : compte rendu circonstancié d’un spectacle un peu particulier.
Dans la salle ce jour-là, peu de public. Et pas trop de blagues non plus. L’avocate d’Edgar-Yves Monnou, Maître Tatiana Vassine, est la première à entrer en scène. Son objectif : dénoncer « plusieurs fautes graves » du Comte de Bouderbala, de son vrai nom Sami Ameziane, président de la société AS Prod. Elle commence par poser le contexte. « Monsieur Monnou signe en octobre 2020 un contrat de travail de six ans (avec AS Prod ndlr), jusqu’au 31 octobre 2026, avec une rémunération au cachet », rappelle le conseil. Pour chaque représentation, l’artiste touche un minimum de 550 euros – un montant qui augmente avec la taille de la salle -, 15 % des profits d’exploitation, et des droits d’auteur. AS Prod doit, en outre, fournir au comique au moins 50 dates par an et faire sa promotion.
Mais selon l’avocate, « aucune des obligations n’est respectée ». Au bout d’un an de collaboration artistique, Edgar-Yves Monnou « s’interroge sur l’état budgétaire de ses spectacles, raconte-t-elle. Il tombe des nues quand il apprend qu’on est à – 80 000 euros. » L’artiste veut voir les comptes, insiste, « se fait balader et n’obtient aucune réponse ». Pire, le 29 septembre 2021, AS Prod résilie le bail de l’appartement qui lui est fourni comme avantage en nature. « L’annonce est violente, il panique. Il saisit un avocat et récupère in extremis le bail à son nom. Il a tout fait pour ne pas se retrouver à la rue », assure Maître Vassine, avant de poursuivre sa liste de griefs. Selon elle, l’employeur aurait péché dans la promotion du spectacle d’Edgar-Yves Monnou et le versement des droits d’auteur. Il aurait, surtout, cessé de fournir du travail à son poulain. Le ton monte alors. Des échanges par SMS évoquent un protocole transactionnel qui n’aboutit pas. La société adresse un ultimatum à Edgar-Yves Monnou : « soit tu pars en autoproduction et c’est zéro [ce qui signifie que l’artiste, qui n’est plus sous contrat avec personne, ne doit plus rien à AS Prod, NDLR], soit tu pars avec un nouveau producteur et tu règles 80 000. » « La stratégie est claire, s’indigne l’avocate. AS Prod ne veut pas travailler avec lui, mais veut qu’il verse une somme. » Pour l’ensemble de ces motifs, son client réclame près de 230 000 euros d’indemnités.
« Il veut reprendre sa liberté, on ne va pas lui payer son loyer ! »
Près d’une heure s’est écoulée depuis le début de l’audience, c’est au tour du Comte de se défendre. Présent sur place, l’artiste préfère, sans surprise, laisser la scène à son avocat pour cette fois. Maître Jean Ennochi reprend alors les éléments du contrat de travail, pour y donner un tout autre éclairage que sa consœur. « 50 représentations par an, oui. Mais encore faut-il qu’il n’y ait pas le Covid ». En 2020, la situation sanitaire a empêché les spectacles de se jouer et, malgré tout, une prime de 10 000 € prévue dans le contrat a été versée à l’artiste. Surtout, selon Maître Ennochi, le problème est à chercher du côté d’Edgar-Yves Monnou « qui voulait sans doute changer de producteur ». Il aurait signé avec Borderline Productions, alors qu’il était toujours sous contrat avec AS Prod. L’artiste aurait multiplié les dates en dehors de celles prévues avec son employeur, en participant à des Comedy Clubs alors qu’il était en contrat d’exclusivité et aurait refusé de faire certaines scènes proposées par AS Prod. « Il veut reprendre sa liberté, on ne va pas lui payer son loyer ! » tempête l’avocat. Comme la société de production assure avoir dépensé 56 732,21 euros en communication pour l’artiste, elle réclame cette somme sous forme de dommages et intérêts pour investissements non récupérés. Fin du show.
Alors un mois plus tard, quel bilan de ces prestations ? Maigre : les deux parties ont été déboutées, aucune ne tire quoi que ce soit de cette affaire. Elles auront un mois pour faire appel lorsqu’elles recevront officiellement la décision. Interrogés par L’Informé sur l’affaire, maîtres Vassine et Ennochi n’ont pas voulu faire de commentaire.