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Continuer la lectureSNCF : l’élu CGT qui avait frappé son patron se bat pour être réintégré
Le cheminot, qui avait reconnu un « pétage de plombs », pourrait obtenir gain de cause grâce à une irrégularité dans la procédure disciplinaire.
Un salarié peut-il regagner les rangs de la SNCF après avoir roué de coups son supérieur ? La question fait l’objet d’un long bras de fer judiciaire entre un syndicaliste de la CGT et la compagnie ferroviaire, un conflit à l’issue toujours inconnue après plus de huit ans de procédure. En 2015, le groupe public avait licencié Gilles Manforti, élu du personnel, après qu’il a mis plusieurs coups au responsable des Ateliers de la Blancarde à Marseille, lors d’un entretien où il accompagnait un salarié.
Un « pétage de plombs » avait aussitôt reconnu le cheminot, survenu après une « énième provocation verbale » du supérieur selon lui. Sauf que depuis son renvoi, l’homme bataille en justice pour réintégrer les effectifs, et l’affaire ne cesse de connaître des rebondissements, jusqu’à arriver l’été dernier devant le Conseil d’État. La plus haute juridiction administrative vient de renvoyer l’affaire devant la justice marseillaise une nouvelle fois. Dans l’attente d’une décision définitive, la CGT fait bloc pour défendre son ancien camarade.
Depuis le début de la procédure, Gilles Manforti peut compter sur ses camarades syndicalistes. Après sa sanction, un rassemblement avait eu lieu devant la direction régionale de la SNCF à Marseille en solidarité avec leur collègue licencié. Puis lors de son procès, le 10 novembre 2015, une centaine de cheminots - dont le secrétaire général de branche ferroviaire de l’époque - s’étaient massés devant le tribunal. « On continue de le soutenir aujourd’hui, la situation nous paraît toujours aussi injuste », assure Rémy Ours, le secrétaire général des Cheminots de Marseille, à l’Informé.
Celui-ci explique qu’au moment de l’altercation, le climat social à la Blancarde était extrêmement tendu, à cause de nombreuses réorganisations et du « management agressif » de ce responsable : « À force d’être moqué et rabaissé quotidiennement, Gilles Manforti a eu un geste malheureux. Il s’en est voulu instantanément, et s’est excusé tout de suite ». De fait, après avoir roué de coups le supérieur, le syndicaliste s’était aussitôt rendu dans le bureau du directeur d’établissement pour avouer qu’il avait « fait une connerie ». « Rien ne peut justifier une agression, mais on avait demandé à la SNCF de tenir compte du contexte dans sa décision, se souvient Rémy Ours. S’il fallait qu’il y ait une sanction, la radiation était excessive. »
Sur le plan pénal, le dossier est clos depuis bien longtemps. En décembre 2015, le tribunal correctionnel de Marseille a condamné Gilles Manforti à 1 000 euros d’amende pour violences volontaires. C’est sur le volet disciplinaire que ça bloque : la compagnie ferroviaire n’aurait pas correctement mis en œuvre la procédure interne. Lors du conseil de discipline du délégué CGT, les membres chargés de trancher son cas ont eu connaissance de deux blâmes infligés à Gilles Manforti dans le passé.
Or, la règle statutaire applicable à la SNCF dicte que seules les sanctions de mise à pied ou plus graves doivent apparaître sur le dossier du mis en cause. Selon le Conseil d’État, ces informations ont pu influencer le choix de la sanction à infliger au salarié. À l’époque, le scrutin était en effet serré et la moitié des membres du conseil de discipline se sont prononcés pour une mesure plus légère que la révocation, en l’occurrence une mise à pied de 15 jours sans salaire. Compte tenu de cette irrégularité, le dossier repart donc devant la cour administrative d’appel de Marseille pour être jugé une nouvelle fois.
Contactée, la SNCF Mobilités n’a pas souhaité faire de commentaires.