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Continuer la lectureLe gouvernement repousse l’attribution de l’autoroute A154 au printemps
Trois offres ont été déposées pour construire le passage en 2x2 voies de la RN154 reliant Rouen, Dreux, Chartres et Orléans, et l’exploiter sur 35 ans. Mais le gouvernement craint une polémique avant les élections municipales.
Osera, osera pas ? Moins d’un an après les grandes manifestations contre le chantier de l’A69 entre Toulouse et Castres, le ministère des transports semble craindre un nouveau tapage. En Eure-et-Loir cette fois. Voilà des années que 67 km de voies doivent y être aménagées, notamment pour contourner Dreux et Chartres. La déclaration d’utilité publique de la liaison autoroutière, baptisée « A154-A120 », a été officialisée dès 2018 et un appel à candidatures pour la construction et la concession de l’ensemble, long de 97 km, a été lancé en 2022. Alors que le gouvernement de Gabriel Attal avait promis de « parvenir à la désignation d’un concessionnaire à l’automne 2025 », l’exécutif tarde à se prononcer. Selon plusieurs sources, le ministère des transports n’a toutefois pas annulé le projet de l’A154 et une décision devrait intervenir après les élections municipales des 15 et 22 mars prochains. « Les projets autoroutiers font systématiquement l’objet d’une contestation qui devient à chaque fois plus radicale. L’exécutif a préféré la prudence, reconnaît une source proche du dossier. Il a repoussé sa décision au printemps pour éviter d’enflammer la campagne des élections municipales dans les communes traversées. »
Selon nos informations, trois entreprises, candidates au marché de conception, construction, financement et exploitation, attendent donc patiemment le verdict. Il s’agit d’abord de Vinci, le leader de la concession autoroutière en France, avec 4 400 km opérés via ses filiales Autoroutes du Sud de la France, Cofiroute, Escota, Arcour et Arcos. Il est suivi par Eiffage, qui exploite 2 560 km d’autoroutes en France, via ses filiales APRR et Area, ainsi que le viaduc de Millau et le tunnel du Prado à Marseille. Enfin, le quatrième groupe de BTP français, NGE, a aussi remis un dossier en s’associant avec Meridiam, le fonds d’investissement de long terme de Thierry Déau. Ce consortium réunit également l’exploitant de péages en flux libre Ascendi et le fonds d’infrastructure Quaero, tous deux déjà associés avec NGE au projet d’autoroute A69.
De son côté, Sanef (groupe Mundy’s) a étudié le dossier, mais il a finalement jugé que le niveau du trafic prévu sur l’A154 n’était pas suffisant pour valider le modèle économique, selon des sources internes. Bouygues, qui exploite quelques infrastructures de transport, comme l’autoroute Highway 2000 en Jamaïque ou le tunnel de Newcastle au Royaume-Uni, n’a pas donné suite.
La lenteur de la procédure suscite l’inquiétude des candidats à l’appel d’offres comme des élus d’Eure-et-Loir, impatients de voir réalisé « cet aménagement indispensable en matière de sécurité routière, de tranquillité des riverains et d’attractivité économique pour ce territoire » rural, ainsi que le défendait en mai 2024 l’ex-député LR Olivier Marleix, décédé depuis. « Bientôt, nous aurons l’A154 tant attendue », se réjouissait, il y a un an devant un parterre de patrons, le maire de Chartres, Jean-Pierre Gorges, cité par l’Écho républicain.
Il est vrai que cela fait plus de 10 ans qu’a été lancé le projet d’achèvement de la mise en 2x2 voies de la RN 154, entre Rouen et Orléans, et une partie de la RN 12. Le choix politique de passer par une autoroute concédée avait été pris en 2012, après un premier chantier lancé en 1994 et achevé en 2005 qui a abouti à de premières portions de voies express, pour un coût de 260 millions d’euros. Mais restent toujours 67 km de voies à aménager, dont les contournements Ouest de Dreux et Est de Chartres. Le coût de la construction est évalué aujourd’hui à 1 milliard d’euros (c’était 768 millions en 2015 lors de la décision de passer en concession). L’État, qui prévoyait une mise en service en 2030, s’est engagé sur une durée de concession de 35 ans.
« L’attribution est un choix politique qui doit faire l’objet d’un décret signé par le ministre des transports et celui du budget, rappelle un proche du dossier. Elle interviendra quand le gouvernement jugera le moment opportun politiquement. » Après des années de retard, le scepticisme prévaut chez les concessionnaires d’autoroutes. « L’A154, c’est un serpent de mer, se résigne, pessimiste, un dirigeant. Vous verrez que, après les manifestations contre l’A69, l’État n’osera pas lancer les travaux ».
Il faut dire que le projet d’A154 a aussi ses opposants. La Fédération Environnement Eure-et-Loir (FEEL) avait adressé en 2021 une saisine citoyenne de 5 014 signatures au Ceser Centre-Val de Loire. Elle réclamait le maintien de la gratuité des circulations et pointait les impacts environnementaux d’une autoroute. Un collectif « Non A154 A120 » a pris le relais de son opposition, dénonçant le « détournement de 660 ha de terres agricoles ». Le maire d’une commune traversée par le tracé, Gasville-Oisème, demande aussi un report de la décision gouvernementale.
Contactés, le cabinet du ministre des transports, Vinci, Eiffage, NGE, Bouygues et Sanef n’ont pas répondu à nos sollicitations.