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Médias - Culture

Quand Squeezie refusait de payer ses fournisseurs

Poursuivi par un partenaire de sa marque de vêtements Yoko, abandonnée en 2024, le YouTubeur a été condamné en appel.

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Domine Jerome / Domine Jerome/ABACA

« C’était une superbe aventure, mais on a sous-estimé le travail que ça représente d’avoir une marque ». Le 19 janvier 2025, Lucas Hauchard, plus connu sous le nom de Squeezie, expliquait dans l’émission Zack en roue libre les raisons qui l’ont poussé à abandonner la marque de vêtements créée en 2019...

C’est en décembre 2018 que débute la collaboration entre Dropshirt, fournisseur de vêtements et d’autres services (design, graphisme…), et Webedia, responsable de la régie publicitaire et de l’image de Squeezie à l’époque. Le projet ? Lancer une ligne imaginée par la star des réseaux sociaux et son frère graphiste, Florent Hauchard. Pendant des mois, le duo et les deux entreprises discutent design, site internet et pop-up. La marque Yoko, avec ses vêtements « inspirés de la culture japonaise », est finalement lancée le 3 juillet 2019. Une semaine plus tard, Squeezie informe Dropshirt que « la suite se fera sans Webedia » : « Pour les prochains acomptes ou factures c’est à moi que vous devez les adresser. » Un an plus tard, le Youtubeur annonce officiellement quitter le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière pour fonder sa propre agence, Bump. Un divorce qui se passe mal, chacun critiquant l’attitude de l’autre.

Le projet passe désormais par Yoko Gang, société détenue à 80 % par la holding de Squeezie, Balai Steak, et à 20 % par son frère Florent Hauchard. Mais lors du transfert, une facture de 64 800 euros pose problème : elle concerne des prestations réalisées par Dropshirt durant le premier semestre 2019 que Webedia ne veut pas payer. « Cela fait réellement 6 mois que nos équipes travaillent d’arrache-pied sur Yoko, que ce soit en termes de design de pièces, expertises, savoir-faire, conseils, gestion et suivis de toute la chaîne de production, son importation, et son lancement », indique le prestataire par mail le 19 juillet. Yoko Gang refuse de régler la note. Elle estime que sa collaboration avec Dropshirt n’a débuté qu’en juillet 2019, et qu’elle n’a pas à payer pour des prestations antérieures, qui reposent sur des accords conclus avec Webedia et sa filiale ADCI. Elle explique n’avoir consenti ni au prix, ni à la nature de ces prestations. Mais Yoko Gang retoque aussi une facture émise après le départ de Webedia, datant de mars 2020 : 15 426 euros pour du consulting et de la gestion de production, de management et de publicité sur les réseaux sociaux. Selon la société de l’influenceur,il n’est pas prouvé que les salariés de Dropshirt ont continué à travailler pour Yoko après le 17 mars, début du premier confinement.

En septembre 2020, Dropshirt saisit donc le tribunal de commerce de Paris pour obtenir le paiement de ces deux factures, ainsi que 8 227 euros de pénalités de retard et de frais de recouvrement, 20 000 euros pour réparer son préjudice moral et 7 500 euros de frais de procédure. En face, la société des frères Hauchard demande 83 000 euros pour le « préjudice causé par la perception de marges occultes » par son prestataire : elle soutient qu’elle n’a pas pu négocier le prix des vêtements, sur lesquels Dropshirt pratiquait une marge de 100 %, et exige d’être indemnisée pour ce « déséquilibre significatif ». Elle réclame aussi 10 000 euros de frais de procédure, ainsi que le remboursement de 23 000 euros de frais de transport additionnels appliqués pour sa dernière collection, livrée pendant le confinement. Des frais qui, selon Dropshirt, étaient voulus et acceptés par Squeezie, pressé d’acheminer ses marchandises.

En 2022, Yoko Gang est condamnée à régler une partie de la somme demandée par Dropshirt : 63 000 euros, auxquels s’ajoutent 6 427 euros d’intérêts et de frais de recouvrement, ainsi que 7 500 euros de frais de procédure. L’influenceur conteste cette décision et lance même une procédure en référé pour ne pas verser l’argent avant le verdict de la cour d’appel : il explique ne pas pouvoir régler les 63 000 euros en raison de difficultés économiques et financières. Des problèmes liés, selon lui, à la crise sanitaire, à des dettes suite à la souscription d’un PGE (prêt garanti par l’Etat), et à son procès avec M-X-Sport Oy autour du nom de la marque. Yoko Gang soutient que « sa trésorerie est quasi nulle et que l’exécution provisoire de la décision lui occasionnera des conséquences manifestement excessives » pouvant aller jusqu’à une cessation des paiements. Squeezie passe sur le fait qu’il est multimillionnaire : la seule vente de son ancienne agence à Webedia en 2015 lui avait rapporté entre 4 et 7,3 millions d’euros. Ses arguments ne convainquent pas le juge des référés, qui le condamne à payer la douloureuse sans délai et rajoute 1 000 euros de frais de procédure supplémentaires.

Et sur le fond, la débâcle est pire encore pour Squeezie, qui doit se mordre les doigts d’avoir contesté le premier jugement : la cour d’appel a finalement rehaussé la condamnation de Yoko Gang ! La société doit régler les deux factures dans leur intégralité, soit un peu plus de 80 000 euros, plus 8 103 euros de pénalités de retard et de frais de recouvrement, ainsi que 7 500 euros de frais de procédure. Une décision qui satisfait Dropshirt, selon son avocate, Me Karine Cohen, qui n’a pas souhaité faire plus de commentaires. Yoko Gang, par le biais de son avocat, Me Hervé Catteau, déclare à L’Informé regretter cette décision mais ne pas lancer de pourvoi en cassation. « Ni le tribunal de première instance ni la cour d’appel n’ont fait droit à nos arguments. Les sommes en cause n’étant qu’un manque à gagner, je vous confirme que c’est la fin de l’histoire. »