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Qui cédera sa place à une femme ? Tensions entre les administrateurs salariés d’Orange

Afin de respecter la directive européenne Women on boards, au moins une femme doit figurer d’ici fin juin parmi les trois représentants des salariés au conseil d’administration de l’opérateur, tous des hommes aujourd’hui.

THIBAUD MORITZ / AFP

De trois, il ne devra en rester plus que deux. D’ici le 30 juin, l’un des membres du trio des administrateurs représentant des salariés (ARS) d’Orange - Pierre Chaussoneaux (CGT), Vincent Gimeno (CFDT) ou Sébastien Crozier (CFE-CGC) - devra laisser son fauteuil à une élue. Il s’agit d’appliquer la directive européenne Women on boards, traduite en droit français l’année dernière, qui vise à établir un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes parmi les ARS au sein des groupes cotés en Bourse de plus de 250 salariés et dont le chiffre d’affaires est supérieur à 50 millions d’euros. Reste à savoir lequel se retirera… un sujet de tensions entre eux.

À la CGT, dont l’administrateur est le seul représentant du collège employé, on considère ne pas être en première ligne. « Il nous paraît plus simple que le collège cadres laisse une de leurs places puisqu’ils sont au nombre de deux, explique Pierre Chaussoneaux. Par ailleurs, nous appliquons déjà une alternance des genres à chaque nouveau mandat. »

Une logique partagée par Vincent Gimeno… qui estime toutefois que ce n’est pas à sa maison, la CFDT, arrivée en premier aux élections de novembre 2025 de changer de tête mais au second, la CFE-CGC, de remplacer Sébastien Crozier. Une résolution en ce sens va être proposée au vote lors de l’assemblée générale de mai prochain. Mais il n’est pas certain que ce dernier, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, partage cette proposition. « J’en doute fort, note un membre de son syndicat. Mais tout est possible. » Car, le président de la CFE-CGC d’Orange depuis près de 20 ans est incontournable chez Orange. Administrateur depuis neuf ans, le quinquagénaire est, en outre, en conflit ouvert avec la direction de l’opérateur télécoms et plus particulièrement son président, Jacques Aschenbroich.

Le groupe a mandaté le cabinet d’avocat Stephenson Harwood à son sujet sur des soupçons de conflits d’intérêts et de pratiques frauduleuses (lire notre enquête) à la suite d’une alerte d’un syndicat concurrent, la CFDT. Difficile dans ces conditions de trouver un terrain d’entente entre eux pour l’application de la directive Women on boards. D’autant que même si Sébastien Crozier acceptait de laisser son siège, il serait donné à sa suppléante, Hélène Marcy, alors qu’elle est proche de la retraite rendant l’équation encore plus compliquée.

Pourtant, les trois administrateurs ont tout intérêt à s’entendre. Faute de trouver un accord, les actionnaires trancheront. Ils pourraient être invités à voter lors de l’assemblée générale et éconduire celui qui récoltera le moins de voix. « Cela nous paraît inadmissible », ajoute Pierre Chaussoneaux. Un tel dénouement aurait de quoi faire sourire… jaune : les actionnaires détermineraient alors le sort des syndicalistes présents au conseil d’administration.