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Transports - Auto

EasyJet : viré pour une danse dans le cockpit, le pilote décroche un beau dédommagement

Il avait publié une vidéo sur ses réseaux sociaux dans laquelle son copilote se trémoussait en plein vol. La cour d’appel de Paris a jugé que son licenciement n’était fondé sur aucune cause réelle et sérieuse.

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STEPHANE FRANCES / Only France via AFP

Il y a des blagues qui peuvent coûter cher, Michel Castellucci en sait quelque chose. Le 21 mars 2018, ce commandant de bord d’EasyJet publie sur ses réseaux sociaux une vidéo au titre évocateur : « Copilote danse en remplissant sa paperasse en plein vol ». On y voit son second se trémousser dans le cockpit face à un avatar créé par l’application Snapchat ou s’occuper de formalités administratives tandis qu’un hibou virtuel se dandine sur le tableau de bord. Aucun des deux hommes ne semble attentif à la navigation. À plus de 9 000 mètres d’altitude, dans un avion rempli de passagers entre Paris et Madrid, la vidéo passe mal et suscite de vives réactions. Tant et si bien que le copilote démissionne et que Michel Castellucci finit par être renvoyé pour faute simple, le 13 avril 2018. Il a fallu qu’il conteste son licenciement devant le conseil des prud’hommes de Bobigny puis devant la cour d’appel de Paris pour enfin obtenir - en partie - gain de cause récemment.

Commandant de bord pour EasyJet depuis avril 2017, le capitaine avait l’habitude de poster des photos et des vidéos de son quotidien sur son profil Snap « pilot_flyingnut ». En 2017, il publiait par exemple un cliché de deux pilotes dans leur cockpit, avec comme légende « Nice landing Sir, I buy the first round, I’ll take the fat chick », que l’on peut traduire « Les seules choses que doit dire un copilote : « Bel atterrissage monsieur, je paye la première tournée, je prends la grosse nanaˮ. » Mais aucune publication n’avait jamais eu le même effet que la danse de son collègue. Une demi-heure seulement après la mise en ligne de la séquence sur Instagram, Snapchat et Facebook, elle est visionnée plus de 6 000 fois, avant que Michel Castellucci ne la retire et ne supprime ses comptes des réseaux sociaux.

Les réactions ne se sont pas fait attendre, les internautes dénonçant le manque de professionnalisme et l’irresponsabilité des pilotes. Le tabloïd The Sun s’empare du sujet et publie un article dès le lendemain. Un porte-parole de la compagnie aérienne y assure que « la sécurité des passagers n’a à aucun moment été compromise », mais que « ce comportement n’est pas à la hauteur de ce qu’EasyJet attend de ses pilotes ». Les deux blagueurs sont suspendus, une enquête disciplinaire est ouverte. Le commandant envoie un mail d’excuses à son employeur, mais rien n’y fait : un mois après la publication, le directeur général d’EasyJet, Johan Lundgren, annonce au tabloïd que le salarié a été renvoyé. La lettre de licenciement, dont l’Informé a pris connaissance, qualifie le comportement des deux pilotes d’ « inacceptable et inconscient » et insiste sur l’émoi suscité par la publication : « De nombreux commentaires ont été faits sur ces articles de journaux mentionnant une attitude irresponsable de nos pilotes et sur le fait que ni vous, ni votre copilote ne sembliez faire attention aux opérations à 30 000 pieds d’altitude. Cela a créé un tsunami médiatique sans précédent. » La missive revient également sur la publication sexiste de 2017, qui « porte atteinte à l’image et aux valeurs de la compagnie ainsi que de nos commandants de bord », selon EasyJet. Deux publications qui justifient, pour l’entreprise, le licenciement pour faute simple.

Si le pilote reconnaît les faits qui lui sont reprochés, il conteste son renvoi et saisit le conseil des prud’hommes de Bobigny puis la cour d’appel de Paris. Fin 2023, la cour juge – comme les prud’hommes avant elle — le licenciement dénué de cause réelle et sérieuse, étant donné que « l’enregistrement litigieux n’a duré que quelques secondes sans que la sécurité des passagers n’ait été mise en cause, que le salarié concerné n’avait aucun antécédent disciplinaire et a incontestablement pris conscience de l’inopportunité de son attitude et s’en est excusé rapidement ». Elle considère que la décision de licenciement pour faute simple était disproportionnée, alors que d’autres sanctions auraient pu être appliquées - l’avertissement écrit, la délocalisation, ou la rétrogradation. L’apprenti vidéaste obtient 40 000 euros de dédommagement… mais se voit réclamer 12 036,66 euros suite à une surévaluation de son salaire de référence qui a faussé le calcul de ses indemnités de licenciement. Il doit, en outre, rembourser à l’entreprise 3 700 euros de trop-perçu d’indemnité compensatrice de congés payés. La cour constate également qu’ « il n’est pas établi que la compagnie intimée ait été à l’origine de la médiatisation de son licenciement » et rejette donc les circonstances brutales et vexatoires. Elle ajoute qu’il lui semble malvenu, de la part du salarié, de reprocher à son employeur de n’avoir pris aucune mesure pour protéger son identité, « alors qu’il a en quelque sorte par ses publications intempestives contribué à son propre préjudice ». Contactés, EasyJet, le pilote et leurs avocates respectives n’ont pas répondu à nos sollicitations.