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Continuer la lecture« À voile et à vapeur » pour « tapette » : le JDD avait bien le droit de virer l’auteur de ses mots fléchés
En 2019, l’hebdomadaire avait écarté Albert Varennes pour injure homophobe après 20 ans de service. La justice lui a donné raison.
Dans le milieu des cruciverbistes, Albert Varennes est une sommité. Il est notamment célèbre pour avoir battu le record du monde de la plus grande grille de mots croisés avec 160 000 cases et 50 139 mots, une performance homologuée par le Guinness Book en 1997. Sa notoriété s’est encore accrue à partir de 1999 lorsque le Journal du Dimanche l’a choisi pour fournir chaque semaine une grille de mots fléchés. Mais sa carrière a pris une mauvaise tournure le 29 septembre 2019. Ce jour-là, il glisse dans sa livraison hebdomadaire la définition suivante : « Plus à voile et à vapeur ». Le mot à trouver ? « Tapette ». Rapidement, le rédacteur en chef technique du JDD de l’époque, Cyril Petit, lui annonce qu’il sera remercié, à la suite du signalement d’un lecteur jugeant la définition homophobe. C’est ensuite au tour d’Hervé Gattegno, alors directeur de la rédaction, de lui confirmer son limogeage par une lettre datée du 1er octobre. Une décision que la justice vient de conforter. Quatre ans après les faits, Varennes ne digère toujours pas. Auprès de l’Informé, il assure ne pas être au fait de « l’air du temps dans les rédactions parisiennes » et n’avoir mis « aucune intention de nuire » dans sa définition.
Le verbicruciste dont le vrai nom est Pierre-Claude Singer s’est battu comme un diable contre cette sanction. Sa première offensive remonte à juillet 2020. Il assigne alors le groupe de presse au tribunal de commerce, dénonçant la « rupture brutale » de la relation. Et non pas aux prud’hommes car il n’était ni salarié ni pigiste du journal mais autoentrepreneur. Le JDD le rémunérait via sa société Ludo Media à hauteur de 16 000 euros par an. Selon lui, le JDD aurait dû respecter un préavis de 24 mois au vu de l’ancienneté de sa collaboration. « En vingt ans, je n’avais jamais eu le moindre problème avec cet employeur », soutient-il. Le verbicruciste, qui a depuis disparu des radars, réclame 32 000 euros au titre du préjudice qu’il dit avoir subi à cause de l’absence de préavis et 5 000 euros pour atteinte à son image et à sa réputation.
Victoire en demi-teinte
Pour sa défense, le groupe Lagardère s’est appuyé sur le rapport du défenseur des droits de mai 2017 intitulé « Agir contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre dans l’emploi » affirmant que « ne pas réagir face à des propos LGBTphobes, c’est les légitimer ». En septembre 2021, les magistrats du tribunal de commerce donnent raison au journal contre Pierre-Claude Singer, au vu de la gravité de sa faute. Ils vont en revanche renvoyer dans ses cordes le géant des médias sur un autre point. Celui-ci avait réclamé à son tour 8 000 euros à Ludo Media en réparation du préjudice d’image qu’il estimait avoir subi. Mais le tribunal de commerce de Paris a rappelé que « les membres du comité de rédaction du JDD avaient les moyens de contrôler la rubrique précitée, ce que manifestement ils n’ont pas fait ». Pierre-Claude Singer avait insisté : le fruit de son travail était envoyé chaque semaine à cinq personnes, de manière à être relu et amélioré. Le 25 octobre dernier, la Cour d’appel de Paris a confirmé ce jugement en tous points. Un verdict « assez juste et logique, selon Maître Christophe Bigot, avocat de Lagardère, au vu de l’injure inadmissible dont il s’agit ». Et un bon coup de tapette sur les doigts.