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Continuer la lectureGrand Corps Malade 1 - Fabien Lecœuvre 0 : le chroniqueur revient bredouille de sa plainte contre « Des gens beaux »
Pour mieux les dénoncer, le slameur avait repris dans sa chanson les propos moqueurs du journaliste sur le physique de la chanteuse Hoshi. La justice lui a donné raison sur toute la ligne.
« Vous mettez un poster d’Hoshi dans votre chambre vous ? Elle est effrayante ! » Lâchée en avril 2021 lors d’une interview, l’élégante remarque du spécialiste de la chanson française Fabien Lecœuvre avait provoqué un raz de marée de réactions indignées en France. Dans cet entretien, l’habitué des médias regrettait le manque de « beaux mecs » ou de « filles sublimes » dans la musique, estimant que « pour revendre du disque, revendre du magazine, refaire de la presse, il faut des gens beaux. » Comme un pied de nez, trois mois plus tard, Grand Corps Malade dévoilait sa nouvelle chanson intitulée « Des gens beaux ». Les paroles ? « Eh, monsieur, toi qui veux retourner / Au noir et blanc, aux belles heures du passé / J’suis pas sûr que le grand Charles Aznavour / Pouvait correspondre à tes critères de succès »...
« Il s’est cru investi d’une mission pour rendre justice par rapport à ce que j’avais dit », soutient aujourd’hui Lecœuvre auprès de l’Informé. Dans la première partie de la chanson, le chanteur à succès fait sien les propos polémiques, puis leur répond dans la seconde moitié. Précision importante, on y entend à plusieurs reprises des extraits de l’interview de Lecœuvre. C’est sur ce point que le chroniqueur a décidé dans un premier temps de mettre en demeure la boîte de production du chanteur Anouche Productions ainsi que son distributeur Universal, comme le révélait le Figaro en juillet 2021.
Sans réponse, Lecœuvre a finalement assigné en justice les deux entreprises, réclamant 115 000 euros en réparation de ses préjudices patrimonial, moral et subi pour cause de « violation de son droit à la voix ». Mais le tribunal judiciaire de Paris n’a pas été sensible aux arguments du consultant, et l’a débouté de l’intégralité de ses prétentions. La juridiction a notamment mis en avant que « la chanson ’ Des gens beaux ’ [était] représentative dans sa forme artistique du mouvement d’indignation soulevé par les propos de M. Lecœuvre et [contribuait], par le dialogue qu’elle [avait] cherché à instaurer avec l’auteur des propos polémiques, à la question d’intérêt général relative à la lutte contre toute forme de discrimination. »
Le polémiste aurait-il dû toucher des droits d’auteur pour sa participation (involontaire) à la chanson ? Le tribunal a estimé que sa prestation lors de l’interview était « celle d’un journaliste », et « ne saurait s’apparenter à une prestation d’artiste au sens du code de la propriété intellectuelle ». « Je ne pensais pas qu’en faisant une interview j’enregistrais en même temps un disque », ironise aujourd’hui Lecœuvre. Et d’ajouter : « J’affirme l’originalité de mes propos car je prépare systématiquement mes interventions dans des petits carnets, j’ai d’ailleurs souvent les questions avant les émissions ! »
C’est surtout l’aspect financier de l’affaire que dénonce aujourd’hui Lecœuvre. Selon ses estimations, le morceau aurait rapporté « au moins un million d’euros » au chanteur et à son entourage. « Si cet argent était donné à une association, je n’aurais rien dit, mais ce n’est pas le cas », fulmine-t-il. L’habitué des médias estime même que le chanteur a, entre autres, choisi de reprendre sa voix en raison de son « élocution claire et précise, presque comparable à du slam ». Auprès de l’Informé, Lecœuvre annonce qu’il a déjà fait appel de la décision. Et s’il est encore renvoyé dans ses cordes, l’homme de médias se dit prêt à porter le dossier jusqu’en cassation et même devant la cour de justice de l’Union européenne « car la voix représente quelque chose de sacré ».