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Industrie

Electronique : Linxens pourrait couper les ponts avec son propriétaire chinois

Le conglomérat Tsinghua envisage de céder ce fabricant de micro-connecteurs pour cartes à puces qui emploie 3 000 salariés, racheté en 2018 pour 2,2 milliards d’euros.

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Les déboires du chinois Tsinghua Unigroup finiront peut-être par avoir des répercussions en France. Selon nos informations, ce conglomérat - souvent présenté comme la tête de pont de Pékin dans les semi-conducteurs - vient de confier à Deutsche Bank un mandat de vente portant sur Linxens, un fabricant de micro-connecteurs de cartes à puces basé à Levallois-Perret. Celui-ci ne lui appartient que depuis cinq ans... Sauf que Tsinghua, lourdement endetté, a dû déposer le bilan en 2021, ce qui l’a forcé à se restructurer et à changer de mains : un consortium mené par Wise Road Capital et d’autres véhicules réputés proches du pouvoir en ont pris le contrôle mi-2022. Aujourd’hui, si la situation semble moins critique, le Chinois cherche toujours à nettoyer son périmètre… D’où la volonté de se séparer entre autres de Linxens, de ses 3 000 salariés et de ses huit sites (dont une grosse usine située à Mantes-la-Jolie).

En mandatant une banque d’affaires sur le dossier, Tsinghua envoie un signal au marché, alors que des réflexions embryonnaires étaient évoquées par Bloomberg début août. Le conglomérat espère plus particulièrement convaincre les acteurs du private equity de se positionner à l’achat. Un adossement à un financier ne serait pas une nouveauté pour Linxens, puisqu’il a enchaîné deux LBO entre 2011 et 2018, le premier avec le fonds français Astorg, le second avec le britannique CVC Capital Partners. En revanche, une revente à un acquéreur industriel ne semble pas à l’ordre du jour, pas plus qu’une introduction en Bourse.

Les débats devraient en toute vraisemblance s’engager autour d’une valorisation inférieure aux 2,2 milliards d’euros alignés par Tsinghua en 2018 pour racheter Linxens, « un prix qui était déjà jugé comme élevé à l’époque, CVC ayant fait particulièrement une bonne affaire », relève un banquier. L’Ebitda aurait sensiblement baissé depuis cinq ans pour s’établir à une centaine de millions d’euros, pour un chiffre d’affaires qui dépasserait les 500 millions. L’érosion de la rentabilité s’expliquerait en partie par la révision de la politique tarifaire du groupe. « Si Linxens bénéficiait historiquement d’un certain « pricing power », il a été amené à faire un effort sur ses marges pour mieux coller à l’évolution du marché des cartes à puces traditionnelles, plus concurrentiel », explique un proche du dossier. Linxens espère convaincre les acquéreurs par les perspectives de croissance dans ses marchés historiques, comme celui des cartes bancaires ou d’identité, où elle a décidé d’investir dans la biométrie. Le secteur de la santé pourrait aussi peser à terme 20 % du chiffre d’affaires. Linxens produit par exemple des antennes RFID pour tracer des médicaments ou du matériel médical, mais aussi des patchs servant entre autres à détecter des anomalies cardiaques. L’acquisition du suédois Nile, fin 2022, lui a permis d’accélérer dans ce marché.

La bénédiction de Bercy en 2018

Voir les Chinois céder Linxens ne serait pas pour déplaire aux défenseurs des intérêts économiques français et européens. Quand Tsinghua s’était emparé de l’entreprise, quelques voix, certes discrètes, s’étaient offusquées de voir les pouvoirs publics trouver peu de choses à dire à l’opération dans le cadre du contrôle des investissements étrangers. Après consultation des services compétents de l’État sur le volet technique, Bercy avait jugé que l’activité de Linxens n’était pas suffisamment stratégique pour justifier un veto. « La société fabrique des composants passifs pour les cartes à puce (et non la partie active comprenant des semi-conducteurs), notamment les connecteurs (partie dorée visible des cartes à puce) ou des micro-antennes pour le RFID ou le paiement sans contact, expliquait le ministère, dans des propos relayés à l’époque par la Lettre A. L’activité concernée ici n’est pas de nature à soulever des questions d’ordre stratégique ou d’une grande sensibilité. Tout ce qui est technologique n’est pas par définition automatiquement sensible. » 

Aujourd’hui, plusieurs sources considèrent néanmoins probable une implication de Bpifrance dans les scénarios de reprise, aux côtés d’un ou plusieurs autres actionnaires. D’autres s’interrogent aussi sur la participation d’Ardian aux discussions. Comme l’a révélé l’Informé, le géant français de l’investissement est en train de monter un fonds qui aura spécifiquement vocation à financer l’ensemble de la chaîne de valeur des semi-conducteurs. Un détail : ce véhicule aura une équipe dédiée de profils très expérimentés, dont fait partie Christophe Duverne… l’ex-PDG de Linxens, qui a quitté la fonction en 2020 tout en continuant à siéger au conseil d’administration.