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Continuer la lectureAtlantic convoité par Ardian et le fonds souverain émirati Adia
Les deux investisseurs négocient le rachat des 49 % mis en vente par l’une des familles actionnaires du roi vendéen des pompes à chaleur. Le deal pourrait dépasser les 4 milliards d’euros.
Le champion tricolore des chauffe-eaux, radiateurs et autres climatiseurs attire les plus grands acteurs de la place. Selon nos informations, le fonds Ardian est parti à l’assaut d’Atlantic, ce gros industriel vendéen de 13 000 salariés dont l’un des actionnaires, la famille Lamoure, souhaite céder ses 49 % du capital, comme l’avait révélé l’Informé au printemps. Le géant du capital-investissement a embarqué à ses côtés dans le dossier l’un de ses principaux investisseurs, le fonds souverain émirati Abu Dhabi Investment Authority (Adia). Mieux : le tandem en serait arrivé à un stade avancé des discussions : certaines sources évoquent même une forme d’exclusivité dans les négociations.
« D’autres compétiteurs sont encore au coin de la rue », croit cependant savoir une partie prenante aux négociations. Parmi les autres fonds particulièrement intéressés par Atlantic, figurent CVC Capital Partners et EQT. « Le deal est loin d’être fait, complète une autre source. Un gros travail de due diligence doit être mené par Ardian et Adia à partir des chiffres soumis par le vendeur. » Un Ebitda de l’ordre de 500 millions aurait été présenté aux candidats… Sauf que ce montant fait débat. « Cet Ebitda doit être retraité pour tenir compte d’éléments tels que les aides pour l’installation de pompes à chaleur, des subventions par nature fluctuantes… » Le sujet n’est évidemment pas neutre sachant qu’une valorisation globale d’Atlantic de 4,5 milliards d’euros est évoquée pour ce deal. « L’Ebitda a beaucoup baissé et Ardian risque de réduire son prix ou de ne pas arriver à un accord avec les autres actionnaires du groupe », pronostique un proche des discussions.
Selon nos informations, le plus gros investissement proviendrait d’Adia. Ardian - qui n’a pas souhaité commenter - plancherait sur un ticket d’au moins 400 millions d’euros, aux côtés d’un investisseur au profil plus familial qui injecterait un montant peu ou prou équivalent. Pour jouer ce rôle, sont notamment évoqués Peugeot Invest (une société d’investissement cotée, détenue par les Etablissements Peugeot Frères) et Brasil Warrant Gestao de Investimentos, contrôlé par la famille Moreira Salles (à la tête de la puissante banque brésilienne taú Unibanco).
Médiation entre actionnaires familiaux
Mais la gouvernance d’Atlantic pourrait compliquer le bon déroulé de l’opération. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si la patronne d’Ardian, Dominique Sénéquier, y passerait elle-même du temps aux côtés des équipes d’investissement de la maison. Car chez Atlantic, la famille Lamoure entretient des intérêts divergents et des relations tendues avec la famille Radat, qui dispose aussi de 49 % du capital… mais qui, pour sa part, n’a pas l’intention de s’en aller. Chaque clan a ses propres conseils : les Lamoure sont conseillés par Messier & Associés et les Radat par Lincoln International. Emmené par le président Thierry de Roquemaurel, le management - qui possède 2 % et n’est pas vendeur lui non plus - travaille quant à lui avec Rothschild & Co. Signe des relations compliquées au tour de table : le mandataire judiciaire Marc Sénéchal aurait été nommé médiateur pour aplanir les divergences entre les parties. Ce dernier n’a pas donné suite aux sollicitations de l’Informé.
À la tête de 31 sites industriels, dont la moitié en France, Atlantic mise énormément sur les appareils thermodynamiques utilisant des pompes à chaleur, par définition une technologie bas carbone. Ces équipements ont contribué à hauteur de 30 % à ses 3,2 milliards de chiffre d’affaires en 2022, derrière les appareils électriques (40 %). L’industriel vendéen prévoit qu’ils représentent la moitié de son activité en 2030 en se substituant à la vente d’appareils fonctionnant avec des énergies fossiles, qui assurent encore 25 % de ses ventes aujourd’hui. Pour accompagner le mouvement, il a investi 35 millions d’euros dans son usine de Billy-Berclau (Pas-de-Calais) pour en doubler la production. Mais Atlantic a aussi mis à son agenda la construction d’un nouveau site de production en Europe, notamment pour accompagner la croissance des pompes à chaleur individuelles sur le marché allemand. Pour ce projet qui nécessiterait près de 200 millions d’euros d’investissement, le groupe hésitait cet été entre une implantation en France et en Pologne. Mais si les pompes à chaleur bénéficient des aides MaPrimeRénov accordées par l’Etat aux ménages pour remplacer leurs équipements, l’industrie du chauffage et de la ventilation fait aussi les frais d’un marché de l’immobilier neuf morose.