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Continuer la lectureTrou d’air pour les magasins Grand Frais
L’Informé dévoile les comptes 2022 chahutés de Prosol, le principal opérateur de la chaîne de supermarchés. Une situation financière qui pourrait freiner d’éventuels repreneurs.
C’est la fin de l’euphorie chez Grand Frais. En quelques années, cette chaîne de magasins aux faux airs de halle de marché s’est imposée parmi les enseignes préférées des Français, jusqu’à inquiéter les concurrents et séduire les investisseurs… Mais, selon les derniers comptes consultés par L’Informé...
Certes, selon les comptes 2022 (clos en septembre), le chiffre d’affaires de Prosol a progressé de 6 % pour atteindre 1,06 milliard d’euros l’an dernier. Mais cette hausse aidée par l’inflation masque des performances en volumes moins flatteuses. Surtout, dans le même temps, le résultat d’exploitation a chuté de près d’un tiers, passant de 50 à 33,4 millions — la faute à des charges en hausse constante (salaires, coûts des marchandises, etc.) — et le résultat net a fortement reculé de 124 à 69 millions. À titre de comparaison, des sociétés liées aux frères Despinasse, gérant la boucherie d’une partie des Grand Frais, font état de ventes en hausse en 2022, mais d’un résultat d’exploitation stable. La conséquence d’une augmentation des coûts pas toujours répercutés auprès des consommateurs.
En septembre dernier, l’érosion de la rentabilité avait déjà conduit Moody’s à dégrader la notation de Prosol d’un cran (en la faisant passer de B3 à B2). L’agence avait justifié ce choix par le poids particulièrement important de la dette du distributeur par rapport à ses marges : selon ses estimations, l’endettement représentait près de 12 fois l’Ebitda à la fin de l’exercice 2021-2022. Un prêt bancaire de 1,38 milliard d’euros a été contracté en 2021 pour rembourser la dette levée lors du rachat de la majorité de Prosol par le fonds Ardian… Mais aussi pour permettre une remontée de cash exceptionnelle aux actionnaires. Moody’s estimait néanmoins que l’entreprise serait en mesure de réduire son endettement au fur et à mesure que ses investissements dans les ventes en ligne, les magasins de petite surface et le marché italien produiraient leurs effets.
En attendant, ces résultats déclinants compliquent les affaires d’Ardian, actionnaire majoritaire de Prosol. Dans un article publié début février, nos confrères de La Lettre A indiquaient que le fonds voulait « rassurer ses banques sur la santé fragilisée de Grand Frais en 2022 » et aurait ordonné de remonter les prix depuis la fin du dernier exercice pour regonfler les marges. Une tactique risquée et à employer avec précaution pour ne pas perdre des clients au pouvoir d’achat déjà malmené. Mais l’enseigne doit reprendre des couleurs pour attirer de possibles repreneurs.
Le développement de l’enseigne Grand Frais se poursuit
Car cela fait maintenant un moment qu’Ardian cherche à vendre sa pépite. De nombreux candidats se sont intéressés à Prosol ces dernières années. Des acteurs comme Auchan ou Carrefour avaient regardé le dossier pour un éventuel rachat, mais l’avaient vite refermé devant les exigences des propriétaires. Fin 2020, un processus de vente avait été ouvert, avec l’objectif de récolter entre 3 et 4 milliards d’euros. Plusieurs fonds d’investissement s’étaient manifestés, l’américain Hellman & Friedman ayant même mis 3,2 milliards d’euros sur la table. Un montant jugé insuffisant par Ardian et Denis Dumont, convaincus que la croissance de l’enseigne n’était pas terminée et qu’ils pouvaient espérer plus.
Un scénario plus si évident aujourd’hui, même si le développement se poursuit. Grand Frais, dont le chiffre d’affaires consolidé tournerait autour de trois milliards d’euros, s’approche doucement des 300 magasins, et sa version réduite « Fresh » lancée en 2017 compte une quarantaine d’établissements à ce jour, comme le rappelait récemment le magazine Linéaires. Contactée, la direction de Prosol n’a pas répondu à nos sollicitations.
Des dividendes toujours copieux
Malgré cette mauvaise passe, Prosol affiche toujours une rentabilité plus importante que la moyenne du secteur. Et les actionnaires n’ont pas renoncé aux dividendes. A l’issue de l’exercice 2022, l’intégralité du résultat, soit 69 millions d’euros, a été remonté à la structure de tête. Au total, de 2018 à 2022 inclus, plus de 310 millions d’euros de dividendes ont été versés selon nos informations.