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Grande conso

Les méthodes discrètes des concurrents de Lidl pour freiner son développement

La progression régulière de Lidl en France fait réagir les concurrents. Que ce soit sur le terrain commercial ou judiciaire. Tout est bon pour tenter de ralentir la réussite de cet encombrant voisin.

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JEAN-FRANCOIS FORT / Hans Lucas via AFP

En interne, on l’appelle « la boîte à outils anti-Lidl ». Ici, point de marteau ou de lame acérée, mais un document fourni d’une quarantaine de pages, riche en conseils et illustrations. Son objet ? Aider les directeurs de magasins Carrefour à faire face au concurrent discounter quand il ouvre un sup...

C’est bien simple, le bulldozer allemand est devenu la bête noire de ses concurrents. Voilà dix ans maintenant qu’il n’en finit plus de gagner du terrain : à moins de 5% de part de marché en 2012, il capte maintenant 8,3% du business, taquinant désormais Auchan et dépassant le groupe Casino. En octobre encore, Lidl s’est imposé comme le distributeur le plus dynamique du commerce alimentaire selon les données de Kantar Worldpanel. « Dans la tête des clients, ce n’est plus tellement un hard discounter, mais plutôt un véritable magasin de proximité, avec la possibilité de remplir son chariot pour un prix acceptable,explique Philippe Goetzmann, spécialiste de la grande consommation et de l’agroalimentaire. Le maillage territorial de l’enseigne est très bon et, en termes de développement, le grand plan de rénovation des magasins en fait un véritable rouleau compresseur » Rien d’étonnant donc à ce que beaucoup cherchent à freiner son développement par tous les moyens.

Une bataille juridique permanente pour gagner du temps

Leur arme ? Déposer des recours systématiques face aux demandes de permis de construire ou d’expansion de Lidl. « Toutes les enseignes le font mais Carrefour est sûrement le plus assidu et Intermarché n’est pas mauvais non plus à ce petit jeu là, souffle un cadre du discounteur. Je ne serais pas étonné que des concurrents aient constitué des équipes dédiées vu la rapidité avec laquelle ils s’attaquent à nos dépôts de permis. »  Une guerre de tranchées qui commence devant les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC). Ici, Casino, Super U ou l’association des magasins de centre-ville vont dénoncer l’impact d’un Lidl sur les commerces environnants, là une autre grande surface va pointer le manque de prise en compte de l’environnement dans la construction. Rares sont les maires prêts à refuser des rénovations de magasins, et les arguments des concurrents sont souvent rejetés. « Lidl a très bien compris les enjeux d’intégration paysagère et environnementale, ce qui lui permet d’améliorer considérablement l’acceptabilité de ses projets », pointe un spécialiste de l’urbanisme commercial. Mais pour ses opposants, le procédé permet de gagner un temps précieux. Car, après la décision de la CDAC, un recours peut toujours être déposé devant la Commission Nationale d’aménagement commercial, et s’éterniser ensuite devant la cour administrative d’appel, et même le conseil d’Etat parfois. De quoi faire traîner les choses des mois durant. Voire des années.

Voyez le cas précis d’Albertville (Savoie), où Lidl a voulu déplacer son supermarché. La demande initiale du permis de construire date de fin 2019, avec une validation de la CDAC en février 2020. Casino, exploitant un hyper Géant à proximité, a formé un recours devant la CNAC. Rejeté. Fin de l’histoire ? Pas du tout : le groupe de Jean-Charles Naouri a envoyé le dossier devant la cour administrative d’appel de Lyon, qui a rendu son verdict il y a quelques jours seulement. Le 27 octobre, on apprenait ainsi que Casino était de nouveau renvoyé dans ses cordes. Mais le distributeur stéphanois a gagné trois ans, c’est déjà cela de pris. Et des sagas judiciaires de ce genre, L’Informé en a recensé des dizaines. Dans l’Eure par exemple, où le Lidl d’Ecouis a voulu s’agrandir de 400 m2 en 2016. Pas vraiment du goût du Super U voisin qui, depuis, conteste systématiquement les projets de son concurrent devant toutes les juridictions possibles. Après une première victoire en 2018, qui avait forcé son adversaire à recalibrer son projet, le Super U a de nouveau eu gain de cause il y a quelques semaines… L’Informé a mené un fastidieux recensement des recours engagés au niveau national et une conclusion s’impose :  les épiciers s’en donnent à cœur joie pour mettre des bâtons dans les roues du discounter.  Sur 1213 litiges traités par la CNAC depuis 2018, 247 concernent la transformation de magasins Lidl. Soit 20% du total. Un pourcentage énorme, compte tenu du poids réel du trublion allemand dans le paysage commercial.