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Grande conso

Listeria chez Jay & Joy : l’enquête sanitaire révèle les graves négligences

Cinq cas graves de listériose sont liés aux « fromages » végétaux de la marque Jay & Joy. Selon nos informations, la société aurait laissé en vente des produits qu’elle savait contaminés.

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Rappel Conso

La marque Jay & Joy a-t-elle sciemment vendu des produits dangereux ? Vendredi 20 janvier, les autorités sanitaires ont annoncé le rappel de toutes les gammes de ce producteur de fromages vegan, après cinq cas graves de listériose (quatre femmes enceintes ont accouché prématurément à cause de l’infection d’origine alimentaire). Toutes les ventes ont été suspendues en raison d’« irrégularités concernant la maîtrise du risque de contamination microbiologique des produits fabriqués au sein de l’usine », selon la direction générale de la santé. « Irrégularités » ? Le mot est faible au regard des découvertes faites par les enquêteurs sur le site de production à La Croix Saint-Ouen (Oise). Elles sont détaillées dans un arrêté que L’informé a pu consulter.

La direction de protection des populations de l’Oise a mis la main sur des résultats d’analyses alarmants : les documents prouvent que des produits ont été mis en vente l’été dernier alors qu’ils avaient été identifiés comme contaminés. Il s’agit de deux lots de « Jil », l’alternative au fromage de chèvre de Jay & Joy. Les analyses, commandées par l’entreprise dans le cadre de ses autocontrôles, ont montré la présence de bactéries dans des quantités « largement supérieures au critère de sécurité réglementaire », selon les enquêteurs : respectivement 400 et 600 ufc (unités formant colonie) par gramme, alors que le seuil réglementaire est de 100 ufc/g. L’arrêté pointe « la mise sur le marché et l’absence de retrait et de rappel de ces produits dangereux ». Contactée par l’Informé, la société assure à l’inverse que « il n’y a eu aucune mise en circulation volontaire de produits contaminés.»

Cela fait près d’un an que l’entreprise se débat avec des problèmes de listeria. Comme en atteste le site officiel Rappel Conso, elle avait organisé le rappel d’un autre lot de Jil en avril, puis celui d’un lot de Joséphine, une alternative au camembert, en juillet. Mais elle n’est pas allée au-delà. Ces deux alertes portaient sur un nombre très restreint d’exemplaires. L’affiche placardée dans les magasins bio en avril - la marque est distribuée dans plus d’un millier de boutiques Biocoop, Naturalia ou encore Bio c’ bon-  était d’ailleurs plutôt rassurante : sur quelque 4000 produits concernés, seuls 88 ont été mis en vente avant la détection de la bactérie, indiquait-elle.

Benjamin Douriez

En réalité, la société a découvert des traces de listeria sur certaines de ses spécialités végétales dès le mois de février. Au cours de l’année, Jay & Joy en a de nouveau détecté à de multiples reprises sur ses produits et dans ses locaux, sans en informer les autorités, selon l’arrêté de suspension des ventes. Le texte est d’une grande sévérité. Il mentionne une « conduite inadaptée de la recherche des causes de la contamination persistante ». Et il démonte point par point les règles de contrôles adoptées par le fabricant : fixation de la date limite de consommation, paramètres surveillés… Les enquêteurs concluent à « l’absence de procédure permettant la maîtrise du risque Listeria monocytogenes en particulier et d’autres bactéries pathogènes en général ».

L’entreprise assure avoir « mis en place des mesures d’éradication de la listeria » dès l’alerte d’avril. Elle indique réaliser cinq analyses sur chaque lot de fabrication et transmettre les résultats aux autorités chaque semaine depuis le mois de novembre. « À date, tous les rapports microbiologiques attestent de l’absence de listeria dans nos produits », indique le document publié le 21 janvier.

Après Lactalis, Buitoni et Kinder

Les constats faits par les autorités chez le fromager vegan rappellent d’autres scandales alimentaires, comme l’affaire du lait infantile Lactalis touché par la salmonelle, il y a cinq ans, et plus récemment celle des pizzas Buitoni (Nestlé) contaminés par les bactéries E.Coli et des Kinder par des salmonelles. Ce nouveau cas risque de relancer le débat sur la place, trop importante, dévolue aux autocontrôles (c’est-à-dire réalisés par l’entreprise elle-même), pour s’assurer de la sécurité des aliments mis en vente. Seule l’intervention des autorités a mis un terme à la vente de produits Jay & Joy contaminés.

La consommation d’aliments contaminés à la listeria est généralement sans conséquence pour les personnes en bonne santé. En revanche, elle peut être grave lorsque le système immunitaire est fragile : personnes âgées, femmes enceintes et nouveau-nés. Il s’agit de la deuxième cause de décès d’origine alimentaire en France, selon l’agence sanitaire (Anses).

Ironie de l’histoire si l’on peut dire, les contaminations à la listeria sont particulièrement fréquentes sur les fromages, notamment au lait cru. L’affaire Jay & Joy démontre que les alternatives au fromage, sans produits d’origine animale, ne sont pas à l’abri de ces risques. Surtout en cas de négligence du producteur. « La sécurité alimentaire est notre priorité autant que la promotion d’une meilleure alimentation grâce à des produits vegan et bio », assure le communiqué de presse de l’entreprise.

Article actualisé le 23 janvier à 12h08 avec la réaction de la société Jay & Joy