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Transports - Auto

Véhicules autonomes : seconde chance pour Easymile, renfloué par ses actionnaires

Placée en redressement judiciaire à l’été 2024, la start-up est relancée par son patron avec l’aide notamment de Bpifrance. Mais les effectifs seront réduits.

Le tracteur autonome EZTow développé par Easymile avec l’équipementier aéroportuaire TLD
Le tracteur autonome EZTow développé par Easymile avec l’équipementier aéroportuaire TLD Easymile

Alstom et Continental avaient rejoint la liste de ses actionnaires en participant à ses levées de fonds… Malgré des soutiens de poids, et un peu moins d’une centaine de millions amassés entre 2017 et 2021, Easymile n’aura pas su éviter la sortie de route. La start-up spécialisée dans les logiciels pour véhicules autonomes avait dû changer de business model, « pivotant » du transport de passagers vers la logistique - plus précisément vers les tracteurs de marchandises intelligents utilisables dans des aéroports ou des sites industriels. Prise en étau entre des ventes tardant à décoller et ses coûts de R&D, l’entreprise faisait face à une impasse de trésorerie qui l’a amenée à déposer le bilan à l’été 2024. Son patron, Gilbert Gagnaire, avait laissé entendre qu’il comptait bien présenter un plan de continuation pour continuer l’aventure. L’entrepreneur a gagné son pari : le schéma négocié par la société avec les créanciers et ses actionnaires a été entériné le 31 mars dernier par le tribunal de commerce de Toulouse, a appris l’Informé.

Le plan de redressement prévoit une recapitalisation de la société par plusieurs de ses actionnaires. Selon nos informations, Bpifrance, les fonds Searchlight, Nextstage et McWin ont accepté de remettre au pot aux côtés de Gilbert Gagnaire et de sa société Fermat 1994. Ils ont décidé de réinvestir 17 millions d’euros, dont 10 millions d’euros dans l’immédiat et 7 millions d’euros en janvier prochain. Cette réinjection de fonds s’accompagne d’une réduction drastique des 36 millions d’euros de passif de la société - refonte approuvée par une majorité de classes de créanciers. Les quelque 8 millions d’euros restants seront remboursés sur des périodes s’étalant de trois à dix ans selon la nature de la dette.

Le plan de redressement table sur un retour à un Ebitda positif en 2027 et un chiffre d’affaires « normalisé » en 2030 - ses ventes ne ressortaient qu’à 10 millions d’euros en 2023 contre 16 millions en 2020. Mais le plan prévoit aussi une réduction conséquente des effectifs puisque, si Easymile comptait 240 salariés lorsqu’elle a été placée en redressement judiciaire mi-2024, seuls 124 équivalents temps plein seront maintenus, selon le jugement. Pour rebondir, la société compte beaucoup sur les liens qu’elle a développés avec le champion français des équipements aéroportuaires Alvest et plus particulièrement sa filiale TLD, au travers de la joint-venture Tracteasy. Ce partenariat a vocation à accélérer la commercialisation du tracteur de remorquage autonome EZTow. Easymile précise à l’Informé que ses tracteurs équipent déjà des sites « majeurs » en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie et au Moyen-Orient, qu’il s’agisse d’implantations industrielles (BMW, Daimler Truck, Bosch...) ou d’aéroports (notamment deux des plus grands au Japon).

Easymile est donc parvenu à s’offrir une seconde chance alors que Navya, l’autre grand espoir tricolore dans les véhicules autonomes, a connu de son côté un destin beaucoup plus mouvementé. Coté en Bourse, ce dernier avait lui aussi été placé en redressement judiciaire mi-2023 sur fond de chiffre d’affaires en chute libre, de pertes, de crises de gouvernance à répétition et d’une vrai-fausse levée de financement auprès d’un fonds du Bahreïn, qui s’est avérée être une escroquerie selon la société. Le constructeur de matériel de levage Gaussin et le japonais Macnica avaient fini par reprendre ses actifs à la barre du tribunal.