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Continuer la lectureAviation civile : un nouveau patron pour la DGAC
Face aux nombreuses réformes à mettre en place pour redresser l’efficacité du contrôle aérien français, l’État a choisi un profil original, passé par le privé, pour succéder à Damien Cazé à la tête d’une administration de 10 000 agents.
Enfin une nomination dans le secteur public qui n’a pas traîné en longueur. À la différence des présidences de la SNCF et de La Poste, pour l’instant assurées « par intérim » dans l’attente de l’officialisation d’un successeur, les services de l’État se sont rapidement accordés sur un nom pour prendre la direction générale de l’aviation civile (DGAC) et ses 10 000 agents, dont 7 000 aiguilleurs du ciel. Une candidature a rapidement émergé après que Damien Cazé a annoncé, mi-juin, souhaiter quitter ses fonctions pour revenir à la Cour des comptes, son corps d’origine. Cet ancien conseiller d’Édouard Philippe à Matignon devrait prendre la présidence de la quatrième chambre de la juridiction financière, selon Intelligence online. Selon nos informations, pour le remplacer, le gouvernement devrait proposer au président de la République de nommer Chems Chkioua, un ancien de la DGAC aujourd’hui chez le motoriste aéronautique Safran.
Sa nomination devrait être proposée et entérinée lors d’un des deux conseils des ministres qui se tiendront avant le 8 septembre, pronostiquent plusieurs sources gouvernementales. C’est en effet à cette date que se tiendra le vote de confiance sollicité par le premier ministre François Bayrou aux députés. LFI, le RN, les Écologistes, le PS et les communistes ayant d’ores et déjà annoncé qu’ils voteront contre, son gouvernement se retrouve sur la sellette. « Le poste est stratégique et Damien Cazé part au 1er septembre : il ne faudrait pas que cette nomination soit empêchée par l’instabilité politique actuelle », juge un expert du secteur.
Sans être passé ni par l’Ena ni par l’École nationale de l’aviation civile, « la candidature de Chems Chkioua s’est imposée rapidement dans les cabinets ministériels, indique une source proche du dossier. Des profils ont bien été sollicités, notamment à l’extérieur, mais son expérience passée de la DGAC et son passage dans le privé cochaient toutes les cases du profil recherché. » Ingénieur diplômé de l’École nationale des sciences géographiques, passé par l’Essec et les Ponts et Chaussées, il a débuté sa carrière à l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière) avant de rejoindre la DGAC, d’abord comme chef du bureau chargé de la recherche, une instance qui a la haute main sur le financement des programmes et la validation des technologies.
Chems Chkioua a ensuite été promu chef du service du contrôle aérien de Roissy-Le Bourget, le plus grand de l’Hexagone. « Il a mis les mains dans le cambouis, il saura dès le premier jour de quoi il parle », prévoit un expert du secteur. Il a rejoint le groupe Safran en 2019, comme directeur de l’innovation et de la recherche à l’international. Depuis 2022, il était directeur de l'innovation de Safran Electronics & Defense, la division chargée des hautes technologies pour l’aéronautique civile et militaire (drones, commandes de vol, optronique, capteurs, …).
« Il a des compétences dans les hautes technologies aéronautiques avec une expérience dans le privé qui en font le bon candidat pour mettre en place la feuille de route des réformes de l’aviation civile », indique une source gouvernementale. Le programme est en effet chargé : un « protocole social » a été signé en 2023 avec les syndicats de la DGAC listant, en échange d’une augmentation des rémunérations, tout un ensemble des mesures qui doivent être mises en œuvre d’ici 2027 afin de renforcer l’efficacité du contrôle aérien français. Le secteur reste marqué par des performances « médiocres », selon un rapport du sénateur Vincent Capo-Canellas (Union centriste), avec une proportion de vols en retard supérieure à ses homologues européens, ce qui représente un coût non négligeable pour les compagnies aériennes. La feuille de route comprend un regroupement des centres de contrôle sur le territoire, une modernisation des outils et une plus grande flexibilité dans le temps de travail. Le sujet des très décriées « clairances », ce système où l’absence d’un agent n’est pas décomptée de son temps de travail, est en passe d’être résolu : un badge biométrique doit commencer à être déployé très prochainement dans les centres de contrôle aérien.
Contactés par l’Informé, le cabinet du ministre des transports, Philippe Tabarot, et Chems Chkioua n’ont pas souhaité commenter nos informations.