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Continuer la lectureRetards de livraison : Stellantis réinternalise le transport de ses véhicules
Un an après avoir vendu ses parts dans le transporteur Gefco, le groupe de Carlos Tavares change à nouveau de stratégie et reprend sa logistique en main. Il a racheté une entreprise spécialisée et incite ses ouvriers à se reconvertir en chauffeurs routiers.
Attendre sa nouvelle voiture deux, trois, six mois ? Les amateurs de modèles Peugeot ou Citroën ont dû s’y habituer. Selon le classement de Auto-Infos-Mobilians, les marques du groupe Stellantis étaient parmi les moins fiables en termes de délais de livraison en 2022. La faute à la pénurie des semi-conducteurs, bien sûr. Mais aussi, à des problèmes logistiques en sortie d’usine. Il y a un an, des milliers de véhicules étaient ainsi bloqués en bout de ligne, à Sochaux. Alors le groupe reprend les choses en main. Selon nos informations, le constructeur automobile a finalisé cet été le rachat d’une petite entreprise de transport avec l’ambition de lui ajouter rapidement de nouvelles capacités pour qu’elle absorbe des volumes toujours plus importants.
Le revirement stratégique est complet pour Stellantis : l’an dernier, le groupe cédait les 25 % qui lui restaient encore au capital de son transporteur historique Gefco. « La vente de cet actif, non stratégique, marque l’étape finale de notre plan de sortie, initié il y a dix ans, du secteur du transport et de la logistique », se félicitait même à l’époque le directeur général Carlos Tavares. Un projet de diversification des fournisseurs de logistique, baptisé « Thor », a été mis sur pied pour succéder à une organisation reposant à 100 % sur Gefco, mais « il s’est heurté rapidement à la pénurie de chauffeurs d’Europe de l’Est après le déclenchement de la guerre en Ukraine, où beaucoup se sont retrouvés mobilisés », rappelle un représentant syndical. Cette organisation avait occasionné une série d’incidents dans la livraison des marques Peugeot, Citroën et Opel. Des retards et même des véhicules égarés.
Pour réduire le délai d’attente de ses clients, Stellantis a lancé un groupe de travail au niveau européen. Un des principales conclusions a été d’internaliser les processus logistiques. Le groupe a donc pris cet été le contrôle d’Aubonneau, une PME de Gironde. « C’est une entreprise qui ne compte que 6 salariés et trois camions porte-voitures, mais elle permet à Stellantis de détenir une licence de transport automobile qu’elle peut exploiter dès à présent, indique un proche du dossier. L’objectif est que la flotte augmente rapidement pour prendre en charge un maximum de véhicules. » En septembre, elle comptait déjà une quinzaine de camions, un chiffre qui devrait doubler prochainement.
Cette « nouvelle » activité devrait être intégrée dans une holding baptisée i-Fast Automotive Logistics, l’entité de livraison automobile de Fiat-Chrysler Automobiles (FCA). C’est d’ailleurs l’ex-directeur logistique de FCA France (avant la fusion avec PSA), Piero Grassi, qui devrait en prendre la tête. Il a été nommé en janvier dernier directeur logistique (car flow manager) des marques de Stellantis en France.
Pour fournir les rangs de la nouvelle entité en chauffeurs routiers, Stellantis a battu le rappel en interne. Dès le début de l’année 2023, Carlos Tavares a lui-même animé un séminaire interne, ouvert à tous les ouvriers des usines du groupe pour les inciter à se reconvertir en conducteurs de camion, tout en restant au sein de Stellantis. Ce premier appel au volontariat a reçu 70 candidatures en France et 150 au niveau européen. « Les salariés qui s’engagent dans cette mise à disposition sont pris en charge pour des sessions de formation de 3 à 6 mois, notamment pour obtenir le permis poids lourds et la Fimo (Formation initiale minimale obligatoire), avant d’être validés pour le poste », indique un responsable syndical central. Signe de l’importance accordée par la direction aux problèmes de livraison : un deuxième appel au volontariat a été lancé le mois dernier, cette fois accompagné d’une prime à la reconversion de 800 euros mensuels.