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Continuer la lectureStellantis : sans la 208 électrique, les pistes pour l’usine de Poissy
Un temps espéré, la relocalisation en France de la production de la citadine électrique semble largement compromise. Ce sont finalement les marques italiennes du groupe qui pourraient assurer l’avenir du site francilien.
L’impatience est palpable chez les 2 500 salariés de l’usine Stellantis à Poissy. À ce jour, le site industriel des Yvelines est le seul en France qui n’a pas encore de production programmée pour assurer son avenir. En pointe sur les motorisations électriques, il fabrique depuis 2019 la DS3 Crossback et l’Opel Mokka depuis 2020. Des modèles loin d’être confidentiels mais qui en sont à la moitié de leur cycle de vie : les volumes ne pourront suffire à garantir l’avenir de l’usine d’ici cinq ans. Alors les ouvriers attendent des annonces rassurantes du groupe et elles tardent à venir. Depuis la fusion PSA-Fiat Chrysler et la bascule vers l’électrique en Europe, « tous les sites français ont bénéficié d’une décision d’attribution d’un nouveau modèle leur permettant d’envisager sereinement le futur, sauf le nôtre, déplore un délégué du personnel. Poissy est le seul qui n’a pas de vision au-delà de ce qu’il fabrique aujourd’hui. »
Un temps, l’usine tricolore a cru son avenir assuré grâce à la Peugeot e-208. Actuellement en Slovaquie, la production de cette citadine verte doit être transférée ces prochains mois et l’usine des Yvelines semblait toute désignée pour l’accueillir puisque ce modèle intègre la même plateforme (châssis et batterie) que la DS3 Crossback et la Mokka. Récupérer cette production aurait ensuite permis à Poissy de se placer en candidat idéal pour fabriquer la prochaine version de la 208, qui sera lancée d’ici trois ans environ à partir de la future plateforme STLA Small sur laquelle Stellantis mise beaucoup. Pour le site francilien, cela aurait été une véritable aubaine : l’affaire lui aurait garanti au moins 8 années de production, avec, à terme, environ 300 000 unités vendues par an selon le groupe. Mais, en interne, nombreux ne croient plus à ce scénario tant espéré. En mai dernier, Carlos Tavares, le directeur général de Stellantis, confiait encore au Figaro qu’il avait « un très gros doute sur le fait que l’on puisse produire des véhicules électriques très compacts de façon rentable dans notre pays ». En cause, le coût élevé du travail et la concurrence chinoise qui s’apprête à inonder le marché européen avec des véhicules électriques à prix cassés.
Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, a pourtant multiplié les pressions, en jouant notamment sur les conditions d’octroi des aides à l’achat de véhicules propres. Le gouvernement, qui compte subventionner l’année prochaine le passage à l’électrique des Français avec un leasing social à 100 euros par mois, voudrait réserver son dispositif au made in France. Mais il en serait pour ses frais car seul Renault a décidé de relever le gant, avec la future R5 assemblée à Douai (Nord) avec des batteries du sino-japonais Envision produites dans le même département. Le patron de Stellantis, lui, plaide pour que le dispositif soit étendu à la production au sein de l’UE… et s’applique ainsi à sa future Citroën électrique (l’ë-C3) produite en Slovaquie, qu’il dévoilera en octobre.
Et, face à Paris, un adversaire ne lésine pas sur les subventions pour attirer les gros volumes de la e-208 : Madrid. Selon plusieurs sources, l’Espagne n’hésiterait pas à mettre sur la table plusieurs centaines de millions d’euros, trois fois plus que l’Hexagone. « Les autorités espagnoles se sont bien organisées pour mettre tout leur poids dans la balance et arriver à un chiffre élevé. Tandis que l’État français et les collectivités locales jouent en ordre dispersé, chacun cherchant à tirer la couverture à lui pour en retirer le meilleur bénéfice politique », regrette un membre du CSE central de Stellantis. L’Espagne a déjà gagné une première manche : le site de Saragosse est en train de récupérer progressivement la production de la e-208 actuellement fabriquée en Slovaquie… . Ce qui lui donne, on l’a vu, un avantage décisif pour la future version.
Alors à Poissy, on s’interroge sur la suite et le sentiment d’urgence s’intensifie. « L’Opel Moka est aujourd’hui à mi-vie et il faut deux à trois ans au moins d’investissements préparatoires pour lancer un modèle, craint-on sur le site. Il faut que la décision d’attribution tombe rapidement car on commence à être dans un timing un peu court. » À défaut de récupérer l’e-208, l’usine des Yvelines pourrait voir son salut venir des marques italiennes de Stellantis, selon nos informations. Le groupe franco-italo-américain pourrait choisir d’y lancer les futures citadines électriques d’Alfa Roméo ou de Lancia. « Je suis très confiant sur l’arrivée d’une voiture italienne à Poissy, confie un délégué syndical qui suit le dossier de très près. Alfa Roméo doit dévoiler en 2024 sa nouvelle citadine compacte » Au moment de la fusion PSA-FCA en 2021, Stellantis prévoyait aussi une feuille de route ambitieuse pour Lancia, avec trois nouveaux modèles prévus à partir de 2024. Poissy pourrait en profiter. « Il n’y a pas que Peugeot ou Citroën. Le groupe compte encore six ou sept marques, Fiat et Jeep par exemple, dont les prochains véhicules n’ont pas encore été attribués », indique la même source.
« La fusion PSA-FCA ouvre de nouveaux horizons avec un portefeuille fort de 14 marques, répond seulement un porte-parole du groupe. Mais rien n’est encore arbitré, on n’est pas encore entré dans le money time. » Les prochains « Plans à moyen terme », qui définissent les perspectives des usines du groupe pour les trois ans à venir, pourraient être décisifs. Ils seront annoncés aux salariés à partir de la fin de l’année. En cette rentrée, le groupe a décidé que l’heure était aux bonnes nouvelles : après le retour d’Alfa Roméo sur le segment des supercars avec un modèle dévoilé le 30 août, Peugeot présentera en septembre la version 100 % électrique de son SUV 3008, produit à Sochaux et doté de la toute nouvelle plateforme STLA Medium.