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Médias - Culture

L’appel d’offres XXL du Louvre pour renforcer sa sécurité

Caméras, logiciels, badges… le musée a lancé une commande publique de 57 millions d’euros huit jours après le cambriolage. La galerie d’Apollon est concernée.

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IAN LANGSDON / AFP

« Ce drame a profondément choqué les agents du Musée du Louvre. Il a profondément choqué nos concitoyens. Il a profondément choqué toutes celles et tous ceux qui aiment le Louvre et admirent nos collections, bien au-delà de nos frontières. » Ce 22 octobre, Laurence des Cars, la présidente du plus grand musée au monde, est venue s’expliquer devant le Sénat sur le spectaculaire vol des bijoux et joyaux de la couronne de France intervenu 3 jours plus tôt.

Pour sa défense, la dirigeante précise l’arsenal qu’elle compte déployer pour améliorer la protection des lieux : des équipements de sûreté incluant « une protection périmétrique complète en vidéoprotection qui couvrira l’ensemble des façades, la pose de caméras thermiques fixes et de levée de doute, ainsi que la mise en place d’un système d’hypervision analysant la totalité des caméras exploitées sur le domaine. » Coïncidence ou accélération d’un projet déjà dans les tuyaux ? Alors que la Cour des Comptes a brièvement expliqué dans son rapport de novembre que le musée avait lancé un appel d’offre en octobre, l’Informé a appris que celui-ci datait en fait du 27 octobre, soit huit jours après le cambriolage. Selon nos informations, le montant prévisionnel de ce chantier de « travaux de mise en sûreté du Louvre » avoisine 57 millions d’euros TTC et concerne, notamment, l’Aile Denon, qui abrite la galerie d’Apollon, lieu du larcin à 80 millions d’euros.

En début d’année déjà, une procédure sur un premier lot s’est clôturée ans le cadre d’un appel d’offres « restreint » auquel seuls des candidats sélectionnés par l’acheteur ont pu soumissionner. Cette démarche devait favoriser une certaine confidentialité, jugée primordiale. Il est ainsi noté que le titulaire et son personnel seront « tenus au secret professionnel à l’égard de toute personne pour tout ce qui a trait aux renseignements qu’ils pourraient recueillir au cours de leur mission ». En particulier « à l’égard des médias », précise le document. De même, la plus totale discrétion est requise sur « l’exécution du marché » et, en cas de violation de cette clause, le Louvre devra être averti « sans délai ».

Dans les deux lots confondus, « le projet prévoit pour l’ensemble du site, la mise à niveau des équipements de sûreté et sécurité qui comprend des travaux de réseau informatique, réseau électrique, vidéosurveillance, contrôle d’accès, détection d’intrusion, détection rapprochée des œuvres, Hypervision », indique l’un des documents du marché. Dans le détail, il s’agit d’une refonte de la vidéoprotection avec le déploiement de nouvelles caméras et la mise en place d’un logiciel d’exploitation des images. Le système actuel jugé très insuffisant par Laurence des Cars intègre notamment des caméras périmétriques, « vieillissantes », qui ne couvrent pas l’ensemble des façades de l’établissement.

L’objectif est aussi de rénover le dispositif de détection des intrusions en conservant les appareils et équipements existants. En revanche, « le réseau de distribution et les équipements d’acquisition (centrales d’alarme) seront à reprendre. » Il va falloir aussi concevoir un nouveau système de contrôle d’accès (les badges, portiques…) répondant aux besoins de certification du cyber-pompier de l’État, l’Anssi. Les postes de contrôle vont être refaits avec de nouveaux PC, murs d’images, sécurité incendie, éclairage… Le planning prévisionnel table sur un début des aménagements au premier semestre 2026 et une fin en 2033, notamment pour certains équipements réseaux. Signe de la prudence de la direction, lors du dernier conseil d’administration du 27 novembre, le déploiement de ce schéma complet n’a même pas été abordé. « Cela symbolise surtout une certaine forme d’opacité », juge un représentant du syndicat Sud Culture.

Ce marché intervient alors qu’à l’Assemblée nationale, la commission des affaires culturelles a voté mercredi 3 décembre en faveur d’une commission d’enquête sur la protection du patrimoine et la sécurité des musées. Cette initiative sera doublée d’une mission sur la sécurisation des établissements culturels, que vient de confier la ministre de la culture Rachida Dati au député Christophe Marion (Ensemble pour la République). « Une commission d’enquête a des pouvoirs plus étendus par définition qu’une mission confiée à un parlementaire, aussi bien et pertinent qu’il soit », a justifié Alexandre Portier (Droite républicaine), président de la commission des affaires culturelles.