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Continuer la lectureLa Ville de Paris ne récupérera pas l’œuvre de Banksy sur la porte du Bataclan
La collectivité voulait conserver la création du célèbre artiste urbain réalisée en hommage aux attentats de 2015. Mais le propriétaire de la salle de spectacle et sa famille viennent de gagner leur bras de fer après une longue bataille juridique. Le vendront-ils ?
Elle était apparue un matin de juin 2018, sur une porte du Bataclan. La silhouette d’une jeune fille triste, le visage baissé, pleurant les 130 victimes des attentats du 13 novembre 2015. Depuis, cette œuvre au pochoir signée Banksy est devenue l’un des plus émouvants symboles du drame survenu dans la capitale. Malheureusement, elle est, aussi, l’objet d’un combat judiciaire : depuis plusieurs années, la Ville de Paris et les propriétaires de la salle de concert se disputent la propriété de cette peinture à part. Selon nos informations, la Cour de cassation vient tout juste de mettre un terme à cette bataille, en tranchant en faveur de ces derniers. « Il ne faisait aucun doute que cette œuvre nous appartenait mais nous ne l’avons toujours pas récupérée, indique Daniel Habrekorn, auteur de Bataclan - Histoire d’une salle (Editions Robert Laffont) dont la famille possède l’immeuble depuis plus d’un siècle. La porte avait été volée puis récupérée en Italie par la police et elle est depuis conservée par la justice sous scellés. »
Lors d’un incroyable larcin commis dans la nuit du 25 au 26 février 2019 dans le passage Saint-Pierre-Amelot, les voleurs avaient découpé les gonds de la porte et s’étaient enfuis avec elle. Elle a ensuite été retrouvée un an et demi plus tard dans une ferme des Abruzzes, non loin de Rome, et tous les malfrats ont été arrêtés. Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là puisque la restitution de ce bien est devenue le sujet d’un combat. D’abord avec le groupe Lagardère, exploitant du Bataclan, puis avec son remplaçant, la Ville de Paris.
La municipalité estime que cet objet de mémoire devait lui revenir pour éviter qu’il soit vendu et quitte la France. Devenue exploitant de la salle de spectacle en 2021, via la société anonyme d’exploitation du Palais Omnisport de Paris-Bercy dont elle l’actionnaire majoritaire, la Ville a tenté d’empêcher la restitution de la porte. Après une première défaite en justice, elle a fait appel de cette décision mais 24 heures trop tard et sa saisine a donc été jugée irrecevable. Ce point de procédure vient d’être confirmé pour la cour de Cassation fin janvier mettant un terme définitif au conflit. Interrogée à ce sujet, la société d’exploitation n’a pas souhaité faire de commentaire. Que va faire la famille désormais ? « Nous sommes sept copropriétaires depuis le décès de mon frère et de ma sœur, détaille Daniel Habrekorn. Nous n’avons pas encore pris de décision à ce sujet mais je peux vous assurer que cette œuvre ne quittera pas la France. Et si nous devions la vendre, l’État pourrait encore exercer son droit de préemption. »
Le septuagénaire, aventurier, documentariste, devenu animateur sur Radio Courtoisie, fait référence à un dispositif utilisé récemment par le ministère de la Culture. Celui-ci a empêché une toile de Jean Siméon Chardin, Le panier de fraises, de quitter le territoire pour les Etats-Unis : le musée du Louvre a lancé une campagne de dons afin de trouver les 24,3 millions d’euros nécessaires à son acquisition. Le groupe de luxe LVMH a apporté 16,2 millions d’euros à lui seul et le Louvre a apporté sa contribution, pour un achat finalement réglé en février. Dans ce cadre, la mairie peut jouer un dernier atout pour récupérer le graffiti de Banksy. « En principe, l’État peut exercer le droit de préemption à la demande d’une collectivité comme la Ville de Paris, souligne un connaisseur. De toute façon la municipalité ne peut pas dire trop tôt ce qu’elle va faire sous peine de casser la procédure en faisant fuir des acheteurs privés potentiels. Mais un Banksy coûterait très, très cher. » Le prix de la jeune fille triste ? « Nous n’en avons aucune idée même si des estimations entre 500 000 et un million d’euros ont été avancées », ajoute Daniel Habrekorn.
À titre d’exemple, la fille au ballon avait été adjugée pour 21,8 millions d’euros en 2021, trois ans après avoir trouvé preneur pour 1,2 million d’euros. Entre-temps, il avait été réduit en lambeaux par un broyeur dissimulé dans le cadre et rebaptisé L’amour est dans la poubelle.