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Énergie - Environnement

Baignade dans la Seine : le tour de passe-passe de la Ville de Paris pour masquer la (grosse) facture

Dans un rapport consulté par l’Informé, la Chambre régionale des comptes Île-de-France dévoile la dépense exorbitante de la mairie pour rendre la Seine baignable lors de Paris 2024 et ensuite. Et comment la municipalité l’a masquée dans les coûts d’assainissement.

Anne Hidalgo, maire de Paris, s’était baignée dans la Seine le 17 juillet 2024.
Anne Hidalgo, maire de Paris, s’était baignée dans la Seine le 17 juillet 2024. AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP

Cet été, les parisiens ont pu profiter pour la première fois d’un héritage des Jeux olympiques : la baignade dans la Seine autour de trois sites, situés à Bras Marie (4e), Bras de Grenelle (15e) et Bercy (12e). Anne Hidalgo avait annoncé, fin août, que l’opération avait bénéficié à près de 100 000 baigneurs. En revanche, la maire de Paris s’était bien gardée de révéler le coût réel du dispositif.

Ce travail a été effectué par la Chambre régionale des comptes Île-de-France (CRC IDF) dans un rapport qui sera examiné mi-novembre en Conseil de Paris. Consulté par l’Informé, le document de 62 pages fait le bilan des dépenses liées à la baignabilité de la Seine pour les JO, entre 2017 et 2024. Ce rapport vient compléter une première évaluation de la Cour des comptes sur le coût global des JO, publiée en septembre, dont une partie était consacrée au plan baignade. Le montant total des travaux pour l’organisation de cette épreuve dans la Seine avait alors été évaluée à 331 millions d’euros.

Tour de passe-passe financier

Le rapport de la CRC IDF apporte un éclairage nouveau sur le schéma de financement à l’échelon parisien. Les magistrats financiers ont passé au peigne fin les comptes de l’Hôtel de ville depuis huit ans. « Le coût total des mesures prises par la Ville de Paris pour assurer la baignabilité du site olympique s’élève à 5,06 millions en fonctionnement et à 129,55 millions d’euros en investissement », révèle le rapport. Mais sur ce montant de 134,61 millions d’euros, il faut retrancher les investissements pris en charge par deux autres structures. Soit 49,75 millions d’euros de subvention en provenance de l’agence de l’eau Seine-Normandie (AESN) – chargée de la lutte contre la pollution – et du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP). Au final, « le coût net du plan baignade [pour l’Hôtel de ville] est de 84,85 millions d’euros », conclut le rapport.

La Cour s’est plongée dans la comptabilité de la mairie pour tracer l’origine de ces 84,85 millions d’euros de dépenses entre 2017 et 2024. Il en ressort un constat préoccupant. Celle-ci s’est livrée à un tour de passe-passe financier, en inscrivant l’essentiel de ses investissements sur le budget annexe de la ville dédié à l’assainissement. Une anomalie repérée et critiquée par les rapporteurs : « Il apparaît que le budget principal de la Ville de Paris doit assumer une contribution supérieure à ce qu’il assume à ce jour. À défaut, c’est l’usager du service public d’assainissement qui supporte une partie des charges au lieu du contribuable parisien […] Ce manque de rigueur dans la gestion des flux croisés entre budget principal et budget annexe est particulièrement étonnant pour une collectivité de la taille de la Ville de Paris ».

S’agit-il à l’arrivée de dépenses inconsidérées ? Les magistrats ont déduit, au regard de ces chiffres, que « le coût de revient d’une baignade en eaux libres est environ trois fois supérieur à celui d’un passage en piscine fermée ».

Des baignades durables ?

Un dernier point alerte les contrôleurs de la CRC, et non des moindres. La pérennité des sites de baignade, dans les années à venir, en raison des risques de pollution. La qualité de l’eau doit répondre aux recommandations de l’Agence régionale de santé (ARS), qui assure un contrôle sanitaire durant la saison estivale. Ce contrôle porte sur la qualité microbiologique de l’eau, à travers deux indicateurs, Escherichia coli et les entérocoques. Les magistrats se montrent très réservés : « Les investissements consentis par la Ville de Paris ne suffisent pas à éliminer toute source de pollution sur les plages héritage au cours des épisodes de pluie modérée. » Avant d’ajouter : « Aucune donnée bactériologique ne permet aujourd’hui de projeter un classement suffisant des eaux de la Seine pour une baignade pérenne ».