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Continuer la lectureLogistique : dans la tourmente, la famille Deret prête à vendre sa pépite
Le numéro 5 français du secteur évalue ses options alors que le patriarche Lucien Deret, sa femme et sa fille ont été mis en examen dans le cadre d’une enquête pour soupçons d’abus de biens sociaux.
C’était une success-story familiale sans accroc. Mais tout s’est un peu compliqué pour Deret, le numéro 5 français de la logistique avec 550 millions d’euros de chiffre d’affaires*. En juin dernier, Lucien Deret (84 ans), sa femme Asmaa, à la tête du petit pôle hôtelier développé par le groupe, et leur fille Lina, nommée directrice générale de Deret trois ans plus tôt, , étaient tous les trois mis en examen dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons d’abus de biens sociaux. « Cette décision s’accompagne de mesures provisoires à leur encontre telle que l’empêchement d’exercer leurs fonctions au sein du groupe », avait alors réagi dans un communiqué le logisticien de 7 000 salariés basé à Saran, près d’Orléans. C’est dans ce contexte qu’une page supplémentaire pourrait se tourner prochainement. Car selon nos informations, Deret réfléchit activement à une vente.
La banque d’affaires Lazard l’accompagne sur le sujet, a effectivement appris l’Informé. La décision en faveur d’une cession n’aurait pas encore été tranchée, mais certains candidats potentiels se seraient déjà manifestés. Le dossier va-t-il attirer de grands acteurs de la logistique prêts à jouer la carte de la consolidation, notamment des Français comme Geodis (qui vient de racheter le transporteur Malherbe), FM Logistics voire CMA CGM ? Les fonds pourraient-ils avoir leur mot à dire ? Les jeux semblent encore ouverts.
Les travaux en cours font partie de la mission héritée par Alexis Ravalais, qui a été nommé directeur général en décembre dernier pour renforcer la gouvernance du groupe. Le logisticien a fait appel à un manager qui, après des débuts dans la banque d’affaires chez Rothschild & Co, a longtemps officié dans la galaxie Casino, époque Jean-Charles Naouri, notamment comme directeur financier puis comme CEO de la holding Rallye. Jusqu’en août dernier, le quadragénaire a aussi piloté pendant neuf mois Segula Technologies, groupe d’ingénierie qui était alors engagé dans une restructuration financière (aujourd’hui bouclée).
Outre sa taille - qui avait doublé en 2022 avec la prise de contrôle du logisticien nordiste Log’s - Deret a quelques atouts pour séduire des concurrents. Le groupe créé en 1947 par Robert Deret (le père de Lucien) est le grand spécialiste de la logistique fine et ultra-technique pour le luxe, la cosmétique et la mode. LVMH utilise ses services depuis une trentaine d’années, pour le compte de Louis Vuitton et son enseigne Sephora. Marionnaud fait également partie de ses clients. Deret travaille aussi pour l’industrie pharmaceutique, un débouché pour lequel il est par exemple en train d’étendre son entrepôt du Cosmetic Park de Boigny-sur-Bionne, non loin d’Orléans. Le groupe compte plus de 2 millions de mètres carrés de surface logistique, en propre ou comme locataire. Il totalise aussi une grosse douzaine de sites de transport routier. Il reste néanmoins encore très franco-français, à l’exception de trois implantations au Maroc. Une expansion dans d’autres pays européens faisait initialement partie de ses plans avant que l’enquête ne vienne chambouler sa trajectoire.
Faut-il voir un lien entre cette procédure pour soupçons d’abus de bien sociaux (qui suit son cours) et les réflexions autour d’une vente ? Il n’y aurait aucune nécessité de changer de mains pour la société. « L’activité est solide. Aucun client n’est parti malgré le contexte et, même mieux, de nouveaux sont arrivés ces derniers mois, fait valoir un proche du groupe. Le chiffre d’affaires a augmenté l’an passé, et les marges de la société ont même progressé. » Selon plusieurs sources, Deret ferait aujourd’hui état d’un Ebitda proche des 50 millions d’euros. « Les réflexions sont plus le fruit de questionnements classiques d’un actionnaire familial qui réfléchit à l’avenir qu’autre chose », poursuit le même interlocuteur.
Deret avait été placée mi-2023 sous le coup d’une enquête préliminaire confiée à la brigade financière du service interdépartemental de police judiciaire d’Orléans, comme l’avait révélé La République du Centre. Selon le quotidien régional, les soupçons d’abus de biens sociaux portaient sur l’acquisition de biens potentiellement payés avec l’argent du groupe, mais utilisés par des dirigeants à titre personnel - notamment un bateau, des véhicules de collection et des actifs immobiliers. L’enquête a depuis été délocalisée auprès du pôle financier du tribunal judiciaire de Paris.
Interrogés par l’Informé sur ses réflexions autour d’une vente et sur l’enquête en cours, Deret n’a pas voulu faire de commentaires, tandis que Lazard n’a pas répondu à nos sollicitations.
*Chiffre d’affaires dans la logistique, ne tenant pas compte par définition du pôle hôtels en franchise que le groupe a développé (Novotel, Mercure, Holiday Inn, Ibis Budget…)