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Continuer la lectureLa SNCF contrainte de payer davantage pour le réseau ferroviaire français
Le prix des billets de train n’est pas près de baisser ! L’État pourrait imposer à la SNCF d’augmenter sa contribution annuelle à 1,8 milliard d’euros dès 2026, 700 millions de plus que cette année.
Les finances du groupe ferroviaire français se portent plutôt bien. Après des bénéfices records en 2022, la SNCF a encore affiché de très solides résultats au premier semestre 2023. L’occasion de stopper l’augmentation des prix des billets comme l’espèrent les usagers ? Ou d’accorder une plus importante augmentation salariale à ses troupes, alors que CGT et Sud envisagent une grève à Noël ? C’est en fait plutôt à l’entretien des rails que cette cagnotte va servir. Selon nos informations, à partir de 2026, l’opérateur devrait y injecter 700 millions d’euros de plus que cette année. Le résultat de très longues discussions avec l’État actionnaire.
« La situation de la SNCF s’améliore : ce n’est pas indigne qu’elle augmente sa contribution financière à l’amélioration du réseau ferré français », résume un conseiller ministériel. Il est vrai que celui-ci en a bien besoin, avec une moyenne d’âge - 28 ans - supérieure à celle des voisins européens ce qui provoque retards à répétition ainsi qu’engorgement des lignes. Une épine dans le pied du gouvernement et du PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, qui cherchent au contraire à doubler la part du train face à la route pour décarboner les transports.
La Première ministre Élisabeth Borne a évalué à 100 milliards d’euros les besoins d’ici 2040. Aujourd’hui, les investissements dans les voies, les caténaires et les systèmes de signalisation se montent à 3 milliards d’euros par an. Le gouvernement prévoit d’augmenter cette somme « par paliers successifs » à 4,5 milliards d’euros d’ici 2027. Le Contrat de performance entre l’État et SNCF réseau pour la période 2021-2030, jugé « insuffisant », sera ainsi revu à la hausse. « Un nouveau Contrat sera conclu avant la fin de l’année », assure-t-on du côté du gouvernement.
Pour 2024, la marche décidée par le gouvernement sera de 300 millions d’euros supplémentaires, selon le projet de loi de finances. L’augmentation sera financée à 100 % par la SNCF. Le groupe contribue déjà, sur ses bénéfices, au financement du réseau via le Fonds de concours de l’État pour le financement des investissements de SNCF Réseau. En 2022, il y a versé 400 millions d’euros. Cette année, il versera 1,1 milliard compte tenu de résultats exceptionnels de l’exercice 2022 (2,4 milliards d’euros). En 2024, ce sera donc 1,4 milliard. Un effort plus important, alors que les bénéfices dégagés par le groupe au premier semestre sont moins bons cette année (158 millions d’euros) qu’en 2022 (900 millions). « Les déplacements ont atteint un niveau record cet été et Geodis a réussi à préserver sa marge opérationnelle malgré le retour à la normale des tarifs de la logistique en 2023 », balaie, confiant, un administrateur.
Du coup, loin de geler ses tarifs, la SNCF travaille bien à une augmentation du prix des billets l’année prochaine. Les discussions sont en cours avec le gouvernement qui cherche de son côté à contenir la hausse, comme l’an dernier. SNCF Voyageurs avait alors mis en place un « bouclier tarifaire » sur les cartes d’abonnement et les TGV OuiGo, tandis que les prix des TGV Inoui, plus chers, et les abonnements entreprise avaient crû de 5 %.
Mais le pire est sans doute à venir pour les clients. Le gouvernement veut que la compagnie augmente encore plus son obole au-delà de 2024. Les débats autour du plan stratégique à 10 ans (2023-2032), que comptait présenter Jean-Pierre Farandou, ont été particulièrement tendus entre l’État et l’opérateur cet automne. Au départ, la SNCF proposait d’apporter 1,4 milliard d’euros en année de croisière (à partir de 2026) au Fonds de concours. Mais l’État a fait savoir, la veille du conseil d’administration du 12 octobre dernier, qu’il rejetait cette proposition, ainsi que l’a révélé l’Informé. Il a exigé que la SNCF augmente sa contribution à 1,8 milliard.
Jean-Pierre Farandou a fini par céder à cette demande, a appris l’Informé. « Elle peut permettre de débloquer la situation », a indiqué sobrement un représentant de Bercy. Un conseil d’administration doit se réunir le 5 décembre pour entériner le budget 2024. Le plan stratégique 2023-2032 devrait y être présenté. « Les discussions sont toujours en cours », indique une source proche du dossier. « Il n’y a pas de sujet, tranche-t-on au gouvernement. La priorité, c’est le réseau. La contribution de la SNCF au Fonds de concours est en fait une dépense pour l’État, qui doit renoncer à ses dividendes ». À ceci près que le groupe public, très endetté, n’a pas versé de dividendes à son actionnaire depuis 2014 : ses surplus étaient reversés à SNCF Réseau pour combler son déficit d’alors.