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Transports - Auto

Comment la SNCF se prépare au procès de l’accident mortel d’Eckwersheim

Pour l’assister dans le procès-fleuve qui se tiendra au printemps prochain, la SNCF a choisi de travailler avec de nouveaux avocats et communicants.

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FREDERICK FLORIN / AFP

L’accident d’Eckwersheim en Alsace, le 14 novembre 2015, reste le seul déraillement mortel d’un TGV jamais survenu en France. Il a marqué les esprits au sein de la SNCF avec onze décès et 42 blessés, provoqué par une « vitesse excessive ». Lors de l’ultime test d’homologation d’un tronçon de la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) vers Strasbourg, le train avec 53 personnes à bord, des salariés du monde ferroviaire et des membres de leur famille, avait déraillé à 20 km de Strasbourg. Le TGV avait abordé une courbe à 265 km/h, très largement au-dessus des 176 km/h autorisés. Sorti des voies, il avait ensuite percuté un pont et basculé dans le canal de la Marne au Rhin.

Plus de huit ans après l’accident, le groupe public, sa filiale gestionnaire des voies SNCF Réseau, le spécialiste de l’ingénierie ferroviaire Systra ainsi qu’un conducteur principal, un cadre et un pilote, devront répondre des faits de « blessures et homicides involontaires par maladresse, imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ». Pour ce procès-fleuve, attendu au Tribunal judiciaire de Paris du 4 mars 2024 jusqu’au 16 mai, le groupe sera à nouveau accompagnée par Emmanuel Marsigny, le même avocat qui l’avait défendu lors du procès de Brétigny-sur-Orge. Cet accident, dû à une pièce d’aiguillage défectueuse, a causé la mort de sept personnes dans le déraillement du Paris-Limoges le 12 juillet 2013. À l’issue de huit semaines de procès, la SNCF avait été jugée coupable en octobre 2022 d’homicides et de blessures involontaires par le tribunal correctionnel d’Évry. Le groupe, qui n’a pas fait appel, a aussi été condamné à une amende de 300 000 euros et à verser un total de 3,5 millions d’euros de dommages-intérêts en réparation des préjudices subis aux parties civiles.

De son côté, la filiale SNCF Réseau, qui avait bénéficié en octobre 2022 d’une relaxe par le tribunal d’Évry dans le procès de Brétigny, n’a pas reconduit son conseil, Antonin Lévy. Pour ce nouveau marathon judiciaire, le gestionnaire des voies ferrées a préféré être accompagné par Éric Dezeuze, associé chez Bredin Prat. Ce spécialiste du droit pénal des affaires, qui fut un des avocats de Jacques Chirac, conseille aujourd’hui le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, dans l’affaire MSC où il est mis en examen pour prise illégale d’intérêts, et Guy Wildenstein dont le procès en appel s’est ouvert le 18 septembre dernier devant la Cour d’appel de Paris pour fraude fiscale.

Lors de l’accident ferroviaire d’Eckwersheim, Systra était commanditaire des essais sur la LGV, qu’elle supervisait. L’entreprise d’ingénierie, détenue conjointement par la SNCF et la RATP, sera défendue par Philippe Goossens, avocat spécialiste du droit pénal des entreprises (Bouygues Travaux publics, Vinci, Schindler).

Sur le plan de la communication maintenant, la SNCF change d’expert. Elle ne sera plus accompagnée par l’ancien magistrat Guillaume Didier, à l’œuvre lors du procès de Brétigny-sur-Orge. Cet ex-conseiller de trois ministres de la justice successifs (Pascal Clément, Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie) a en effet quitté entre-temps son agence, Vae Solis, pour DGM Conseil, le cabinet de conseil stratégique du groupe Forward (ex-Avisa Partners). La compagnie s’est alors mise en quête d’un nouveau spin doctor. Au terme d’une mise en concurrence, le groupe a choisi de confier cette mission, sensible pour son image auprès du grand public, à Patricia Chapelotte. Cette communicante, ancienne conseillère d’un Garde des sceaux (Dominique Perben), a cédé son agence Albera Conseil au groupe Hopscotch, dont elle dirige depuis l’entité Hopscotch Décideurs. Patricia Chapelotte a par ailleurs été candidate aux municipales dans le 16e arrondissement de Paris en 2020, sur la liste LREM conduite par Agnès Buzyn. Elle travaillera en lien avec les équipes internes de Stéphanie Rismont, la directrice de la communication et de la marque SNCF.