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Transports - Auto

SNCF : la facture astronomique du désamiantage des trains

Le groupe ferroviaire fait tourner sept usines à temps plein pour démanteler les milliers de wagons et motrices contenant encore la fameuse fibre. Le coût du chantier approche toujours les 450 millions d’euros

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LOU BENOIST / AFP

Voilà plus de 25 ans que l’usage de l’amiante est interdit en France et pourtant le sujet pèse toujours sur les finances de la SNCF... Fin 2022, le montant des provisions prévues par le groupe ferroviaire pour le désamiantage des wagons et locomotives produits avant l’interdiction atteignait encore 443 millions d’euros. Cela correspond au coût total, tel qu’il est estimé par l’entreprise sur plusieurs années, de l’ensemble du chantier, très technique et requérant des normes de sécurité maximales. « C’est un montant important, reconnaît-on à la direction financière de la société publique. Il représente 40 % du total des provisions pour risques et charges de l’ensemble du groupe. » À titre de comparaison, le désamiantage de la Tour Jussieu à Paris, achevé en 2015, n’avait coûté « que » 175 millions d’euros (hors réhabilitation).

La SNCF a mis longtemps à prendre le sujet du désamiantage au sérieux. Jusqu’en 2010, seules quelques rames amiantées avaient été démantelées. Quand les wagons et motrices étaient sortis du service commercial (« radiés » dans le jargon interne), « ils étaient simplement stationnés dans les gares de triage, rappelle-t-on à la direction du matériel de SNCF Voyageurs, qui pilote le dossier pour le groupe. Le problème a dû être traité quand il a manqué de place et que cela créait des problèmes de voisinage et de respect de l’environnement. Le premier appel d’offres de désamiantage a été lancé fin 2010, on partait d’une page blanche : il n’existait aucun prestataire avec les capacités techniques pour réaliser du démantèlement ferroviaire. »

La montée en puissance a été particulièrement lente : la première usine de désamiantage n’a été mise en service qu’en 2013 à Arnage, près du Mans (Sarthe). Et il a fallu attendre 2018 pour qu’un plan stratégique à 10 ans soit mis en place. À cette date, 5000 locomotives, motrices TGV et remorques (des « caisses » en langage cheminot) s’entassaient sur les rails en attente d’être curées et découpées, soit au total plus de 100 km de voies ferrées !

« Au lancement, l’objectif était de démanteler au total 12 000 caisses et il y avait tout à faire : un sujet technique à maîtriser et la filière industrielle à mettre sur pied », défend-on à la direction du matériel de SNCF Voyageurs. C’est seulement en 2020 que les sites comme les prestataires techniques sont arrivés à une maturité opérationnelle. Aujourd’hui, sept usines spécialisées, opérées par des sous-traitants, sont en état de marche dont deux sur des sites de la SNCF, au Technicentre de Saintes (17) et à celui de Romilly-sur-Seine (10). Après avoir ôté tout le mobilier (rideaux, sièges, toilettes…), l’opération consiste en un retrait des pièces en contact avec l’amiante, qui se réalise en « salle blanche », c’est-à-dire isolée à 100 %, par des ouvriers qualifiés. Elle s’achève par le découpage des matériaux restant.

À fin mars 2023, 5000 wagons et locomotives ont été désamiantés et découpés. La montée en charge s’est confirmée l’année dernière avec 1200 caisses démantelées, soit une centaine de plus qu’en 2021, pour un coût net de 46 millions d’euros. « Nous avons réalisé 41 % de l’objectif du plan stratégique, se félicite-t-on à la direction du matériel de SNCF Voyageurs. L’organisation industrielle mise en place a réussi à diviser par deux le nombre de caisses stationnant sur les voies en attente d’être démantelées », qui n’atteint plus que 2700 unités.

D’ici la fin du plan, en 2028, il reste environ 7000 caisses à traiter. « Nous sommes dans les temps, avec même une petite avance », avance-t-on à SNCF Voyageurs. Et bonne nouvelle pour les finances du groupe : la filière de démantèlement mise en place permet désormais le recyclage de plus de 90 % des matériaux et génère donc des recettes qui viennent atténuer la douloureuse. Acier, aluminium, cuivre, inox... 70 000 tonnes de métaux ont été valorisées en 2022 auprès de filières de recyclage en France et en Europe. Ils ont généré une recette de 67 millions d’euros (qui vient réduire la facture du désamiantage). Seuls manquent encore au recyclage le plastique polyester des nez de TGV et le verre des vitres extérieures, de conception spécifique. Mais SNCF Voyageurs entend bien aboutir, à terme, au zéro déchet.