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Continuer la lectureGare du Nord : la SNCF réclame 350 millions d’euros à la foncière d’Auchan
Alors que le projet de rénovation de la gare a viré au fiasco, les deux anciens partenaires se poursuivent mutuellement, exigeant chacun des indemnités considérables.
Le chantier avorté de transformation de la Gare du Nord à Paris vire au bras de fer judiciaire entre la SNCF et son ex-partenaire Ceetrus, la foncière du groupe Auchan. Selon nos informations, les deux anciens associés se retrouveront devant le tribunal de commerce de Paris le 2 février. Le groupe ferroviaire réclame au total 351 millions d’euros à Ceetrus après le fiasco de ce chantier de rénovation pharaonique. Dans le détail, une première demande de la SNCF concerne le versement de 47 millions d’euros en garantie de bonne fin des travaux. Ce sujet sera au cœur de l’audience à venir devant le tribunal de commerce. À cette somme s’ajoute une seconde réclamation d’indemnité de 304 millions d’euros. Cette saisine sera, elle, traitée ultérieurement par le tribunal administratif de Paris. Lors de premières discussions formelles entre les deux parties, ces deux demandes avaient été intégralement rejetées par la foncière. Contactée, la SNCF a indiqué ne pas pouvoir « donner davantage de précisions » sur l’affaire en cours.
Ce conflit trouve ses racines en 2019. Cette année-là, SNCF Gares & Connexions, la branche chargée du développement commercial des gares, choisit Ceetrus pour s’allier dans une coentreprise, Gare du Nord 2024, détenue respectivement à 34% par le premier et à 66% pour le second. Cette structure doit s’occuper des travaux et de leur financement afin de rénover la gare la plus fréquentée d’Europe, qui voit passer dans ses halls et couloirs plus de 700 000 voyageurs par jour. L’objectif est d’être prêt avant la Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux Olympiques de Paris en 2024. De lourds travaux sont prévus pour tripler la superficie totale de la station et multiplier par cinq les surfaces consacrées aux services et commerces. Ce contrat accorde par ailleurs l’exploitation et la gestion des activités de commerces et services par la coentreprise pour une durée de 46 ans.
Mais divers problèmes viennent compliquer la donne. La mairie de Paris ne soutient pas complètement ce projet jugé trop commercial. Le coût des travaux dérape, amenant l’enveloppe globale à 1,5 milliard d’euros. Et un « retard considérable » se dessine, selon les déclarations de la SNCF. La fin du chantier est ainsi repoussée à 2026 dans le meilleur des cas. Inacceptable pour la société de chemin de fer qui rompt le contrat le 21 septembre 2021. La compagnie ferroviaire exige même une indemnité auprès de Gare du Nord 2024, sans doute parce qu’elle anticipe le courroux de son partenaire et craint qu’il ne lui réclame de l’argent pour avoir cassé leur accord. De fait, Ceetrus attaque à son tour le groupe de transport… via leur coentreprise, dans laquelle la foncière est majoritaire. La structure commune réclame 341,8 millions d’euros à la SNCF, son actionnaire minoritaire donc ! Cette dernière procédure avait été dévoilée par le journal La Tribune.
La régularité de la résiliation du contrat sera au centre de la procédure devant le tribunal administratif, qui jugera l’affaire sur le fond, et tranchera sur les indemnités réclamées de part et d’autre. Saisi en janvier 2022 par la société Gare du Nord 2024, puis quelques semaines plus tard par la SNCF, le tribunal administratif pourrait rendre sa décision d’ici 6 mois, au mieux.
Un nouveau projet de rénovation beaucoup plus modeste
Jointe par l’Informé, New Immo Holding, la maison mère de Ceetrus, qualifie cet abandon du contrat « d’incompréhensible » et « le dénonce car il pénalise les usagers, les habitants du quartier, les touristes, les commerçants. Cette décision prive aussi la SNCF d’une gare transformée et de recettes importantes. Ceetrus fera valoir ses droits dans le temps ». Pour la foncière, l’abandon de ce programme de rénovation est un nouveau revers. En 2019 déjà, elle avait dû renoncer à son méga projet EuropaCity, qui prévoyait l’installation massive de commerces, loisirs et logements à Gonesse (Val-d’Oise). L’entreprise avait trouvé un associé, le chinois Wanda Group, pour financer ce colossal investissement de plus de 3 milliards d’euros. Mais le gouvernement avait fini par enterrer le dossier face aux multiples contestations.
Pour la Gare du Nord, en attendant que la justice rende son verdict, le groupe public a revu ses ambitions à la baisse avec un nouveau plan, Horizon 2024, destiné à créer une gare « plus verte, plus lisible, plus fluide (...) et plus ouverte sur la ville ». Circulation des passagers repensée, éclairages revus, amélioration des échanges avec les quais souterrains du RER… Ce plan devrait coûter 30 millions d’euros.