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Le repreneur de Leavy placé à son tour en liquidation judiciaire

La start-up qui se voulait le « Airbnb européen » avait été rachetée par une filiale du groupe hôtelier Zenitude.

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Après des années de success story, les ennuis s’amoncellent pour Leavy. En avril dernier, nous vous révélions comment cette start-up qui propose de louer appartements et maisons en l’absence de leurs propriétaires avait été placée en redressement judiciaire suite à d’importantes difficultés financières. Une offre de reprise avait alors été déposée par la société TRL Gestion, gestionnaire de fonds appartenant au groupe hôtelier Zenitude et à ses fondateurs Thomas et Romain Lubrano. Le 30 juin dernier, le tribunal de commerce de Paris prononçait la liquidation judiciaire de Leavy et arrêtait le plan de cession de l’entreprise à TRL Gestion, pour la somme de 100 000 euros. Ce plan prévoyait, entre autres, la garantie de l’emploi des 34 salariés ainsi que le maintien des prestations de services déjà réservées sur la plateforme.

Mail trompeur

La nouvelle avait logiquement réjoui les nombreux utilisateurs de la plateforme : d’un côté, les « happy leavers », c’est-à-dire les propriétaires, qui attendaient le versement de leurs loyers, et de l’autre les « host on demand », autoentrepreneurs chargés de l’entretien des logements qui attendaient leurs paiements. Au cours de l’été, nombre d’entre eux ont reçu un mail de Leavy indiquant que leur paiement avait été effectué et devait arriver sous 5 jours sur leur compte… mais personne ne verra finalement la somme arriver sur son compte. « C’est ce qui nous a mis à bout », confie Antoine*, l’un des utilisateurs lésé auprès de l’Informé.

Mais comment expliquer un tel imbroglio ? Il semblerait que le repreneur n’était pas aussi solide qu’il a bien voulu le dire au Tribunal de commerce de Paris. Dans son offre de rachat, TRL Gestion avait mis en avant la santé financière florissante de sa maison mère Zenitude Groupe. Chiffre d’affaires en expansion (presque deux millions d’euros en 2020, 2,6 en 2021 et 3,6 en 2022), « solidité de ses capitaux propres », « résistance à la crise covid », tout semblait rose. La holding se targuait aussi d’avoir « su gagner la confiance d’un nombre croissant de propriétaires bailleurs de chambres d’hôtel, d’appartements de résidences services et résidences étudiantes, fidéliser une clientèle toujours plus nombreuse et devenir un acteur incontournable du secteur hôtelier et para-hôtelier de qualité. » L’acquisition de Leavy par TRL Gestion devait d’ailleurs se faire grâce aux fonds propres de Zenitude Groupe. Et dans leur compte d’exploitation prévisionnel, la société visait haut, tablant sur un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros en 2027 pour Leavy.

Des prévisions assez utopiques au regard de la situation. Quelques jours seulement après la reprise, les administrateurs judiciaires en charge de la mise en œuvre du plan de cession ont adressé un courrier à Thomas Lubrano pour lui rappeler ses engagements. Ils lui demandaient notamment s’il avait « mis en œuvre les mesures indispensables aux fins de préserver les éléments corporels et incorporels du fonds de commerce ».

Mise en demeure

L’étau se resserre. Plusieurs alertes sont par la suite envoyées au chef d’entreprise. Dans l’une d’entre elles, l’ancienne directrice de Leavy, Aziza Chaouachi, s’inquiète que malgré le plan arrêté « aucun salarié n’a perçu son salaire de juin et aucun happy leaver ou host on demand n’a été remboursé ». De son côté, Thomas Lubrano botte en touche et estime que Leavy manque à ses obligations en ne lui fournissant pas les informations nécessaires à l’organisation de la reprise. Les salariés de Leavy estiment de leur côté que le repreneur tarde à faire exécuter le plan de cession à dessein, se concentrant sur un projet de revente du groupe Zenitude. Le 27 juillet, les administrateurs judiciaires envoient à Lubrano une mise en demeure d’exécuter le plan.

Le 8 août dernier, un nouveau rebondissement vient secouer l’affaire : la société TRL Gestion est placée en liquidation judiciaire à son tour. « La situation est très rare, d’autant plus que des garanties avaient été données par le repreneur pour assurer la reprise, nous indique un proche du dossier. Ce genre de cas ne devrait pas arriver. C’est du gâchis… » Et d’ajouter que « des instances judiciaires sont en cours des deux côtés, des recours ayant été déposés ». L’affaire devrait donc se régler devant les tribunaux.

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.