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Le « Airbnb européen » Leavy placé en redressement judiciaire

Depuis plusieurs mois, les clients de la start-up peinent à récupérer l’argent qui leur est dû. En manque de liquidités, l’entreprise se retourne contre son actionnaire.

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Klaus Vedfelt / Getty Images

L’histoire avait pourtant tout de la success story. En 2018, Aziza Chaouachi crée Leavy, un « Airbnb Européen » qui propose de louer appartements et maisons en l’absence de leurs propriétaires : ces derniers n’ont à s’occuper de rien, des « Host on Demand », autoentrepreneurs sélectionnés par les équipes de Leavy, gèrent les arrivées et les sorties des touristes ainsi que l’entretien des logements. Un an après sa création, la jeune pousse lève plus de 12 millions d’euros, principalement auprès du fonds d’investissement hollandais Prime Ventures, et les articles élogieux pleuvent. En 2021, la banque d’affaires KPMG décerne même un prix à Aziza Chaouachi, évoquant une « start-up à l’avenir radieux ». Mais voilà, 5 ans plus tard, selon nos informations, l’entreprise vient d’être placée en redressement judiciaire et un bataillon de propriétaires et d’ « Host on demand », un temps séduits par le concept, courent après l’argent que Leavy leur doit…

À écouter la start-up, les difficultés ont commencé à s’amonceler en 2020. Cette année-là, comme l’ont révélé nos confrères des Echos, elle a dû solliciter un prêt relais de 4 millions d’euros auprès de Prime Ventures dans l’attente d’un nouveau tour de financement. Seulement voilà, après avoir versé 1,7 million d’euros, le fonds a cessé les virements. Dénonçant un comportement déloyal de la société d’investissement, la direction a assigné le financier devant le tribunal de commerce de Paris, lui réclamant les 2,3 millions d’euros restants. Mais ce mardi, l’instance a décidé qu’il n’y avait pas lieu à référé. Une bien mauvaise nouvelle pour les partenaires de Leavy, nombreux à encore attendre leur argent.

Comme Marc*, par exemple. Au printemps dernier, ce propriétaire parisien a découvert la jeune pousse sur Facebook.  « Cela correspondait parfaitement à ce que j’attendais : une solution flexible et fiable », se souvient le trentenaire. D’ailleurs, pendant plusieurs mois, le pari est gagnant pour le jeune homme, qui reçoit systématiquement son loyer et apprécie sa collaboration avec cette « start-up très investie ». Mais dès septembre 2022, les choses se compliquent. « Le paiement a eu du retard. J’ai fini par l’obtenir après une relance, mais les loyers suivants se sont aussi fait attendre, puis n’ont plus été réglés. » Auprès de l’Informé, de nombreux autres utilisateurs racontent avoir vécu la même expérience. Avant de partir vivre en Australie, Sandra* avait par exemple confié son appartement à la start-up, qui lui doit aujourd’hui près de 7 000 euros.  « On m’a dit qu’il y avait un problème avec la banque, puis avec l’Etat, puis avec les investisseurs, et que l’argent allait bientôt arriver » relate la jeune femme, désabusée. Raphaël*, lui, attend toujours un versement de plus de 2 000 euros.

Prestataires impayés

Les Host on Demand, autoentrepreneurs chargés de gérer les appartements, ne sont pas en reste. Cédric* a travaillé avec Leavy pendant un an. « Pendant six mois, tout s’est toujours bien passé, j’étais payé tous les 15 jours, explique-t-il à l’Informé. Mais dès août 2022, tout avait du retard, et à partir d’octobre, je n’étais plus payé. » Rassuré par des cadres de l’entreprise lui promettant un remboursement rapide, le jeune homme décide de continuer à travailler avec la plateforme. « Puis de plus en plus de propriétaires des appartements que je gérais ont commencé à me dire qu’ils n’étaient pas non plus payés, et j’ai commencé à m’inquiéter ». À ce jour, Cédric a cessé sa collaboration avec Leavy, qui lui doit 2 000 euros.

Dans la même situation, Nathalie* a décidé de se rendre au siège de l’entreprise. « Je les ai menacés, et ils m’ont dit qu’ils rencontraient des problèmes avec un investisseur. Ensuite, on m’a proposé de me rembourser immédiatement une partie de ce que l’on me devait si je gardais cette histoire pour moi. » Acceptant la somme proposée, Nathalie décide toutefois de se mobiliser pour que l’ensemble des créanciers de Leavy récupèrent leur argent. Elle a ainsi rejoint un groupe Facebook d’une soixantaine d’utilisateurs mécontents, qui envisagent de mener une action de groupe contre la plateforme. Aussi, la start-up cumule les condamnations pour de nombreux impayés : locaux, factures téléphoniques, agences de communication, prestations de conseil…

Pour Aziza Chaouachi, le placement en redressement judiciaire de l’entreprise est officiellement une bonne nouvelle. « Je préfère que nous soyons placés sous la protection du tribunal de commerce, assure la dirigeante. L’important pour moi est que tous les membres de la communauté Leavy récupèrent leur argent. » Et d’ajouter : « Notre seconde levée de fonds est très bien engagée, et sa finalisation ne devrait pas tarder. »

*Les témoins ont demandé à être cités sous couvert d’un prénom d’emprunt.

Pratiques étranges sur AirBnb

Les appartements confiés à Leavy sont en général proposés à la location sur AirBnb. Auprès de l’Informé, plusieurs Host on Demand ont indiqué avoir été témoins de pratiques qui interrogent. “Leavy ne demande pas si les personnes leur confiant un appartement sont locataires ou propriétaires”, explique Cédric. Une locataire interrogée par l’Informé confirme ainsi qu’elle a pu donner son appartement en gérance, sans demander l’accord de son propriétaire au préalable. Par ailleurs, les profils créés ressemblent à s’y méprendre à des profils de particuliers, même si la mention “professionnel” apparaît en bas de page. “Il s’agit de “faux profils”, alors qu’il devrait être clair que Leavy agit comme une agence”, estime Nathalie, ancienne gestionnaire d’appartements pour la start up. En contact direct avec les vacanciers, l’auto entrepreneur explique avoir reçu des consignes directes de Leavy. “Lorsque les clients nous posaient des questions, on nous disait de dire que nous étions l’ami du propriétaire de l’appartement”. Grâce à une annonce encore en ligne, l’Informé a identifié la personne dont la photo pour illustrait un profil : elle nous a assuré que le compte en question n’était pas le sien. Contactée sur ce problème, AirBnb a assuré que “l’image utilisée sur l’annonce [avait] été supprimée”, et a indiqué avoir “pris des mesures vis-à-vis de Leavy”, sans indiquer lesquelles.