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Continuer la lectureCloud souverain : Numspot lève ses premiers fonds
Cette nouvelle offre d’informatique 100% française, destinée à fournir les secteurs public et financier, compte comme actionnaire principal la Caisse des dépôts et la Poste.
Cette nouvelle tentative sera-t-elle la bonne ? Il y a onze ans, Orange (avec Cloudwatt) comme SFR (avec Numergy), tous deux soutenus par des fonds publics, avaient voulu déployer un cloud 100% français pour contrer Google, Amazon ou encore Microsoft. Sans succès. Aujourd’hui, un nouvel acteur repart à l’assaut des Américains : Numspot. Destinée à héberger les infrastructures informatiques d’entités du secteur public, de la santé et de la finance, cette société vient de lever selon nos informations 50 millions d’euros pour financer son lancement auprès de quatre groupes. La Caisse des dépôts et consignation (36% du capital), la filiale numérique de la Poste Docaposte (26%), Dassault Systèmes (19%) et l’opérateur Bouygues Telecom (19%). « Notre ambition est de devenir la référence en matière de cloud souverain et de confiance en France et en Europe et d’autres augmentations de capital sont envisageables », précise un porte-parole de Docaposte.
Placé sous la direction d’Alain Issarni depuis le 1er février, Numspot va s’appuyer sur le savoir-faire de Outscale, la filiale spécialisée de Dassault Systèmes. Elle a déjà obtenu la qualification de SecNumCloud délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Ce label garantit la conservation des informations sensibles sur le territoire national et leur protection face aux lois extra-européennes comme le Cloud Act. Adopté en 2018 outre-Atlantique, ce texte autorise la justice américaine à accéder à toutes les données, y compris celles stockées à l’étranger pour les groupes ayant un siège aux États-Unis : concrètement, Google Cloud, Microsoft Azure ou Amazon Web Services (AWS) doivent se plier aux demandes des juges et leur fournir les informations souhaitées.
« Numspot a déjà recruté quelques salariés chez ses actionnaires et poursuit ses embauches en vue de constituer ses propres équipes », explique-t-on chez Docaposte. Une dizaine de personnes sont à pied d’œuvre et une cinquantaine d’autres devraient les rejoindre cette année, pour une commercialisation des offres dès cet automne. Le service peut compter aussi sur les compétences de l’ancien dirigeant de l’Anssi, Guillaume Poupard, à l’origine du SecNumCloud. Il a été recruté comme directeur général adjoint de Docaposte en janvier afin de s’occuper, notamment, du cloud. Une nomination acceptée par la commission de déontologie de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.
Numspot devra faire face à l’émergence de deux autres concurrents tricolores. S3NS d’une part, détenu par Thales et Google, qui sera lancé l’année prochaine : « Nous avons sélectionné trois data center en Île-de-France dont nous serons bientôt colocataires, expliquait en octobre à l’Informé Cyprien Falque, directeur général de S3NS. Le temps d’y installer nos serveurs, de recruter des opérateurs, des ingénieurs supports et de développer les logiciels, nous devrions être prêts à recevoir la certification SecNumCloud d’ici le second semestre 2024. » Thales s’occupe de chiffrer les informations, une méthode censée les rendre illisibles sans clef adaptée, même pour Google. D’autre part, Orange, CapGemini et Microsoft doivent lancer Bleu prochainement. Mais contrairement aux deux autres projets, celui-ci doit être avalisé par Bruxelles, l’attelage d’actionnaires soulevant quelques questions de concurrence. En attendant, la structure n’a toujours pas été constituée à ce jour.
La participation des Gafam à ces deux initiatives tricolores a suscité la polémique. Certes, Microsoft n’est pas actionnaire de Bleu - il apporte seulement ses technologies - et Google ne possède que 5% du capital de S3NS, mais ces précautions n’ont pas suffi à faire taire les critiques. Des voix discordantes estiment que ces deux projets ouvrent même de nouveaux contrats aux géants de la Silicon Valley, notamment auprès des organismes publics, et risquent d’affaiblir le développement d’alternatives européennes. Dans une tribune publiée dans les Échos fin juin, les dirigeants de Clever Cloud, de Scaleway (filiale d’Iliad fondée par Xavier Niel, actionnaire de l’Informé) et d’OVHCloud, indiquaient que « face aux sirènes marketing des géants de la tech, il est indispensable que l’excellence technologique de cette « équipe de France du cloud » soit, enfin, reconnue à sa juste valeur, et encouragée ».