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Énergie - Environnement

In extremis, François Bayrou refile à son successeur le rapport choc sur la pub

Finalisé depuis décembre 2024, le document propose notamment d’interdire les réclames pour les vols courts et les voitures thermiques les plus polluantes. Il a été publié ce mercredi 10 septembre.

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C’est le rapport des fins de règne. Discrètement commandité par le Premier Ministre Gabriel Attal le dernier jour de son gouvernement, le 5 septembre 2024, le rapport sur la pub durable intitulé « Contribution et régulation de la publicité pour une consommation plus durable », dont l’Informé avait dévoilé le contenu le 25 mars dernier, a finalement été officiellement diffusé le 10 septembre. Selon nos informations, sa publication avait été proposée conjointement par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), la DGCCRF et les inspections concernées lors d’une réunion interministérielle la semaine dernière. Mais c’est bien Matignon qui, après avoir longtemps tergiversé sur ce sujet sensible, l’a finalement « bleui », c’est-à-dire donné son feu vert à sa publication dans le langage politique. Et ce, in extremis, le 9 septembre, dernier jour du gouvernement Bayrou. « C’est une façon de passer la patate chaude au gouvernement suivant, qui devra assumer l’analyse assez défavorable qui est faite du secteur de la publicité par son administration, et gérer les éventuels mécontents », souffle une source ministérielle.

Remis en décembre 2024 par les inspections du développement durable, de la culture et des finances (IGEDD, IGAC et IGF), l’opus de 500 pages s’interroge sur la pertinence de la publicité face aux enjeux environnementaux. À ce titre, il suggère par exemple d’interdire les pubs pour les vols de courtes distances, ou pour les voitures thermiques les plus polluantes. Et il préconise aussi de réduire le volume global de la publicité. Un sujet brûlant, puisque d’une part 87 % des Français estiment que la pression publicitaire est excessive, et que d’autre part l’essentiel des 34 milliards d’euros de chiffre d’affaires du secteur bénéficie à des plateformes souvent d’origines étrangères. Ces dernières captent en effet 53 % du marché en valeur. De surcroît, comme nous l’avions révélé en mars dernier, les auteurs pointent notamment que, sur ces 34 milliards d’euros consacrés à la publicité, un quart du budget est phagocyté par 22 produits « présentant des caractéristiques souvent contraires à une consommation durable et de qualité » : il s’agit, le plus souvent, de véhicules SUV et de fast-food…

Appelant de ses vœux une régulation mieux encadrée du secteur, le rapport critique aussi l’autorégulation actuelle gérée par la profession au sein de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) qu’il estime insuffisante. Les professionnels du monde de la publicité étaient quasi unanimement vent debout contre sa publication, à l’exception d’une poignée de militants plus engagés sur les questions environnementales. La suggestion de confier au SGPE l’organisation d’une politique publique cohérente et coordonnée sur le sujet met en lumière cette petite structure hybride composée d’une équipe pluridisciplinaire, et désormais dirigée par un proche de François Bayrou, Augustin Augier. Créé lorsqu’Elisabeth Borne était Premier Ministre, le SGPE est en effet chargée « d’assurer la cohérence et le suivi des politiques à visée écologique, d’initier et de cadrer la mobilisation des ministères et parties prenantes, de coordonner toutes les négociations et enfin de mesurer la performance des actions menées ».