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Luxe

Le gros chèque de LVMH pour grimper à bord de l’Orient Express

Le groupe de Bernard Arnault n’a pas mégoté pour rejoindre Accor dans le développement de la marque mythique, déclinée en trains mais aussi en hôtels et croisières, avec un positionnement d’ultraluxe.

Le train Venice Simplon Orient Express en gare de Rome
Le train Venice Simplon Orient Express en gare de Rome Lami Giuseppe / Lami Giuseppe/ANSA/ABACA

Le 13 juin 2024 a marqué le début d’une nouvelle ère pour la marque Orient Express. Jusqu’alors propriété intégrale du groupe Accor, elle a vu débarquer ce jour-là un nouvel acteur de poids dans son capital. LVMH a en effet signé un « partenariat stratégique » avec le groupe hôtelier, pour accélérer le développement de cette griffe positionnée sur le très haut de gamme. L’Informé a pris connaissance des détails de ce deal à plusieurs étages, qui représente un investissement conséquent. À la hauteur de l’image de L’Orient-Express (lire son historique en fin d’article), « une légende qui renaît aujourd’hui à bord de trains superbement restaurés, de somptueux palaces et de voiliers hors du commun », selon la présentation élogieuse qu’en fait Accor sur son site.

Selon nos informations, en même temps qu’il paraphait ce partenariat, LVMH signait plusieurs chèques pour un montant total de 131 millions d’euros. Un premier versement de 25 millions lui a permis de prendre 50 % - aux côtés d’Accor - de la structure qui détient et gère la marque Orient Express, et ses multiples licences. Elles sont accordées à des hôtels, des trains ou des voiliers (voir plus bas) en échange de royalties conséquentes. Même Lego a signé.

En plus de cette structure faîtière, LVMH a déboursé 50,1 millions d’euros en parallèle afin de prendre 50 % du capital d’Orient Express Management Company, la société gestionnaire des hôtels et trains de la marque, dont l’offre est en plein développement, notamment auprès d’une clientèle à très hauts revenus. Les amateurs de voyages en train haut de gamme peuvent ainsi visiter l’Italie grâce à La Dolce Vita Orient Express, une ligne lancée l’an dernier en collaboration avec l’italien Arsenale. Le tarif à débourser pour un voyage de trois jours au cœur de la Péninsule dans une cabine classique démarre à 7 000 euros par passager. Mais il faudra attendre la fin de l’année 2026 pour découvrir le nec plus ultra : la réouverture de la liaison Paris Istanbul - le trajet historique de L’Orient-Express - avec un train composé de 17 voitures que la compagnie faisait rouler dans les années 1920-1930, complètement restaurées dans un style art déco.

La marque Orient Express a également apposé sa griffe dans le secteur de l’hôtellerie haut de gamme. Ainsi, l’hôtel Orient Express La Minerva a ouvert au printemps dernier à Rome. Il faut compter 1 280 euros minimum la nuit pour une chambre classique, petit déjeuner inclus, les prix s’envolant pour obtenir des prestations supérieures ou pour occuper une suite. Et ce n’est pas un « one shot ». Dans sa documentation boursière, Accor envisageait fin 2024 d’ouvrir cinq hôtels Orient Express (soit 362 chambres) au cours des quatre prochaines années.

Mais, pour la marque historique, le faste ne s’arrêtera pas en si bon chemin ! Car dans ce petit monde de l’ultraluxe, Orient Express entend aussi voguer sur les mers du globe. La société a confié aux Chantiers de l’Atlantique la construction de deux voiliers hors normes, l’Olympian et le Corinthian. À cet effet, LVMH a dépensé 56 millions pour s’arroger un tiers du capital de Silenseas, la branche chargée de l’exploitation des navires. Accor en conserve les deux tiers restants. Mais les deux copropriétaires souhaitent accueillir un troisième partenaire dans cette branche.

Pour ces bateaux, la facture est à la hauteur des services d’exception promis. Selon nos informations, le montant des contrats de construction noués avec les Chantiers de l’Atlantique tourne autour de 400 millions d’euros l’unité. Des sommes colossales dont Accor et LVMH ne s’acquitteront pas tout de suite. Silenseas a cédé les navires en cours de construction à des filiales de CACIB (Crédit Agricole Corporate and Investment Bank) via un contrat de crédit-bail, un mécanisme souvent assorti d’une option d’achat permettant à son signataire de devenir propriétaire du bien in fine.

Une fois lancés sur les océans, les bateaux seront loués par la branche maritime d’Orient Express, qui remboursera petit à petit son bailleur, en tirant profit du prix des cabines. Compte tenu du standing annoncé, personne ne voyagera en fond de cale. Le tarif pour une croisière transatlantique de 14 jours entre Lisbonne et Bridgetown (La Barbade) dans la suite Agatha Christie à bord de l’Orient Express Corinthian est annoncé à 316 400 euros... Les budgets plus modestes pourront se reporter sur deux nuits dans la suite panoramique, et un saut de puce entre Saint-Martin et Saint-Barth. Il faudra tout de même payer 11 000 euros pour cette prestation.

Les investissements en capital effectués par LVMH sont déjà conséquents mais ce n’est qu’un début. Car il faudra ensuite mettre la main à la poche pour les dépenses et investissements courants, actuels et à venir. Contacté, LVMH nous a indiqué ne faire aucun commentaire sur ce dossier, alors qu’Accor n’a pas répondu à nos sollicitations.

Une marque bringuebalée de propriétaire en propriétaire

- 1883 : le premier train Orient-Express, qui appartient à la Compagnie internationale des wagons-lits, effectue un aller-retour Paris Constantinople en sept jours.
- 1977 : dernier voyage de L’Orient-Express entre Paris et Istanbul.
- 1982 : sous l’inspiration d’un homme d’affaires anglais, ce train de prestige est relancé avec le « Belmond Venice Simplon-Orient-Express », empruntant un itinéraire partant du nord de la France jusqu’à Venise. En rachetant le groupe d’hôtellerie et de voyages de luxe Belmond en 2019, LVMH a mis la main sur cette branche ferroviaire.
- 2017 : la SNCF, alors propriétaire de la marque Orient Express, fait entrer AccorHotels à hauteur de 50 % dans la société Orient Express, de manière à poursuivre son développement dans le secteur de l’hospitalité de luxe à l’échelle internationale.
- 2022 : Accor monte à 100 % du capital d’Orient Express.
- 2024 : Accor accueille LVMH au capital des différentes entités d’Orient Express, comme indiqué dans notre article. Mais le curseur pourrait de nouveau bouger. Car le site américain spécialisé dans le tourisme Skift indique que LVMH disposerait d’une option pour prendre le contrôle intégral, à 100 %, de la marque Orient Express en 2027, sans que l’on ne sache toutefois le périmètre exact concerné. Une possibilité que les deux parties n’ont pas commenté auprès du site d’information.