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Luxe

Autour de Jean-Paul Guerlain, une ambiance plus irrespirable que jamais

L’Informé dévoile les nouveaux rebondissements de la guerre qui oppose depuis des années la compagne et le fils du célèbre parfumeur, aujourd’hui sous tutelle.

Jean-Paul Guerlain et Christina Kragh Michelsen en 2008, à Paris.
Jean-Paul Guerlain et Christina Kragh Michelsen en 2008, à Paris. Guignebourg-Nebinger-Orban-Taamallah / ABACA

« Ça me fait tellement mal au cœur de voir Jean-Paul comme ça… Je suis la seule témoin qui ose dénoncer ce qu’il vit, et tout est fait pour m’anéantir. » En cette grise journée de novembre, Christina Kragh Michelsen, la compagne de Jean-Paul Guerlain, nous reçoit à La Vallée, propriété de la famille de parfumeurs depuis la fin du XIXe siècle. La splendide demeure de 700 mètres carrés au style néonormand est nichée dans le village yvelinois des Mesnuls, près de la forêt de Rambouillet. Le domaine compte plusieurs bâtisses, un parc, des écuries, et parmi ses voisins, le photographe Yann Arthus Bertrand. Un magnifique décor… où se trame une histoire moins jolie, une véritable guerre froide autour d’un vieil homme de 88 ans affaibli, atteint de démence.

Digne d’un feuilleton, la bataille oppose la compagne de l’iconique créateur à Stéphane Guerlain, son fils. La première accuse le second, curateur puis tuteur de son père depuis 2018, de harcèlement mais aussi d’une telle pingrerie qu’elle entraîne une forme de maltraitance sur le patriarche. Le second accuse la première de cupidité et de violence. « Elle n’est pas sa conjointe, mais vit simplement dans la même maison, dans laquelle elle s’est imposée », nous assure ainsi l’avocat de l’héritier, Pascal Koerfer. Lettres au juge des tutelles, alerte au conseil supérieur de la magistrature, procédure d’expulsions de chevaux devant le tribunal judiciaire de Versailles… tous les coups sont permis, avec ces derniers mois des rebondissements essentiels que révèle ici l’Informé.

Accusations en pagaille

Pour tout comprendre, un retour en arrière s’impose. Créée en 1828, la maison Guerlain devient rapidement synonyme d’excellence à la française. Jean-Paul Guerlain, arrière-arrière petit-fils du fondateur et nez de la maison, en prend officiellement la tête en 1992. Il est à l’origine de plus de quarante parfums tels que l’Eau de Guerlain, Habit Rouge, ou encore le célèbre Samsara, qu’il raconte avoir créé pour séduire une femme qui ne se parfumait pas et qui aimait le jasmin, la rose et le santal. En 1994, l’entreprise est rachetée par LVMH, et après une période de cohabitation, le dirigeant prend le large en 2002. Peu après, il rencontre Christina Kragh Michelsen, qui devient sa compagne. En 2010, son étoile pâlit quand, sur le plateau d’Élise Lucet, il tient ces propos : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » L’affaire lui vaut deux ans plus tard une condamnation pour injure raciale.

Alors qu’il présente déjà des signes de démence sénile, Jean-Paul Guerlain est finalement placé sous curatelle en 2013, puis sous tutelle en 2018. Son fils unique, Stéphane, en devient le tuteur. Et la situation se tend rapidement avec Christina Kragh Michelsen : « Quand il a été nommé tuteur, il avait dit que rien ne changerait, se souvient la Franco-Danoise. Une semaine après, il est arrivé à la maison, et m’a dit à l’inverse que tout allait changer ». La situation s’envenime, et les procédures s’amoncellent dans un sens comme dans l’autre. Malgré plusieurs tentatives, initiées dès 2015, le mariage du couple est refusé par le juge des tutelles. Christina Kragh Michelsen accuse Stéphane Guerlain de la harceler et de la menacer… Des faits pour lesquels il sera relaxé en juin 2022.

De son côté, l’héritier dénonce durant des années l’attitude de Christina Kragh à l’égard de son père. Après avoir été relaxée en première instance, elle est finalement condamnée en janvier 2023 à quatre mois de prison avec sursis par la Cour d’appel de Versailles, notamment pour « violences volontaires sur personne vulnérable » : la Cour lui reproche d’avoir empêché des employées de l’équipe soignante de Jean-Paul Guerlain de s’occuper de lui. Un deuxième volet de la sanction la condamne également pour « harcèlement moral » envers l’une de ces employées. Des faits niés par la principale intéressée auprès de l’Informé, qui s’est pourvue en cassation… encore une fois sans succès. Selon nos informations, la juridiction a rejeté en bloc sa demande le 26 février dernier. « Elle a donc été condamnée définitivement », se satisfait Pascal Koerfer. « Tout cela est un coup monté envers ma cliente, avance pour sa part l’avocat de la mise en cause Frédéric Belot. C’est une maltraitance supplémentaire à son égard, surtout quand on sait qu’elle s’occupe bien de Jean-Paul Guerlain, et que la condamnation n’a eu aucune conséquence sur sa présence à son domicile… »

« Vous imaginez, pour un parfumeur ! »

Malgré ces défaites judiciaires, Christina Kragh Michelsen ne baisse pas les armes, et entend aujourd’hui dénoncer des « maltraitances » visant son compagnon. Assise dans sa cuisine, sous l’œil d’une des caméras que Stéphane Guerlain a fait installer dans la maison, la sexagénaire se veut déterminée : « Je l’aime, et veux rester auprès de lui jusqu’à la fin. Jean-Paul n’a pas travaillé toute sa vie pour finir comme ça. » La Franco-danoise ne décolère pas face à ce qu’elle considère être des conditions de vie « imposées » au créateur, autrefois capable de reconnaître 3 000 nuances olfactives différentes, et aujourd’hui contraint de résider dans une seule pièce, où il mange, dort, et fait ses besoins. « Vous imaginez, pour un parfumeur ! », regrette-t-elle, pointant également un manque de soins, notamment ophtalmologiques et dentaires, attestation médicale à l’appui. Un ancien médecin du malade, contacté par l’Informé, plussoie : « L’état dans lequel se trouve M. Guerlain aujourd’hui est insupportable, c’est une maltraitance absolue. Rien ne justifie qu’il soit cloîtré dans une seule et même pièce, c’est un isolement malsain qui ne correspond pas à l’habitat dans lequel il était au départ. »

À écouter Christina Kragh Michelsen, « le tuteur », comme elle l’appelle, tenterait de réduire les dépenses au maximum. Un exemple, selon elle ? Certains membres de l’équipe soignante du vieil homme ne seraient pas suffisamment qualifiés, et n’auraient « ni diplôme, ni expérience ». Elle dénonce également un manque d’entretien et une humidité trop importante de la maison.

« Tout est mis en place pour le bien-être de M. Guerlain »

Dans plusieurs lettres adressées au juge des tutelles de Versailles en juin puis en septembre dernier, la compagne relate donc ses griefs, et déplore : « Jean-Paul a été très triste et n’a pas compris pourquoi il est traité comme ça… Personne demande son opinion. C’est terrible, il n’y a aucun respect pour Jean-Paul. » Des faits balayés par la partie adverse : « Tout est mis en place pour le bien-être de M. Guerlain, assure Pascal Koerfer. De plus, Mme Michelsen ne s’occupe même pas de lui, et promène ses chevaux et son chien toute la journée. » Le juge des tutelles a tout de même dépêché un médecin sur place, ainsi que le vice-président des contentieux de la protection du juge des tutelles, mais aussi la procureur de la République cheffe du parquet civil. Le 27 octobre dernier, dans une longue réponse, le tribunal a finalement opposé une fin de non-recevoir à toutes les demandes de Kragh Michelsen. On y lit notamment que « M. Jean-Paul Guerlain se trouve dans une pièce ensoleillée, bien chauffée et équipée pour son confort », ou encore qu’« une équipe d’aides-soignantes dévouées […] est mobilisée 7 jours sur 7 ». Concernant la santé du parfumeur, le docteur envoyé à La Vallée, après avoir indiqué qu’il « présente un état démentiel très évolué qui altère gravement ses facultés physiques et mentales », conclut finalement que ses conditions de vie « sont adaptées à son état de santé et que son maintien à domicile est possible dans les conditions actuelles ».

Selon Christina Kragh Michelsen, Jean-Paul Guerlain aimerait pourtant accéder à ses appartements situés à l’étage de la bâtisse. Mais là encore, le magistrat de Versailles ne trouve rien à redire aux choix faits : il estime que la chambre n’est « plus du tout adaptée à [l’]état de santé physique » du parfumeur, et que l’installation d’un monte-escalier « ne semble pas permise au regard de la structure de la cage d’escalier et ne serait, de toute façon, pas opportune compte tenu de l’inadéquation de l’étage ». Finalement, l’initiative de la compagne du patriarche s’est même retournée contre elle : il lui est demandé dans cette lettre de « faire partir dans les meilleurs délais » le Doberman qu’elle a récemment adopté, étant considéré qu’il « constitue un danger » s’il était amené à sauter sur Jean Paul Guerlain, ou encore que le stockage de sa nourriture pose des questions d’hygiène. Une requête à laquelle l’occupante des lieux n’entend pas faire droit. Interrogé, son avocat Frédéric Belot évoque « une lettre extrêmement partisane et partiale. Le juge des tutelles ne veut rien savoir et il y a un parti pris. » Le conseil et sa cliente réfléchissent aujourd’hui aux options qui s’ouvrent à eux, les recours judiciaires ayant déjà été bien épuisés.

« Il faut qu’elle réalise sa situation et sa place »

En sus de ces procédures, Christina Kragh Michelsen continue à dénoncer un « harcèlement » de la part de son beau-fils, et décrit un climat d’hostilité croissante envers elle. « Il est fou furieux depuis que je l’ai dénoncé au juge, » estime-t-elle. Celui qu’elle considère comme un « narcissique » aurait ainsi, selon ses dires, coupé le chauffage dans sa pièce favorite, la cuisine, l’aurait déjà enfermée à l’intérieur de cette pièce, et aurait également enlevé plusieurs objets de la maison. Évoquant les caméras placées dans la demeure, elle poursuit ainsi : « c’est très stressant. Je me sens observée. » L’un de ses amis assure avoir, à l’occasion d’une balade avec elle et ses chevaux, été suivi dans la forêt par Stéphane Guerlain en 4x4. « J’avais l’impression d’être traqué, indique-t-il à l’Informé. C’est assez particulier. »

« Stéphane Guerlain use de tous les stratagèmes pour forcer ma cliente à partir, car c’est le dernier témoin de ce qu’il se passe aux Mesnuls », estime Frédéric Belot. Un exemple selon lui ? Le sort réservé aux trois pur-sang arabes de cette passionnée d’équitation. « Ils n’ont plus accès au paddock de 32 hectares, qui a été fermé avec un cadenas par le tuteur. Ils sont punis, alors qu’ils sont innocents », déplore-t-elle. Des faits attestés par trois amis, avec lesquels a échangé l’Informé. En février dernier, le tribunal judiciaire de Versailles a par ailleurs, par voie de référé, ordonné le départ des chevaux de la propriété. Pour l’ensemble de ses griefs, la compagne a au fil des années fait appel plus d’une dizaine de fois à un huissier pour effectuer des constats divers et variés.

Celle qui appelle de ses vœux la nomination d’un « tuteur professionnel » dénonce enfin les conditions dans lesquelles Stéphane Guerlain a racheté la Vallée à son père, en 2023. La transaction a pourtant été validée par le juge des tutelles. Dans un courrier au conseil supérieur de la magistrature envoyé en septembre dernier et jusqu’ici resté sans réponse, Christina Kragh Michelsen s’interroge sur « la compatibilité d’une telle opération avec les règles de déontologie et les dispositions du Code civil relatives aux conflits d’intérêts dans les mesures de tutelle ». « Cette vente a été demandée par le juge des tutelles pour que cela crée assez d’argent à M. Guerlain pour lui permettre de rester dans son domicile, assure aujourd’hui Pascal Koerfer à l’Informé. Par ailleurs, Mme Michelsen n’a aucune qualité pour s’intéresser à cela. Elle n’est ni propriétaire, ni locataire… Il faut qu’elle réalise sa situation et sa place. » Pourquoi, alors, ne pas avoir expulsé celle que son client considère comme une intruse ? Le conseil reste aujourd’hui élusif sur les prochaines actions qui pourraient être intentées contre la némésis de son client, indiquant sobrement que « l’avenir donnera la réponse » à nos questions.

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