Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Luxe

Oussama Ammar renonce à sauver son hôtel de luxe en Normandie

La justice a confirmé en appel que le fastueux manoir de l’ex-gourou de la tech dans le domaine d’Ablon était hors-la-loi et devait être détruit. Il indique à l’Informé renoncer à se pourvoir en cassation.

Oussama Ammar, 2021
Oussama Ammar, 2021 by STEVE / Wikimedia Commons

C’est bientôt la fin de l’histoire d’un « havre de paix » devenu cauchemar. Il y a deux ans, l’Informé avait révélé que le manoir d’Oussama Ammar, construit dans le prestigieux domaine d’Ablon, dans le Calvados, était menacé de destruction. En effet, la magnifique bâtisse, devenue un hôtel de luxe, est au cœur des polémiques. D’abord du fait de doutes sur son financement : le fondateur déchu de l’incubateur de start-up The Family est accusé par ses ex-associés d’avoir détourné 4,5 millions d’euros, notamment pour financer la construction du bien. Mais l’imbroglio porte aussi sur le bien en lui-même, qui est sorti de terre sans obtenir les autorisations requises, au mépris des règles d’urbanisme, selon la communauté de communes d’Honfleur-Beuzeville, sur laquelle est érigé l’édifice.

La société d’Oussama Ammar, Théléma, et son associé dans le projet, Christophe Delaune, avaient fait appel d’un premier jugement rendu en octobre 2023 par le tribunal administratif de Caen, reconnaissant le caractère illicite de la construction. Et selon nos informations, confirmant un article d’Ouest-France, la cour administrative d’appel de Nantes vient de confirmer la décision, dans un arrêt du 7 novembre. Et donc de menacer très sérieusement la survie du très fastueux manoir, que seul un recours devant le Conseil d’État pourrait éventuellement sauver. Il ne viendra pas d’Oussama Ammar. Contacté par l’Informé, l’entrepreneur indique : « Il n’y a rien à commenter. La justice a tranché. Il n’y a aucun souci : nous détruirons le manoir et nous ne nous pourvoirons pas en cassation ». Christophe Delaune, qui possède l’ensemble hôtelier normand du domaine d’Ablon, également partie au dossier, n’a pas répondu à nos sollicitations pour confirmer.

Des travaux dans la clandestinité

Initialement, les deux hommes souhaitaient faire du lieu un paradis sur terre derrière une porte en chêne massif. Problème : en 2020, ils ont seulement été autorisés par la communauté de communes d’Honfleur-Beuzeville à rallonger de 12 m2 la longère normande de 136 m2 acquise. Loin de respecter cette consigne, ils ont rasé la bâtisse historique, et construit un hôtel de 350 m2, sans compter la piscine et le jardin d’hiver bordant la propriété. Les travaux ont commencé dans la clandestinité, selon la communauté de communes, d’autant plus furieuse que le domaine d’Ablon se situe dans un espace littoral protégé, où seuls les logements d’agriculteurs ou les équipements d’intérêt collectif sont permis. Les suites de luxe à plusieurs milliers d’euros la nuit commercialisées sur le domaine ne répondent pas vraiment à ces critères.

D’autres jugements sont depuis venus contrecarrer les plans d’Oussama Amar et son associé. En 2024, le tribunal de commerce de Lisieux a ordonné l’ouverture d’une procédure de liquidation sans poursuite d’activité de Cottage Consulting, la société qui détient la principale parcelle du domaine d’Ablon. Elle accusait, début 2025, plus de 10 millions d’euros de dettes. À la tête de la société, Christophe Delaune a fait appel de cette décision, sans succès : selon nos informations, la cour d’appel de Caen a confirmé le 9 octobre le premier jugement, en soulignant « l’impossibilité manifeste de redressement de la SAS Cottage ». Contacté, le gérant n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Nous reconstruirons mieux que le domaine, aux Émirats »

De son côté, Oussama Ammar, via sa société Théléma, a été condamné à rembourser à son ex-société The Family les 50 000 euros ayant servi à financer des travaux de maçonnerie dans le manoir. Un jugement confirmé en appel en mai 2025, a appris l’Informé. Questionné, Oussama Ammar indique d’ailleurs que « la société Théléma sera liquidée après la destruction du manoir ». Alors que sa société et Christophe Delaune ont été condamnés dès le premier jugement à remettre le lieu en état, sous peine d’une astreinte de 300 euros par jour, ils ont jusque-là refusé de payer ces sommes, sur les conseils de leurs avocats, indique Ammar. « La liquidation et la vente du terrain permettront de couvrir largement l’astreinte », assure-t-il à l’Informé.

Comme il a l’habitude de le faire sur sa plateforme de conseils Better Call Ouss - 400 dollars la demi-heure - l’ancien patron de The Family préfère transformer cet échec en opportunité. « Je me réjouis que la France ait obtenu la destruction de ce manoir, affirme-t-il à l’Informé. C’était mon dernier attachement au pays ; après sa destruction, je n’y ferai plus rien. Nous reconstruirons mieux que le domaine, aux Émirats, et j’espère que chaque brique de cette destruction sera vécue par l’administration comme ce qu’elle est : la honte d’un pays malade. »