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Continuer la lectureOussama Ammar dans le collimateur du PNF pour fraude fiscale
Suite à un contrôle, Bercy avait porté plainte contre le gourou de la tech et cofondateur de l’incubateur The Family auprès du parquet national financier.
Les ennuis s’accumulent pour Oussama Ammar. Selon nos informations, le gourou de la tech fait l’objet d’une enquête préliminaire du parquet national financier (PNF) pour « fraude fiscale » et « blanchiment de fraude fiscale ». Elle a été ouverte à la suite d’une plainte pénale de Bercy, qui saisit ré...
Cette nouvelle procédure vient s’ajouter à celle déjà menée pour « abus de confiance », « faux et usage de faux » et « blanchiment » par un juge d’instruction du pôle financier du parquet de Paris. Elle découle de la plainte que The Family a déposé en mars 2022 pour « abus de confiance, faux et usage de faux », avant de se constituer partie début 2023 : ils accusent Oussama Ammar d’avoir détourné plusieurs millions d’euros qui auraient dû être investis dans des start-ups. C’est dans le cadre de cette enquête que l’ancien dirigeant a été placé en garde à vue en février dernier, comme l’ont révélé nos confrères du Parisien.
The Family a aussi porté plainte à Lisieux, la juridiction dont dépend la commune du Calvados où Oussama Ammar s’est construit un manoir. En effet, cette fastueuse bâtisse est au cœur du conflit entre l’homme d’affaires et son ancien employeur. Ses ex-associés accusent Oussama Ammar d’y avoir financé des travaux grâce à l’argent détourné de la société, plus de 3 millions d’euros. Ils ont donc porté plainte début 2023 pour « blanchiment en bande organisée » contre leur ancien partenaire et sa holding française, Théléma, qui possède l’édifice. Sont aussi visés son associé dans ce projet, Christophe Delaune, décédé très récemment, et les différentes sociétés formant le Domaine d’Ablon, l’ensemble hôtelier sur lequel est implanté le manoir, qui offre lui aussi des suites de luxe. Selon nos informations, The Family s’est constitué partie civile il y a deux ans dans ce volet, qui est désormais joint avec la procédure du parquet de Paris, donc dans les mains du même juge d’instruction.
Pour ne rien arranger à l’imbroglio, ce même manoir est menacé de démolition, la justice ayant reconnu qu’il avait été construit de façon illicite, sans permis de construire adéquat et en violation des règles d’urbanisme. Comme l’avait révélé l’Informé, la cour d’appel administrative de Nantes a confirmé le 7 novembre dernier que la bâtisse était hors-la-loi, et donc ordonné que la parcelle soit remise en état, ce qui implique de détruire le bâtiment. Furieux, Oussama Ammar avait alors déclaré dans nos colonnes : « Il n’y a aucun problème : nous détruirons le manoir (...). Nous reconstruirons mieux que le domaine, aux Émirats. » Puis il a convié quelques jours plus tard, dans un style dont il a le secret, ses abonnés à une « demolition party », prévue le 29 janvier, pour leur permettre de frapper dans les briques « au milieu du who’s who des pirates français », indique l’annonce.
« Si la France veut que je détruise ce manoir, je vais le faire - et le faire avec panache, écrit Oussama Ammar. Je vais en faire une fête. » Comptez 199 euros à 1 800 euros la place tout de même, voire plus si l’on craque pour les différents goodies créés pour l’occasion : des tee-shirts, voire des « pierres souvenirs » jusqu’à 3 000 euros… Un projet qui lui vaut une assignation en référé pour faire interdire ce grand chambardement de la part de The Family, qui a obtenu une hypothèque sur le bien. « M. Ammar a présenté cet évènement comme une façon de spolier les droits de The Family, en détruisant l’actif construit grâce aux fonds détournés, sur lequel The Family comptait pour être indemnisée », a plaidé l’incubateur auprès des juges, citant cette déclaration d’Oussama Ammar sur LinkedIn : « Mes anciens associés ont fait tout ça pour […] récupérer le manoir à vil prix. Ils n’auront que des cailloux ».
Une audience s’est tenue le 17 décembre dans ce dossier, mais les débats ont finalement été renvoyés dans l’attente d’un retour du PNF justement. Et si en public Oussama Ammar se montre désinvolte, il s’est tout de même pourvu en cassation - via sa société personnelle Théléma - contre la décision d’appel qui ordonne la destruction du manoir. La « demolition party » aura-t-elle lieu ou ces tickets devront-ils être annulés ? Contactés, Oussama Ammar et ses avocats, Dominique Penin et Hubert De Vauplane, n’ont pas répondu.
Quand Oussama Ammar s’excuse auprès des juges caïmans
Après que le scandale a éclaté en 2022, The Family a lancé plusieurs procédures contre son ancien dirigeant en France, en Grande Bretagne et aux îles Caïmans, siège d’une des principales structures du groupe. C’est la justice de ces petites îles qui a été la plus rapide et a rendu le 15 mars 2022 une ordonnance de saisie conservatoire des actifs d’Oussama Ammar et de ses holdings Fabuleo et Aletheis, à hauteur de 3 millions d’euros. Un an plus tard, le gourou de la tech s’en est gaussé lors d’une interview, assurant qu’il refusait de participer à des procédures dans ces îles caribéennes : « Vous savez ce que c’est que les Caïmans. C’est une république bananière où le système juridique ne vaut rien. Tout le monde sait que la justice des Caïmans est le pire endroit au monde où aller se taper dessus. The Family m’a attaqué aux îles Caïmans parce qu’ils savent très bien que cela n’aurait jamais tenu devant un tribunal français ou anglais. C’est tout. »
Deux mois après cette interview, une cour caïmanne l’a condamné à payer 7,4 millions d’euros, dans un procès où il n’était ni présent ni représenté, comme l’a révélé le Figaro. Il n’a pas fait appel, assurant auprès du Parisien : « cette décision n’a aucune valeur. Elle a été obtenue aux Caïmans sans aucun contradictoire. Je ne pense pas qu’elle tiendra devant les bonnes juridictions… Les tribunaux ne vont jamais reconnaître ce jugement. » Une prédiction hélas erronée. The Family indique avoir « fait exécuter ce jugement au Delaware, où plusieurs actifs (non liquides) ont été saisis, et une procédure d’exécution est pendante en France. »
Suite à cela, l’entrepreneur a changé de position et assure désormais regretter son discours passé. Il a engagé deux avocats aux Caïmans, Peter Hayden et Luke Burgess-Shannon. Et il a lancé une procédure pour contester la compétence territoriale de cette juridiction. The Family a pris alors un malin plaisir à communiquer ses propos aux juges locaux, qui l’ont assez mal pris. Son avocat a bien tenté de rattraper le coup, expliquant que son client ne s’était pas déplacé sous les tropiques pour des raisons de coût. Me Hayden a ainsi plaidé : « Ces déclarations doivent être replacées dans le contexte de la frustration ressentie par M. Ammar face à une procédure aux îles Caïmans, où il estimait qu’il n’y avait pas de juridiction compétente, et face à l’impossibilité de comparaître pour contester cette procédure en raison du plafond des frais. Les déclarations de M. Ammar étaient excessives et injustifiées. M. Ammar a présenté ses excuses pour son attitude antérieure concernant cette procédure. »
Mais sans succès. La haute cour (Grand court) a débouté Oussama Ammar en août 2024, ce qui a été confirmé en appel en septembre 2025. Pour les juges, les explications fournies « ne constituent en aucun cas une excuse ou une justification pour ces propos offensants ». Selon eux, Oussama Ammar a « délibérément choisi d’ignorer cette procédure. Ce n’est qu’après la reconnaissance par le Delaware du jugement des îles Caïmans et l’imminence de son exécution que M. Ammar a réalisé qu’il aurait dû participer à la procédure et ne pas l’ignorer. Une fois informé de la procédure d’exécution au Delaware, M. Ammar n’a pas tardé à trouver et à rémunérer un avocat. »