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The Family : la fronde des investisseurs s’étend au pénal

Une première plainte au pénal vient d’être déposée par un investisseur mécontent contre Oussama Ammar, fondateur de l’incubateur.

Oussama Ammar, 2021
Oussama Ammar, 2021 by STEVE / Wikimedia Commons

Un nouveau round judiciaire s’ouvre dans le dossier The Family. Et il s’annonce explosif pour le fameux dénicheur de start-up. Pour la première fois, le 24 février, un de ses investisseurs (qui préfère rester anonyme) a déposé plainte au pénal, devant le procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris, pour abus de confiance contre Oussama Ammar, l’emblématique créateur de la structure.

Pour rappel, The Family est cet incubateur créé en 2013, un temps érigé en fleuron de la French Tech et prisé de nombreux investisseurs VIP (famille Arnault, Frédéric Mazzella de Blablacar, Noël Forgeard, l’ex-patron d’EADS…). Mais depuis un an, il est surtout connu pour le grand déballage dont il fait l’objet devant les tribunaux. Deux cofondateurs, Alice Zagury et Nicolas Colin, accusent le troisième, Oussama Ammar, d’avoir détourné à son profit 4,5 millions d’euros, dont une part était censée être placée dans de jeunes pousses prometteuses à l’étranger. Ils ont déposé plainte au pénal contre leur ancien partenaire pour faux, usage de faux et abus de confiance. Plusieurs procédures sont en cours contre lui, en France, au Royaume-Uni et dans les îles Caïmans.

Mais l’offensive lancée ce vendredi par un des investisseurs floués donne une autre ampleur à l’affaire : elle pourrait mettre en difficulté Alice Zagury et Nicolas Colin cette fois. Car pour Maître Valentin Simonnet, l’avocat du plaignant, « il ne s’agit pas d’une guéguerre opposant Oussama Ammar aux deux autres fondateurs comme on voudrait le faire croire. Nous pensons qu’il s’agit d’un écran de fumée qui pourrait masquer la complicité et les défaillances de l’ensemble du management ». Cet investisseur individuel, qui a placé environ 100 000 euros dans sept véhicules financiers créés par The Family et dans la holding londonienne de l’incubateur, a d’ailleurs également porté plainte contre X pour faux, usage de faux, abus de bien social, escroquerie et blanchiment en bande organisée. Cette première démarche au pénal lui donne la possibilité de déposer une seconde plainte dans les trois mois, avec constitution de partie civile. « Nous aurons alors accès à l’intégralité du dossier et pourrons faire auditionner les autres partenaires d’Oussama Ammar afin de voir quelle est leur part de responsabilité », complète Valentin Simonnet.

Du côté de The Family, on assure que la perspective d’une enquête et la désignation d’un juge d’instruction étaient cependant déjà actées. La structure dit même espérer que ces démarches lui permettront de prouver sa bonne foi : elle avait complété sa plainte de mars 2022 en se constituant partie civile en janvier à cette fin. Son but : faciliter « la manifestation de la vérité et une plus grande transparence vis-à-vis de toutes les parties prenantes, en particulier les actionnaires des entités lésées ».

Vers une class action ?

Ce nouveau volet pourrait considérablement gonfler les montants en jeu dans l’affaire. « Si la justice requiert la mise en cause et obtient la condamnation d’Alice Zagury et de Nicolas Colin, cela donnera aux investisseurs lésés la possibilité d’être intégralement remboursés de leur préjudice », explique l’avocat. En clair, être indemnisés de leur mise perdue mais aussi des gains qu’ils ont manqués en raison des mauvais choix stratégiques faits par The Family… Dans son viseur à moyen terme : la constitution d’une « sorte de class action » pour faire valoir leurs droits devant la justice.

La période semble propice. La fronde des investisseurs s’étend et la pression s’accroît sur l’équipe en place. Comme l’a révélé Le Monde, une demi-douzaine d’entreprises, ayant placé leurs billes dans le véhicule financier de The Family destiné à investir dans la start-up Algolia, ont également engagé une procédure devant le tribunal de commerce de Paris. Ils ont attaqué l’entité parisienne de l’incubateur et les trois fondateurs intuitu personae. Parmi cette brochette de plaignants figure par exemple la société luxembourgeoise Genventures, détenue par la famille Poutrel (à l’origine du groupe de terminaux de paiement Ingenico). L’initiative pourrait être suivie par d’autres. Pour autant, « la plupart des investisseurs soutiennent notre démarche, fait savoir l’actuelle équipe dirigeante de The Family. Certains, toutefois, mus par la colère et l’exaspération, tentent des actions juridiques individuelles, y compris en mettant en cause des dirigeants de The Family non impliqués dans les détournements. Cela nous paraît inapproprié, mais chacun agit en défense de ses intérêts comme il l’entend. »

Contacté, l’avocat d’Oussama Ammar, Dominique Penin, dit ne pas avoir de commentaires sur cette procédure.