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Continuer la lectureYaourts : Yoplait et Danone s’écharpent au rayon skyr
La filiale de Sodiaal, archi leader sur ce segment en forte croissance n’a pas apprécié le projet de nouvel emballage de son rival, trop proche du sien à son goût. Elle l’a attaqué pour l’empêcher de le lancer en France.
Il y a dix ans, le skyr n’existait quasiment pas dans la grande distribution française. Mais désormais, ce yaourt hyperprotéiné venu des pays nordiques est devenu la star du rayon. Raison de plus pour défendre chèrement ses positions. Selon nos informations, deux géants des produits laitiers ont récemment bataillé pour une question… d’emballage et de charte graphique. Sur les pots de son skyr, Yoplait met en avant trois caractéristiques principales : une couleur dominante « bleu profond », le dessin d’un glacier à dominante blanc, et l’emplacement central du logo sous le nom de la marque. Ayant appris que Danone avait décidé de modifier le visuel de sa propre gamme de skyr en utilisant des codes assez similaires (dominante de couleur bleu foncé, image de glacier en partie inférieure, logo Skyr au centre sous le nom de la marque), Yoplait n’a pas hésité à attaquer son concurrent pour concurrence déloyale et parasitisme. Et a obtenu une décision plutôt favorable.
En 2018, Danone avait été la première grande marque à se lancer sur le créneau du skyr en France, en commercialisant un yaourt issu de son usine normande du Pays de Bray. Ce site ayant rencontré des difficultés de production, Yoplait qui s’était lancé dans la bataille en 2020 en a profité pour s’installer en tête des ventes avec une part de marché en valeur de 38 % en France (et même 47 % en volume), loin devant Danone et ses 15 %.
Début 2025, Yoplait, marque de la coopérative laitière Sodiaal, bondit de sa chaise en découvrant que son challenger vient de lancer en Belgique et au Royaume-Uni un emballage très proche du sien, et qu’il pourrait le déployer en France. En mars, la société envoie une salve de courriers à plusieurs filiales de Danone. « Cette nouvelle gamme fait également l’objet d’une promotion en France et il semble probable qu’elle sera également mise sur le marché en Irlande » précise Yoplait, qui demande au groupe dirigé par Antoine de Saint-Affrique « de cesser d’utiliser ou de renoncer à utiliser le nouvel emballage ou toute autre imitation colorée de notre emballage en Irlande ou en France ».
L’affaire est prise au sérieux, puisqu’en juin, un commissaire de justice missionné par Yoplait constate, sur le site d’un grossiste français, qu’un skyr Danone est présenté par deux visuels différents, dont le visuel litigieux. Faisant craindre à Yoplait que ce produit ne soit désormais disponible en France, malgré ses avertissements. Du côté de Danone, on plaide l’erreur. « Seul le visuel de ce packaging a été, par erreur, envoyé au grossiste Passion Froid lequel en a fait temporairement usage, sur son site web, en tant que deuxième photographie du produit » selon les propos rapportés dans la procédure.
Pour l’heure, la charte graphique controversée n’est toujours apparue sur les pots de skyr Danone vendus en France. Ce qui explique pourquoi le tribunal des activités économiques de Nanterre a jugé fin novembre qu’il n’existait aucun acte commis au titre de la concurrence déloyale ou du parasitisme. « Le tribunal a débouté Yoplait de toutes ses demandes, nous a indiqué Danone. Ce type de démarche est courant entre industriels. Notre volonté est d’agir dans le respect des législations en vigueur ».
Mais derrière ce verdict très factuel, Yoplait n’a pas réellement perdu. Car les juges consulaires ont tout de même estimé que les projets d’emballages mis au point par Danone pourraient présenter un risque de confusion avec le produit du leader, « sans apporter d’autre justification que strictement marketing ». Ils ont en conséquence indiqué que leur éventuelle distribution « constituerait un acte de parasitisme avéré », et que Yoplait serait alors fondé à en demander la réparation. Autrement dit, Danone devra revoir sa copie s’il souhaite changer le packaging de son skyr distribué en France.
Consommé au petit déjeuner ou comme dessert, le skyr représente désormais un marché de plus de 312 millions d’euros selon les derniers pointages 2025 du panéliste NielsenIQ. Soit 5,4 % du rayon de l’ultra frais. Le segment continue de croître largement plus vite que le reste du rayon avec des ventes encore en hausse de 35,5 % en 2024 après + 66 % en 2023. Vendu bien plus cher au kilo que le yaourt classique, il est aussi devenu une poule aux œufs d’or pour les fabricants qui investissent massivement pour le promouvoir. Danone a ainsi déboursé 22,8 millions d’euros en marketing et mise en avant pour son skyr depuis son lancement en France. De son côté, Yoplait - qui n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication) n’a pas lésiné non plus, avec 26 millions d’euros dépensés.
Un conflit d’ampleur européenne
Yoplait n’a pas titillé Danone qu’en France pour ces fameux emballages. En mai, la haute cour de Dublin avait, sur demande de Yoplait Ireland Limited, étudié le dossier pour finalement interdire à Danone de commercialiser dans le pays les produits identifiés comme ressemblants et portant à confusion. Une décision confirmée en deuxième instance le 1er août, suite au rejet de l’appel intenté par Nutricia/Danone. Entre-temps, l’affaire s’était étendue, Yoplait ayant attaqué les filiales Danone Belux (Belgique) et Danone Nutricia Nederland B.V. (Pays-Bas) pour le même sujet.